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Plutôt couler en beauté que flotter sans grâce
Réflexions sur l’effondrement

Corinne Morel Darleux Libertalia, 2019, 104 p., 10 €

Mars 1969. Alors qu’il est en passe de gagner la toute première course en solitaire à la voile autour du monde, le navigateur Bernard Moitessier change de trajectoire et décide de tout quitter pour s’installer sur une île du Pacifique. Nous entraînant dans le sillage de ce marin et de son « refus de parvenir », Corinne Morel Darleux partage son regard sur l’effondrement de notre société. Figure de proue de l’écosocialisme et repentie de la politique (elle fut secrétaire nationale du Parti de gauche), elle reprend ce concept, issu de la pensée anarchiste, du « refus de parvenir » qui « n’implique ni de manquer d’ambition ni de bouder la réussite [mais] juste de réaliser à quel point ces deux notions gagneraient à davantage de singularité ». Elle l’articule à deux autres idées clés. Le « cesser de nuire » d’une part : une invitation à arrêter de coopérer avec un système qui détruit les conditions d’habitabilité de la planète en produisant autrement. Et la « dignité du présent » d’autre part, « ce qu’il nous reste de plus sûr face à l’improbabilité de victoires futures ». Elle voit dans ce « triptyque à la fois politique et éthique » un « élément de réconciliation entre des univers qui n’en finissent plus de s’opposer : apôtres du changement individuel et partisan de l’action collective, marxistes et anarchos-libertaires, communistes et écologistes, apolitiques indécrottables et moines soldats du militantisme […] pour apparaître et peser comme corps social non organisé ». Écrivant à la première personne, sans taire ses questionnements, Corinne Morel Darleux offre dans ce bref essai un regard à la fois aiguisé et poétique sur les enjeux de notre époque. Elle communique son enthousiasmante envie de s’engager, convaincue que « c’est aujourd’hui que l’après se construit ».

Martin Monti-Lalaubie
18 octobre 2019
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