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La recomposition des mondes

Alessandro Pignocchi Seuil, 2019, 128 p., 15 €

En couleurs et avec humour, l’anthropologue dessinateur Alessandro Pignocchi nous offre une plongée à la première personne dans la Zad de Notre-Dame-des-Landes post-victoire. Que cherchent toutes ces personnes qui sont restées y vivre, alors que le projet d’aéroport a été abandonné ? Dans le bocage nantais émerge une nouvelle société où la dichotomie nature/culture est battue en brèche. C’est tout le travail d’enquête de l’auteur. Après être allé sur les traces de l’anthropologue Philippe Descola à la rencontre des indiens Jivaros et autres peuples amazoniens, il s’aperçoit qu’en France aussi, cette séparation inventée par notre modernité – l’idée même d’une « nature » séparée de l’homme – peut être dépassée. Certes non sans difficultés. L’opposition aux forces de l’ordre est relatée au fil des pages, tout comme le rapport à l’administration qui n’accepte que des projets d’installation agricole individuels alors même que tout est construit sur le collectif. Plus que le journal de bord d’une plongée au cœur de la Zad ou une étude sociologique d’un mouvement de contestation, c’est une nouvelle approche de l’écologie que nous propose l’auteur. Celle-ci ne signifie plus seulement la protection de la nature, mais un lien nouveau avec tous les êtres vivants (humains, plantes, animaux) et leur territoire. Grâce à l’efficacité du récit et à la beauté de l’aquarelle, nous refermons ce livre convaincus qu’« autre chose » est possible.

Martin Monti-Lalaubie
25 juin 2019
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