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La France contre l’Europe Histoire d’un malentendu

Matthieu Calame Les petits matins, 2019, 147 p., 14 €

Court, mais dense, mi-dynamite, mi-projecteur, cet ouvrage est fondé sur un parallèle « révélateur » entre la situation des cantons helvétiques au XIXe siècle (face aux actions européennes d’alors) et celles des 28 membres de la communauté européenne au XXIe siècle, face aux ensembles continentaux. Avec un réalisme réjouissant par sa cruauté lucide, Matthieu Calame souligne l’impasse de l’évolution en cours depuis 1989 : faute d’avoir accueilli, au moment de l’écroulement soviétique, les nations de l’est « libérées » avec un minimum d’élan politique généreux et de réalisme économique, pour privilégier les petits pas économico-juridiques et la persistance du « parapluie »  états-unien, les nations fondatrices – et particulièrement le gouvernement français – ont fragilisé toute la construction. Faute d’un saut fédéral et démocratique renforçant les solidarités essentielles, la prévalence du libéralisme concurrentiel et des lobbies conduit inexorablement aux populismes autoritaires. Les divisions et les incertitudes nationales comptent beaucoup dans cette pusillanimité, mais on peut surtout, selon l’auteur, privilégier le rôle et l’attitude des élites françaises, encore et toujours fascinées par la « grandeur de la France » (atome, siège au Conseil de sécurité, influence africaine, etc.), qui prohibent une franche avancée fédérale au profit d’une vision centralisée fort peu démocratique et parfaitement inadaptée à la construction européenne. Ainsi la « subsidiarité » a-t-elle été inversée : aux petits sujets, les règlements européens détaillés ; aux grandes questions, l’impuissance de l’unanimité ! Seul un État fédéral, démocratiquement conçu et contrôlé en s’inspirant du modèle helvétique, serait (peut-être) capable de construire les fondements d’une véritable – modeste pour commencer – autonomie européenne adaptée au XXIe siècle. Si l’Angleterre (surtout) ou l’Allemagne (un peu) portent une part de responsabilité, le retard sur cette voie n’est-il pas d’abord imputable à l’attitude invétérée des « élites françaises » ?

Henri Laurent
3 juin 2019
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