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Impostures pharmaceutiques Médicaments illicites et luttes pour l'accès à la santé

Mathieu Quet La Découverte, 2018, 248 p., 18 €

L’objectif de Mathieu Quet est de poser la question de la lutte contre les médicaments illicites : « Est-elle une œuvre de santé publique ou masque-t-elle une stratégie commerciale destinée à promouvoir les intérêts de la “Big Pharma” ? » Il déclare porter un regard sur les controverses et analyser les débats « “en acte”, de façon symétrique, en s’interdisant de préjuger qui a raison ou tort ». Mais dès le titre de l’ouvrage, la guerre à l’industrie pharmaceutique mondiale est déclarée. L’auteur effectue des enquêtes en Inde et au Kenya. En Inde, où des médicaments génériques avaient été saisis par les douanes européennes au motif de contrefaçon, ce que contestaient les entreprises indiennes concernées. Au Kenya, où une loi sur la contrefaçon menaçait la circulation de génériques antirétroviraux et où des citoyens séropositifs avaient saisi la justice afin de suspendre cette loi. L’approche prend en compte les aspects techniques mais aussi historiques et économiques, la question des circulations Sud-Sud, les rapports de force entre États et industries, les relations entre des minorités ethniques et religieuses et d’autres groupes sociaux. L’enquête est menée chez fabricants de médicaments, cabinets de conseil en propriété industrielle, détectives spécialisés en marchandises illicites, douaniers de sites d’entrepôts, laboratoires de contrôle de qualité. Mais, si en début d’ouvrage, le caractère illicite des médicaments relève du fait qu’ils n’aient pas « été contrôlés en tant que tels par le système compétent de régulation et d’être vendus sans respecter les normes pharmaceutiques nationales ou internationales », par la suite, cette notion est ramenée à un enjeu de propriété intellectuelle : celle-ci est pointée comme la cause principale de la contrefaçon, en raison d’énormes différences de prix entre les médicaments selon les espaces de vente. La distinction n’est pas claire entre médicaments génériques et médicaments contrefaits, et crée cette confusion à la base de tous les conflits. Enfin, bien qu’il évoque d’autres facteurs tels que le manque de réglementation, d’inspections, de sanctions, de formation du personnel, ainsi que la corruption et les infrastructures insuffisantes, on s’étonne que l’auteur ne retienne, dans ce procès au non-accès aux médicaments de qualité, que la sécurisation et des pratiques pharmaceutiques néocolonialistes, destinées à renforcer les intérêts privés de l’industrie.

Françoise Falhun
17 avril 2019
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