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Fraternité radicale Mes 10 ans d’engagement et d’amitié avec des jeunes juifs, chrétiens, musulmans et athées

Samuel Grzybowski Les Arènes, 2018, 255 p., 18 €

Samuel Grzybowski n’a que 25 ans et déjà un parcours atypique. Il nous livre ici un témoignage personnel et sincère, écrit lors d’une année de « césure ». Après dix ans à la tête d’un mouvement de jeunesse et un burn-out, il décide de prendre du recul sur une vie déjà très (trop ?) remplie. Cet ouvrage est le carnet de bord de ses quelques mois de respiration. Il raconte sa famille, ses utopies, ses premières amitiés fondatrices à l’école, ses difficultés au collège pour s’intégrer aux différents groupes, le harcèlement qu’il subit et, enfin, les rencontres qui l’aideront à dépasser cette période difficile. Samuel Grzybowski réfléchit vite, très vite. Il se décrit hypermnésique : sa mémoire retient toutes les informations qui passent devant ses yeux. Il est aussi pleinement engagé dans ce qu’il entreprend. Issu d’un milieu plutôt aisé, son éducation lui ouvre de nombreuses possibilités et lui apprend à ne pas avoir peur de défendre ses convictions. À 16 ans, il se lance à corps perdu dans « Coexister », un projet fondé avec des amis. Pensé par, pour et avec des jeunes, le mouvement se structure petit à petit et se fait connaître partout en France – jusqu’aux hautes sphères de l’État – mais toujours porté et incarné par son fondateur. Au risque, pour lui, de s’y perdre. Tout le cœur du livre est là : comment vivre un engagement aussi plein et entier ? Quel équilibre entre vie militante et vie personnelle ? Les réponses ne sont pas dans ces pages mais on y trouvera déjà quelques pistes enthousiasmantes. Car les coexistants défendent une laïcité ouverte, rafraîchissante et rassurante où les religions ont leur place. Ils croient en la rencontre comme réponse à la peur et la haine. Presque trop simple pour être vrai ? On est bien loin de certains discours politiques niant toute existence pour les croyants dans la sphère sociale. Et Samuel Grzybowski a bien conscience de la difficulté de tenir le cap. Au sujet des attentats contre Charlie hebdo en 2015, les coexistants donnent une vision du vivre-ensemble sans concession : « Il ne faudra pas chercher à uniformiser, à contrôler nos propres concitoyens, à se méfier les uns des autres. (…) Il faudra tenir cette ligne de crête sensible pour condamner sans amalgamer, pour combattre sans être violent, pour dénoncer sans diviser. » Serait-ce une utopie ? Les 2 300 bénévoles témoignent, partout en France, que nous pouvons tenir le cap et marcher le long de cette « ligne de crête ».

Anne de Mullenheim
31 janvier 2019
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