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Dorothy Day La révolution du cœur

Élisabeth Geffroy, Baudoin de Guillebon et Floriane de Rivaz Tallandier, 2018, 256 p., 19,90 €

Peu connue en France, Dorothy Day est une figure importante du christianisme social américain. Journaliste engagée auprès des plus pauvres, militante communiste, antiraciste, convertie à l’âge adulte, c’est un personnage haut en couleur qu’Élisabeth Geffroy, Baudoin de Guillebon et Floriane de Rivaz nous proposent de découvrir dans cette première biographie publiée en français. On y suit le parcours, parfois chaotique, toujours entier, étonnant souvent de celle qui fut appelée la « première hippie de l’histoire ». Et c’est bien agréable de découvrir une nouvelle figure féminine forte, pleine de contradictions et de questionnements. Des extraits de ses nombreux écrits accompagnent la lecture et permettent de mieux comprendre son parcours et sa radicalité. Comme nous le racontent les auteurs, « du marxisme-léninisme au catholicisme, les engagements de Dorothy paraissent aussi vastes que le champ de bataille de la lutte sociale » au point de dérouter tous ceux qui tentaient de la limiter à une seule case. Y compris au sein de l’Église catholique envers laquelle elle ne retenait pas ses critiques : « Elle vante le courage et l’honnêteté intellectuelle des communistes face à la mollesse catholique. Ses choix en matière d’économie et de politique montrent assez bien sa liberté de pensée qui échappe à l’idéologie d’un christianisme d’État ». Mais « lorsqu’elle choisit de se détacher de la foule des catholiques épris du capitalisme, c’est pour suivre d’autres catholiques, ceux qui ont su voir l’ordre social de l’Église ». Absolue dans ses prises de position, elle l’est tout autant dans ses choix de vie et ses engagements. Elle crée le mouvement des catholic workers au sein duquel de nombreuses maisons d’accueil pour les plus pauvres s’organisent, fondant la philosophie du mouvement sur la place de la communauté. Si l’on se passionne pour le parcours de Dorothy Day, on regrettera seulement le choix des auteurs de faire des allers-retours chronologiques qui ne sont pas toujours simples à suivre au fil des pages. Mais le pari reste pleinement réussi : donner envie aux lecteurs de mieux découvrir Dorothy Day en poursuivant la lecture de ses textes grâce à la récente publication en français de La longue solitude, aux éditions du Cerf. Ou simplement en poussant la porte du café-atelier « Le Dorothy » du côté de Ménilmontant, à Paris.

Anne de Mullenheim
23 décembre 2018
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