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La revanche de l’Histoire. Comment le passé change le monde

Bruno Tertrais Odile Jacob, 2017, 140 p., 18,90 €

Cet essai pointe deux phénomènes dont Bruno Tertrais, géopoliticien, directeur adjoint de la Fondation pour la recherche stratégique, a pris conscience au cours de ses activités professionnelles et de ses recherches : le poids de l’Histoire, jusque dans ses aspects passionnels, dans les relations internationales ; la manière dont elle pèse en étant instrumentalisée par les responsables politiques de différents pays – Chine et Russie en particulier, ainsi que les États-Unis de Donald Trump. Précisons que l’auteur entend ici l’histoire avec une majuscule, « celle de la succession d’événements politiques, diplomatiques et militaires (…), des querelles de frontières et des invasions (…), du terrorisme, de la barbarie et du génocide, des coups d’États et révolutions (…) ». Tout en soulignant que faire de la Guerre froide une période de stabilité est une illusion rétrospective, Bruno Tertrais date le « recommencement » de l’Histoire à 1979-1980, rappelant les ruptures intervenues dans le monde entier à ce moment-là, de l’Iran à la Chine. Depuis, le mouvement se serait en quelque sorte accéléré, si bien qu’aujourd’hui, l’Histoire ferait « irruption partout » : « Daesh veut restaurer le califat et effacer les frontières coloniales. La Turquie et l’Iran s’inspirent de leur passé impérial. La Chine justifie ses droits sur les îles adjacentes à son territoire par des cartes antiques. La Russie annexe le lieu de son prétendu baptême », etc. Au-delà d’une instrumentalisation politique qui ne date pas d’hier, ce mésusage du passé s’expliquerait aussi par un besoin d’ancrage, de réassurance des peuples dans un monde bouleversé, économiquement et culturellement, par la mondialisation, où les promesses du progrès n’ont pas été tenues. Les deux grandes idéologies (re)montantes que sont le nationalisme et l’islamisme prétendent occuper ce vide et s’emploient à fomenter des récits du passé biaisés et antagonistes. Face à cela, l’auteur en appelle notamment, et sans naïveté, à la raison démocratique : une approche factuelle et une confrontation des sources, sur la base d’archives ouvertes.

Émilie Reclus
16 novembre 2017
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