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Soigner l’esprit, guérir la terre. Introduction à l’écopsychologie

Michel Maxime Egger Labor et fides, 2015,120 p., 25 €

La crise écologique actuelle est l’une des plus fondamentales que l’humanité ait jamais eu à affronter. À partir de ce constat, Michel Maxime Egger poursuit deux axes : d’une part, présenter les auteurs et les précurseurs d’une nouvelle discipline : l’écopsychologie ; d’autre part, déployer la thématique de celle-ci qui, répondant à l’exigence d’une mutation profonde, d’un nécessaire changement de paradigme, nous permettra de saisir l’implication mutuelle de la pathologie psychique ou éthique de l’humanité et de la pathologie planétaire.

Il faudrait que les humains reconnaissent aux non humains toute la profondeur qui est la leur, et à tous égards. Or les bases de la psychologie, freudienne en particulier, comme tout le rationalisme scientiste qui les a permises, font preuve d’une grande cécité et d’une totale incapacité de saisir ces enjeux. Toute une histoire de la séparation, de la distance instaurée entre l’homme et la nature peut être tracée depuis la préhistoire, avec le moment décisif de l’émergence du monothéisme, contemporaine de la séparation entre agriculteurs et nomades. L’accélération finale du processus doit beaucoup au puritanisme lorsqu’il lie péché et nature, répercutant cette interprétation jusque dans sa compréhension de la différence entre les sexes. Mais c’était aussi la voie ouverte vers l’avènement d’un technicisme écologiquement suicidaire.

Il faut donc retrouver un lien qui a été rompu. Mais pourquoi retrouver ? Y aurait-il eu un âge d’or où nous aurions su comment être en harmonie avec la nature ? C’est là, me semble-t-il, la source d’ambiguïtés et d’hypothèses bien discutables par lesquelles quelque chose de la pertinence des analyses se perd – du moins chez certains des auteurs évoqués. Sur le même thème, il me semble que ni Bruno Latour (qui n’est pas cité) ni le pape François n’ont été entraînés à de telles approximations.

Bien plus convaincante, en revanche, est la méditation de l’auteur sur le sentir du monde. Le monde nous sent et nous sentons le monde, ce qui permettrait une nouvelle esthétique dont Merleau-Ponty avait déjà compris l’intérêt à travers le concept de chair. Il importe que le « moi écologique » soit appréhendé « moins comme monade fusionnant de manière indistincte » (ce qui est, me semble-t-il, la source de tous les accents assez new age de certains auteurs cités) que conçu « comme entité spatiotemporelle qui se déploie dans une matrice animée de processus relationnels complexes ». Au terme, une unité aimante, sans confusion.

Même si le propos dérive parfois vers le registre de l’écothérapie (et donc la littérature du bien-être), des choses fortes sont dites sur le nouvel horizon permettant de dévoiler tout autrement la réalité, ainsi que cela fut entrevu par une figure comme celle d’Aldo Leopold (Augustin Berque n’est pas cité…). La gratitude devient alors le grand principe d’ouverture, ce qui n’est pas rien !

Alain Cugno

Cet ouvrage a fait l’objet d'une deuxième recension :

La thèse de cet ouvrage sur l’écopsychologie peut se résumer dans l’interrelation entre les maladies de la terre et les troubles humains, entre nos propres déséquilibres et ceux que nous infligeons à la terre. La modernité occidentale, scientifique et rationaliste, a créé une dissociation avec la nature et vidé la matière de l’esprit. La non-reconnaissance de notre dépendance fait de l’être humain un parasite face à son hôte, la terre. La société, consumériste et addictive, tend à fabriquer des personnes en manque d’empathie, en particulier à l’égard des maux qui affectent la nature, considérée comme un objet extérieur à l’être humain. Le remède passe par la psyché humaine : une écopsychologie. Jung fut un des précurseurs de l’écopsychologie : l’homme moderne a dissocié conscient et inconscient et contaminé le monde entier de son agitation avide. Il lui faut retrouver une communion avec le cosmos. Jung parle d’un inconscient collectif et Théodore Roszak, dans son prolongement, d’un « inconscient écologique », qui contient une intelligence écologique de notre espèce. L’homme doit retrouver une unité entre lui et la nature, entre le « je » et le « tout » et apprendre ainsi à réhabiter son corps. Le poids de la responsabilité ne retombe pas seulement sur les individus mais aussi au niveau politique. Les réflexions de Michel Maxime Egger sont ici précieuses, soulignant comment les remèdes sont à la jonction du fonctionnement psychologique individuel et du fonctionnement social et politique. Il s’agit de réapprendre que « nous sommes comme des cellules vivantes dans le corps du vaste organisme vivant qu’est la planète terre ».

Raphaël Broquet

Raphaël Broquet et Alain Cugno
30 mars 2016
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