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Recréer le plein emploi, une utopie réaliste

Anne Dhoquois Ateliers Henry Dougier, 2015, 96 p., 9,90 €

Ce petit livre porte un grand projet : celui d’une évolution possible de l’emploi à travers la refonte du pacte sociétal vis-à-vis du travail. Écrit par une journaliste à partir d’entretiens avec quinze personnalités qualifiées dans l’innovation sociale ou l’accompagnement des chômeurs (hauts fonctionnaires, responsables associatifs, entrepreneurs…), l’ouvrage est construit en trois temps : une analyse des causes structurelles du chômage en France, un panorama d’actions portées par des associations, une ouverture sur les signaux faibles qui annoncent la transformation des modalités du travail de demain. Le constat : le chômage s’est enkysté en  France en raison de problèmes structurels et culturels qui s’alimentent mutuellement pour aboutir à la situation de blocage actuelle. Les facteurs sont ainsi égrenés au fur et à mesure des interviews : manque de dialogue social, d’investissement, d’accompagnement,  d’innovation, de représentativité salariale et sociale, d’anticipation, de convergence politique… Vient ensuite la présentation d’associations, engagées dans une lutte contre le chômage qualitativement performante, mais quantitativement limitée. Chacune donne à voir ses spécificités, ses projets et ses attentes vis-à-vis de l’État, de la société civile et de l’opinion (entre le soutien à leur action et un changement de regard sur la question du travail et de l’employabilité des chômeurs). Toutes ces petites initiatives gagneraient à monter en puissance, dans une logique de développement territorial et de décentralisation, facilité par un Accord national interprofessionnel sur l’insertion…. La dernière partie est la plus stimulante, qui répond au titre de l’ouvrage. L’entreprenariat est présenté comme la révolte d’une jeune génération digitalisée en quête de sens et prête à la collaboration et au partage. Le propos annonce le passage d’une société du travail à une civilisation de l’œuvre. Une économie qui se créera à partir des individus, de leur bien-être, de leurs compétences, de leur recherche de sens et visant le plein emploi et la réduction des inégalités. L’articulation incertaine entre les trois parties pourrait faire craindre un impensé à propos de l’individualisme entrepreneurial et de l’accomplissement du bien commun. Cependant, l’auteure réussit dans sa partie finale à mettre en lumière une convergence de points de vue entre acteurs de générations et d’environnements divers, qui signale la nécessité de revisiter la relation entre l’activité et le revenu pour vivre mieux en société.

Guillaume Almeras
18 janvier 2016
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