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État de vigilance, critique de la banalité sécuritaire

Michaël Fœssel Le Bord de l'eau, 2010, 158 p., 16 €

Pour caractériser les attentes des sociétés occidentales contemporaines, faut-il se rallier au triste constat de la philosophe américaine Wendy Brown, qui parle d’un « désir de murs »? Le thème récurrent de la sécurité envahit tout; loin de ce que l’on pourrait en attendre, il provoque un authentique délitement de politique. Même le retour récent de l’autoritarisme des États ne doit pas faire illusion. Il n’est pas un retour du politique, mais un avatar du néolibéralisme, devenu libéralisme autoritaire. Il ne comprend la réalité qu’en termes de risques et de dangerosité rationnellement gérés, sans profondeur. Or une telle perception du monde ne fait pas monde : elle engendre une société de la vigilance où chacun est appelé à veiller, constamment, dans tous les domaines, dans toutes les directions, mû par la méfiance et la peur. Ce n’est pas le danger qui prend le pouvoir, c’est la peur-même. Pas une peur précise, mais la peur allant de soi. Pas la peur qui éveille à la réalité, mais la peur qui capture. Il faut que chacun, tout le temps, se sente aussi bien dans son travail que dans sa santé et dans les transports, le dos au mur. C’est ainsi que les libertés sont captées et réinvesties contre la démocratie, au nom de la défense de la démocratie. L’ouvrage est profond, complexe. Il propose d’intéressantes mises en perspectives des auteurs classiques (Hobbes en particulier) qui permettent de mesurer, à tout le moins, à quel point nous avons changé d’époque.

Alain Cugno
16 fvrier 2011
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