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Le travail en prison, enquête sur le business carcéral

Nathalie Rohmer

La prison est pleine de contradictions qui éclatent à propos du travail carcéral : exploitation des détenus et outil de réinsertion ; apprentissage de la vie sociale extérieure et lieu où le contrat de travail est impossible ; récompense et frôlant souvent le travail obligatoire mercantilisé. Le livre confronte les témoignages de tous les acteurs, depuis les prisonniers jusqu’au sous-directeur de l’administration pénitentiaire, en passant par des militants d’associations, des magistrats, des représentants des entreprises. L’information est très large et converge vers ce constat amer : tout ce qui pourrait paraître positif recouvre, à de rares exceptions près, une belle hypocrisie. Cela était déjà connu et n’est certes pas faux, mais ne rend assurément pas justice à une administration qui s’est montrée récemment beaucoup plus en pointe que son ministère de tutelle. On ne trouvera pas non plus de vraie réflexion sur la sanction pénale – sauf (mais qui s’en étonnera?) quand la parole est remise à Nicolas Frize pour qui donner des droits à la personne détenue est l’acte pédagogique par excellence et peut seul lui permettre de s’arracher « à l’idée qu’elle se fait d’elle-même » : « le concept ‘droit et devoir des détenus’ prôné par l’administration pénitentiaire, me semble antinomique. Ils ont des droits. Point. » Seul le dernier chapitre répond au sous-titre et constitue la partie la plus intéressante et la plus originale de l’ouvrage : un démontage des mécanismes par lesquels quelques entreprises, prestataires privés des nouvelles prisons, se partagent un marché extrêmement juteux en s’approchant pas à pas de toutes les fonctions de la prison, à l’exclusion (encore?) des seules fonctions régaliennes (direction, surveillance, greffe).

Alain Cugno
17 mai 2010
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