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Les Etats-Unis aujourd’hui. Choc et changement

Guillaume Parmentier Ed. Odile Jacob, 2004, 264 p., 25,50 €

Ouvrage collectif, donc forcément incomplet. Il ne comporte rien, par exemple, sur les religions, alors qu’on sait l’importance des événements qui ont récemment touché l’Eglise catholique, ou sur la signification politique du monde évangélique… Retenons en premier le chapitre de Sylvie Kauffmann sur l’évolution démographique et ethnique (latino, asiatique); peut-être plus encore, sur la configuration nouvelle de l’Amérique : les côtes à l’Est et à l’Ouest, traditionnels et vivants melting pots, le new Sunbelt ensuite (Georgie, Caroline du Nord, Caroline du Sud, Virginie, Tennessee à l’Est, Arizona, Nevada, Colorado, Utah, Idaho à l’Ouest), le Heartland enfin, Amérique profonde, clairement consolidée. Le Heartland et une part du new Sunbelt sont les terres de l’électorat républicain contemporain. Notations et débat très intéressants : il semblerait que l’avenir soit républicain, mais ce n’est pas si sûr. Le chapitre sur la Cour suprême est significatif : rien n’est joué quant à l’avenir d’une Cour qui fut progressiste (fût-ce d’un progressisme modéré) – la Cour Warren, comme on l’a appelée. Les contributions de David C. Gompert (sur l’appareil militaire), Gary J. Schmitt (sur la stratégie de sécurité nationale), et de Charles A. Kupchan répondent le plus à l’idée de “mutation” consécutive au 11 septembre 2001, annoncée dès l’avant-propos. L’impression finale est cependant que, s’il y a eu un choc – bien plus fort que ne l’ont perçu les Européens –, plus d’un facteur peut tendre à ramener l’aiguille de la balance en position plus centrale (quoi qu’il en soit du locataire de la Maison Blanche). C.-A. Kupchan évoque un éventuel retour de l’isolationnisme, appuyé sur le fameux Heartland. « Il faut, dit Gary J. Schmitt, mettre un terme à la détérioration des relations atlantiques avant qu’une telle évolution ne fasse de la préservation du partenariat atlantique une perspective improbable ». La coopération américano-européenne est décisive, entre autres, pour l’architecture institutionnelle du système mondial. Voilà certes la conclusion qu’on n’attendait pas aux événements depuis 2001. Au fond, on doit plutôt l’espérer.

Jean-Yves Calvez
14 juin 2005
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