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L’Amérique messianique. Les guerres des néo-conservateurs

Alain Frachon et Daniel Vernet Seuil, 2004, 222 p., 18 €

Voici un livre qui, ayant commencé comme une grande et complète explication du mouvement « néo-conservateur » arrivé à la tête de l’appareil politique américain avec George W. Bush, déjà présent au demeurant au temps de Ronald Reagan, se termine comme un bilan, au terme (un peu anticipé probablement certes) de l’aventure irakienne. Il est caractéristique que s’opposent moins, à la fin de cette entreprise (et de celle du Kosovo auparavant), les néo-conservateurs et les néo-libéraux. C’est Dick Howard, plutôt néo-libéral, qui a dit dès 2002 : « La gauche ne devrait pas laisser la politique démocratique à la droite » ! Clinton faisait du nation building en Yougoslavie, George W. Bush et ses associées néo-conservateurs se sont lancés, quant à eux, dans du state building pour motif de democracy building. « Les deux groupes partagent la conviction que la puissance militaire des Etats-Unis peut apporter la démocratie, les droits de l’homme, voire la prospérité […] Ils se séparent sur le rôle des institutions internationales, que les néo-conservateurs tiennent en forte suspicion tandis que, selon les ‘idéalistes libéraux’, la limitation de souveraineté vaut pour tous les Etats, y compris les Etats-Unis ». Indépendamment de cela, le problème de l’utilisation de la force pour raison humanitaire au sens large se pose à tout le monde, selon nos auteurs, dès qu’on est sorti des schémas de l’Europe westfalienne : « Les pacifistes européens se sont posé exactement la même question au moment des guerres balkaniques et les Verts allemands par exemple, sous l’impulsion de Joschka Fischer, ont répondu que le refus d’utiliser la force était plus dangereux que l’action. Pour l’Irak, ils ont tiré une conclusion opposée…». De grands débats demeurent en vérité à ouvrir, ou rouvrir, au terme des récents événements.

Jean-Yves Calvez
14 juin 2005
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