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Le grand bouleversement. La nature humaine et la reconstruction de l’ordre social

Francis Fukuyama La Table ronde, 2003, 414 p., 21,30 €

Est-ce la suite de La fin de l’histoire, qui, en 1992, nous annonçait l’avènement de la démocratie libérale et capitaliste indépassable ? Non, d’une certaine façon, puisque l’auteur traite ici de la société et de la morale, du “capital social”, sérieusement entamé dans les dernières décennies, et Fukuyama décrit ce bouleversement sans complaisance; il ajoute: “Dans la sphère de la société et de la morale, l’histoire semble être cyclique, l’ordre social connaissant des flux et des reflux en l’espace de plusieurs générations. Rien ne garantit qu’il y aura des améliorations dans le cycle”. Pourtant, il a au fond le même optimisme, confiant dans “les puissantes capacités innées de l’homme à reconstituer l’ordre social”. Il détaille cette confiance dans plusieurs chapitres de la deuxième partie du présent livre. “Inéluctabilité de la hiérarchie”, dit-il, et maintien “d’une pratique religieuse décentralisée”, qui “ne disparaîtra vraisemblablement jamais, précisément parce qu’elle est si utile aux communautés”. Fukuyama s’explique : “Beaucoup de gens voient que leurs vies sont en désordre, que leurs enfants ont besoin de valeurs et de règles, ou qu’ils sont isolés et désorientés. Ils se tournent vers une confession particulière, non parce qu’ils sont devenus de vrais croyants, mais parce que c’est la source la plus commode de règles, d’ordre et de communauté”. Même si ceci n’a pas valeur au plan mondial, la conviction de Fukuyama reflète sans doute les Etats-Unis. On y trouve la confirmation du caractère très conservateur - mais pas vraiment convaincant - de la grande annonce de la “Fin de l’histoire” ; il s’est déjà passé tant de choses depuis 1992.

Jean-Yves Calvez
6 juin 2004
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