Une revue bimestrielle, exigeante et accessible, au croisement entre le monde de la recherche et les associations de terrain.
Les horizons, dans toute leur beauté, nous parlent de l’empreinte humaine dans l’espace et le temps. Loin d’une nature-spectacle, les photographies rassemblées ici nous rappellent que nos horizons contemporains se situent par-delà l’opposition entre nature et culture.
« Viens dans l’ouvert, ami ! » invitait le poète et philosophe allemand Hölderlin lorsqu’il gravissait les collines au-dessus des eaux du Neckar, et que vignes, villages, prairies et fleuve s’offraient à son regard. Où éprouver mieux ce sentiment de l’ouvert que lorsqu’un vaste horizon se dégage devant nous ?
L’ouvert, là où tout semble encore possible, où l’imagination n’est pas bridée, où toutes les histoires à venir pourront trouver une place. La suspension de nos activités routinières pendant l’été coïncide bien souvent avec la découverte de nouveaux horizons.

Que l’on soit marcheur, amoureux de la mer, amateur d’altitude, nul doute que nous serons plus d’une fois saisis par le sentiment d’une joie spacieuse. Et si le temps estival reste confiné dans un univers urbain, qui sait si le rythme alangui de la ville ne nous fera pas cadeau d’une échappée vers un lointain insoupçonné ? Et si l’horizon est parfois bouché, s’il arrive que « peu de lumière scintille encore, et que le ciel nous soit prison1», l’émerveillement laisse place à l’attente du retour de la clarté.
Les photographies rassemblées ici nous rappellent cette importance des horizons sous lesquels s’écrivent nos actions. Elles nous invitent à réfléchir aux espaces que nous avons pu voir s’ouvrir alors que s’approchent la rentrée et son incitation à nous lancer dans de nouveaux projets.

Metz
Notre rapport à l’horizon n’est plus celui des peintures romantiques qui laissaient l’humain face à une nature-spectacle d’où son empreinte était absente. Nos horizons contemporains se situent nécessairement par-delà nature et culture. Ils témoignent du fait que, là même où l’humain semble absent, sa trace se lit dans des espaces façonnés par l’activité anthropique depuis des millénaires.

Tamil Nadu, Inde
Que cette activité n’a pas toujours été néfaste, qu’elle a pu faire naître des milieux dans lesquels le vivant a su s’épanouir. Que toute prise en compte de l’avenir ne saurait plus désormais se construire sur une opposition de l’humanité à la « nature », puisque la crise écologique nous enseigne éloquemment que nous faisons bel et bien partie des communautés biotiques que nous menaçons.
Les paysages urbains, les rivages ouverts sur le lointain, les perspectives dégagées des grandes cultures céréalières, tous nous convient à réfléchir à nos manières d’habiter, aux horizons sous lesquels inscrire nos vies à venir.

Rotterdam
Damien de Blic, Rêvelateur, éditions Fabulla, à paraître à l’automne 2022.
1 Friedrich Hölderlin, Odes, Élégies, Hymnes (1800-1806), Poésie/Gallimard, 1993.