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L’oeil de l’autre

@ Victorine Alisse
@ Victorine Alisse

Elle, photographe professionnelle. Lui, photographe amateur et sans domicile fixe. Conjuguant leurs regards pour explorer la vie à la rue sous un nouveau jour, Victorine Alisse et JS Saia ont reçu le Prix Caritas Photo Social pour leur projet « Au grand air ». Entretien.


Comment s’est établie votre démarche pour réaliser « Au grand air » ?

JS Saia – D’abord, par une rencontre autour d’un café via l’association La Cloche [dédiée à l’action en faveur des personnes sans abri – ndlr], dont je suis ambassadeur. Victorine ne savait pas forcément où elle allait en démarrant le projet. Je lui ai donné une consigne préalable : éviter les clichés sur le monde de la rue. Je voulais faire ressortir mon parcours et que Victorine s’imagine cette vie. Je suis passionné de photographie et elle m’a prêté un appareil.

Victorine Alisse – J’ai porté l’idée et JS a imposé la dynamique. C’est grâce à cette contrainte de départ que la créativité est venue, sous la forme d’une discussion photographique. J’ai suivi JS à Bercy, où il s’est d’abord installé en 2015, puis au Bois de Vincennes, où il vit actuellement. Nous avons mené ce projet sans prétendre à un résultat. J’étais décontenancée, au début, par l’atmosphère poétique qu’il voulait imprimer, loin de l’idée que l’on se fait du monde de la rue. J’ai respecté son point de vue et je l’ai cherché à mon tour.

 

Que révèle justement cette discussion photographique ?

JS Saia – Que la vie à la rue est avant tout une histoire. Bien sûr, cette vie est à l’origine subie, mais la rue enrichit personnellement. Elle est tissée de solidarités et d’ouvertures. Avec Victorine, de la prise des images à leur sélection, nous avons revisité des lieux importants pour moi et que nous faisons vivre. Les photos parlent et se parlent. C’est aussi pourquoi du texte s’y intègre, en laissant souvent un point d’interrogation. Avec lui, les images décrivent un voyage ou un chemin dans l’itinérance.

Nos tirages soulignent un renversement de perspective.

Victorine Alisse –  Beaucoup de photos ont été prises de nuit, évoquant l’aventure. « Sa Majesté », le voisin de JS à Vincennes, écoute régulièrement du jazz. Parfois, quand j’arrivais, ils m’attendaient tous les deux avec un repas ou un thé à la menthe. Qui accueille qui ? C’est aussi ce renversement de perspective que soulignent nos tirages, signés mais reliés comme dans un jeu de questions/réponses.

Pensez-vous réitérer cette formule originale de création en binôme ?

Victorine Alisse – Cette démarche m’encourage en tout cas, dans mon métier, à travailler sur l’intime et à tisser ce lien entre photographe et photographié. J’y vois une invitation à être encore plus attentive aux parcours de vie.

JS.S. – Ma situation est incertaine. J’ai appris par Victorine en sortant du métro que nous étions primés. Je veux croire qu’il y aura certainement d’autres projets dans les années à venir. Mais attendons déjà de voir ce que donnera l’exposition de nos photos, prévue à Paris au printemps 2022.

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