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Mineurs isolés, soutien accéléré Contre-pouvoirs

© Paris d’Exil
© Paris d’Exil

Grâce à un accompagnement sur mesure, le collectif naissant Timmy a pu construire une campagne de mobilisation victorieuse en faveur de l’accueil des mineurs isolés auprès de la mairie de Paris.


Ils s’appellent Mohammad ou Hawa. Ils font partie des centaines de mineurs isolés étrangers qui dorment dans la rue. Des adolescents qui ont parcouru, seuls, des milliers de kilomètres pour fuir leur pays et trouver refuge en France. Alors que la loi prévoit de les mettre à l’abri, on recense 75 % de refus de prise en charge.

Le fait qu’ils soient mineurs est mis en doute, camouflant ainsi le manque de places à l’Aide sociale à l’enfance (ASE). Pourtant, les jeunes qui font un recours devant le juge pour enfants voient leur minorité reconnue dans plus de la moitié des cas. La solidarité citoyenne se substitue alors à des institutions défaillantes pour accompagner ces enfants en situation de grande précarité et désemparés face aux lourdes procédures administratives.

Depuis 2015, l’équipe de bénévoles Timmy (pour « Team mineurs isolés ») de l’association Paris d’exil, leur propose des hébergements, un accompagnement juridique, médical et éducatif, ainsi que des opportunités de sociabilité. Lorsqu’en 2016, Timmy sollicite l’Accélérateur de la mobilisation1, l’heure est à la prise de hauteur. Les bénévoles sont éprouvées : leurs téléphones ne cessent de sonner et les urgences pleuvent. Il semble plus que temps d’investir le champ politique et de construire une stratégie de mobilisation à long terme.

L’équipe se fixe un objectif : doubler la capacité d’accueil des jeunes à Paris.

Sur les conseils de l’Accélérateur, Timmy précise sa lutte et se fixe un objectif mesurable et atteignable : doubler la capacité d’accueil des jeunes à Paris. La mairie de Paris est stratégiquement désignée comme cible prioritaire, en tant qu’autorité accessible et sensible à la pression citoyenne. Après avoir exploré les rouages décisionnels de l’institution, l’équipe recourt à un nouvel outil de démocratie participative élaboré par la mairie : la pétition citoyenne qui, une fois signée par cinq mille Parisiens, peut être débattue en conseil municipal.

Pour autant réunir les signatures constitue un défi ! Le collectif est jeune et relativement peu implanté dans l’écosystème militant. L’enjeu, pour les bénévoles, est de concevoir un parcours d’engagement qui touchera jusqu’à des cercles éloignés d’indécis. Plusieurs niveaux d’implication sont élaborés afin qu’une diversité de citoyens puisse contribuer au projet en modulant leur investissement, depuis les « cliqueurs en ligne » jusqu’aux farouches militants.

L’équipe rythme sa campagne d’une série d’actions concrètes pour activer et fidéliser chaque segment de sa communauté sur le long terme. D’abord, un teasing vidéo pour rendre visibles ces parcours d’exil invisibles et déconstruire les préjugés. Puis, un appel porté par des personnalités et des associations pour médiatiser et accentuer l’urgence de la campagne. Timmy se saisit alors du calendrier local et choisit comme horizon de victoire le vote du budget au cours du dernier conseil municipal de l’année.

Pour attirer l’attention des médias et accroître les chances d’obtenir les fonds nécessaires à l’augmentation des capacités d’accueil, l’équipe maintient la pression en organisant un rassemblement en présence des mineurs isolés devant la mairie. Alors qu’une stratégie de plaidoyer se met en place auprès des conseillers d’Anne Hidalgo pour infléchir le vote, les élus sont invités à se positionner publiquement afin de mettre à l’agenda médiatique la mobilisation.

Signé par plus de 11 000 citoyens, l’Appel de Paris a été débattu au conseil municipal de Paris.

Signé par plus de 11 000 citoyens français et 7 000 Parisiens, l’Appel de Paris a été débattu au conseil municipal et la Ville de Paris s’est engagée à « renforcer les capacités d’accueil à travers la mise en place d’un partenariat avec les associations concernées, qui vise à mobiliser 70 places de mise à l’abri supplémentaires ».

Les élus votent également une subvention de 300 000 € pour couvrir les dépenses liées au déploiement d’un nouveau dispositif de protection pour les mineurs. Dominique Versini, adjointe à la maire de Paris, entreprend alors la rédaction d’un projet de loi et interpelle l’État pour « proposer une centralisation du dispositif d’évaluation et de mise à l’abri d’urgence des jeunes migrants ».

Une première campagne victorieuse qui n’habilita toutefois pas le groupe à déployer la stratégie à long terme prévue, un revers précipité par des ressources financières et humaines limitées ainsi que par des difficultés d’organisation interne. L’Accélérateur de la mobilisation en est sorti fort d’une conviction : au-delà de la stratégie politique et médiatique pour mobiliser autour d’une cause, les collectifs militants ont besoin d’être accompagnés dans l’hybridation de leurs modes de gouvernance et de démocratie interne, tant ils se révèlent être des obstacles à une acculturation profonde et durable aux démarches de campaigning et de community organizing.

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1 Ce collectif accompagne les initiatives citoyennes pour décupler leur impact social et les aider à mobiliser plus largement. La structure collabore avec des ONG, des mouvements sociaux émergents, des fédérations et des associations qui œuvrent pour une France plus juste, durable et solidaire. www.accelerateurdelamobilisation.org


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