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Syndrome post-impérial et volonté de puissance

©Marc Veraart/ Flickr/ CC
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Resumé L’héritage du passé demeure déterminant dans la vision présente de la Russie comme acteur du monde. Le bouleversement de 1991 a transformé les rapports qu’elle entretient avec des « partenaires » longtemps dominés et avec l’Union européenne.

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L’intervention en Géorgie en août 2008 et le litige gazier qui l’a opposée à l’Ukraine en janvier 2009 sont les derniers exemples de la politique de rapports de force que la Russie mène dans son ancien empire. Ils confirment ce qu’avaient déjà montré d’autres initiatives prises ces dernières années (notamment à l’égard de l’Estonie, de la Moldavie et de la Géorgie, ou dans le domaine énergétique) : l’espace postsoviétique occupe une place majeure dans la politique russe, mais Moscou ne semble pas parvenir à passer d’une logique de domination à une relation de coopération lui permettant de garder dans cette région une place privilégiée en s’affirmant comme un pôle d’attraction. Près de deux décennies après l’effondrement de l’Urss, la persistance d’un syndrome post-impérial continue à brider sa capacité à renouveler les fondements de sa politique. C’est à la compréhension de ce phénomène que s’attache cet article.

Une logique de zone d’influence

La disparition de l’Urss en décembre 1991 a signifié la fin d’un empire vieux de plusieurs siècles. Mais contrairement à ce qu’ils ont réalisé dans d’autres secteurs, économique notamment, les dirigeants russes n’ont pas mené ici une politique de rupture. Boris Eltsine a certes déclaré en 1992 que « la période impériale de l’histoire russe était terminée » et qu’il « n’y aurait jamais plus de violence et de subordination » dans les relations de la Russie avec ses partenaires de la Communauté des États indépendants (CEI). Et, par la suite, Vladimir Poutine a maintes fois affirmé qu’il n’avait pas d’ambition néo-impériale. Mais l’idée que « l’étranger proche », terme qui désigne depuis 1992 l’espace postsoviétique, ne relève pas de la même catégorie que l’étranger continue à s’imposer comme une évidence : il est « la sphère des intérêts vitaux de la Russie » qui en est le « centre naturel ». La politique et la stratégie russes ont évolué depuis 1991, mais elles restent marquées par une volonté d’y garder une place prépondérante 1.

Cette volonté ne correspond qu’en partie à la réalité : la Russie n’occupe plus la même position dominante, plusieurs des pays membres de la CEI ayant mis en œuvre des stratégies d’émancipation et de diversification de leurs relations. Dès le départ, l’Ukraine, la Géorgie, la Moldavie et l’Azerbaïdjan ont considéré la CEI comme l’instrument d’un divorce civilisé entre les États issus de l’Urss. Ils se sont à maintes reprises désolidarisés de leur grand voisin et ont constitué en 1997 un forum, le Guam (Géorgie, Ukraine, Azerbaïdjan, Moldavie), que Moscou considère comme un défi à son autorité. L’érosion des positions russes est tout à la fois politique, économique, stratégique et culturelle. Certes, la Russie demeure le fournisseur essentiel de plusieurs de ses partenaires, en particulier dans le domaine énergétique, et elle accueille une abondante main-d’œuvre en provenance de ces pays. Elle a les moyens de peser sur les économies de la région, mais elle doit faire face à une forte concurrence. Il en est de même dans d’autres domaines, dans celui de la sécurité, par exemple, où les États-Unis et l’Alliance atlantique sont devenus d’influents acteurs dès les années 1990.

Lorsque Vladimir Poutine arrive au pouvoir en 2000, il tente de stopper l’érosion des positions russes et ses efforts semblent donner des résultats dans un premier temps, en Ukraine notamment. Mais en 2003-2004, les révolutions de couleur portent un sérieux coup à cette relance. D’emblée, elles apparaissent comme des événements majeurs ouvrant une nouvelle étape dans la déconstruction d’un espace autrefois unifié. L’impact en est d’autant plus fort en Russie que la donne géopolitique se modifie sensiblement au même moment : en 2004, l’Union européenne (UE) et l’Alliance atlantique (pour la deuxième fois) s’élargissent à l’est, intégrant les anciens alliés est-européens de l’Urss et les trois États baltes. « L’étranger proche » de la Russie devient aussi celui de l’UE. Et dans les années suivantes, la réitération par Kiev et Tbilissi de leur objectif d’intégrer cette Union et l’Alliance atlantique confirme l’attraction exercée par d’autres modèles de développement que celui de la Russie.

Le Kremlin aurait pu en conclure que l’heure avait sonné d’une rupture avec le passé et qu’il devait réfléchir à un changement de gouvernance dans l’espace postsoviétique. Il aurait pu chercher à voir quel bénéfice il pouvait tirer de la nouvelle donne, et quel profit de la coopération avec les « acteurs extérieurs » à la zone. Ce n’est pas ce qu’il fait. Au lieu de se remettre en question, il analyse ces événements en termes de jeu à somme nulle et durcit son attitude à l’égard de ses partenaires de la CEI et des pays occidentaux. La politique russe est désormais empreinte à nouveau d’un anti-occidentalisme qui se répercute sur la perception que les responsables russes ont des politiques occidentales dans l’espace postsoviétique. A leurs yeux, les Occidentaux, les Américains en particulier, sont des concurrents : leurs politiques dans la zone sont interprétées comme les signes d’une volonté d’exclusion et d’encerclement de la Russie.

Une volonté de contrôle

Dès lors, les dirigeants russes changent de stratégie. Utilisant plus qu’auparavant les leviers de l’économie (en particulier l’énergie), ils tentent de peser durablement sur les évolutions de leurs partenaires de la CEI. Par le biais d’accords à long terme, ils s’emploient à s’assurer l’accès aux sources de production et, ainsi, à maintenir ou à renforcer l’état de dépendance dans lequel se trouvent certains de leurs partenaires, notamment le Turkménistan riche en gaz ; à garder le contrôle des voies d’évacuation ; à prendre, sinon le contrôle, du moins des participations dans les réseaux de distribution et les infrastructures énergétiques de leurs voisins ; à réduire le rôle de pays de transit de certains (l’Ukraine, les pays baltes et la Pologne). Lorsqu’ils sont en position de force, ils sont capables d’une brutalité qui n’est pas toujours rationnelle. En conflit avec l’Ukraine sur le prix du gaz, ils suspendent les livraisons à ce pays en janvier 2006 puis en janvier 2009, ce qui a des répercussions immédiates sur le niveau d’approvisionnement de plusieurs des États de l’UE. Ils provoquent une crise similaire avec la Biélorussie en janvier 2007, suspendent pendant plusieurs mois les importations de vins en provenance de Moldavie et de Géorgie en 2006-2007, etc. Par ailleurs, ils instrumentalisent les « conflits gelés » (Abkhazie et Ossétie du sud en Géorgie, Transnistrie en Moldavie, Karabakh entre Arménie et Azerbaïdjan) qui ont fait partie, bien avant le conflit russo-géorgien d’août 2008, des leviers utilisés par le Kremlin pour peser sur les évolutions de ses partenaires. En donnant de façon quasi systématique la citoyenneté russe aux habitants des entités sécessionnistes, ils mènent une politique d’annexion rampante, se réservant, sous prétexte de soutien apporté à leurs compatriotes, la possibilité de légitimer une intervention, comme celle en Géorgie en août 2008.

Cette politique se caractérise par l’absence de volonté de chercher à convaincre : la Russie semble se suffire d’avoir les moyens de contraindre ! Son intervention en Géorgie, présentée par Sergueï Lavrov, ministre des Affaires étrangères, comme « un modèle de modération » 2 et largement acceptée comme nécessaire par les élites russes, le confirme. Pour la première fois depuis 1991, la Russie a recours à la force hors de son territoire pour peser sur les évolutions d’un État souverain qu’elle entend amener à renoncer à son orientation euroatlantique. À la Géorgie et aux autres États de la CEI (notamment l’Ukraine) tentés par « l’aventure euroatlantique », comme aux États-Unis et à l’UE, la Russie indique qu’il est vain de chercher à contenir, voire à refouler son influence dans l’espace postsoviétique. Car les rapports de force lui sont favorables (y compris dans le domaine énergétique) et qu’il n’y a pas d’alternative à une redéfinition, à ses conditions, des fondements de leurs relations. À la volonté de contrôler l’espace politique en Russie s’ajoute désormais ouvertement celle de contrôler les évolutions dans son ancien empire et de s’appuyer sur le fait accompli.

Cette politique donnera-t-elle les résultats attendus par Moscou ? Lui permettra-t-elle de renforcer son influence dans la zone ? Rien n’est moins sûr. Le choix de la contrainte ne renforcera pas l’attractivité de la Russie. À plus ou moins long terme, en particulier en Ukraine et en Géorgie, elle pourrait avoir les effets inverses de ceux qui sont recherchés 3. La Russie se révèle prisonnière d’un syndrome post-impérial qui bride sa capacité de réflexion et d’innovation.

Un héritage difficile à assumer

La sortie d’un empire n’est jamais aisée. Elle est d’autant plus complexe dans le cas de la Russie que le poids du passé est lourd et que la volonté de puissance de Moscou a des répercussions directes sur sa perception de l’espace postsoviétique. Les raisons des attitudes russes sont tout à la fois d’ordre historique, stratégique et économico-politique. Un cumul d’héritages grève le présent. L’héritage impérial, bien sûr : l’histoire de la Russie se confond avec celle d’un empire qui a duré du xvie au xxe siècle et dont la construction a durablement marqué la conscience collective russe. Pendant des siècles, la Russie a sans cesse repoussé ses frontières. À l’est et au sud-est, cette progression s’est faite sans grande difficulté, « d’une façon tellement lente, on peut dire presque ‘organique’, écrit Marc Raeff, que les Russes s’en sont à peine rendu compte ». Par ailleurs, cette progression s’est faite dans la continuité territoriale, ce qui rend la séparation plus complexe 4. Et elle a continué après 1917 : les bolcheviks ont reconstitué l’empire russe, devenu soviétique, puis, en 1939, l’Urss a annexé les trois pays baltes et de larges territoires aux dépens de plusieurs de ses voisins. Les Soviétiques ont toujours nié la nature coloniale de l’Urss ! Pourtant, contrairement à ce qu’affirment les constitutions soviétiques, l’Urss n’a jamais été « une union librement consentie de Républiques égales en droit ». La République de Russie et le peuple russe ont dominé un ensemble que Moscou a voulu intégré.

En décembre 1991, la Russie hérite d’un territoire qui ne correspond plus à celui que les Russes ont mis en valeur au fil des siècles pour une part qu’ils estiment décisive. Elle perd des terres intégrées dans l’empire depuis si longtemps qu’elle les percevait comme siennes. Ainsi de l’Ukraine, considérée comme le berceau de l’État russe. Ainsi de la Crimée, qui faisait partie de la République de Russie jusqu’à ce que Khrouchtchev décide en 1954 de la rattacher à l’Ukraine. L’immense désarroi qui en résulte est accentué par la coupure avec les 25 millions de Russes résidents dans « l’étranger proche », qui pour beaucoup sont les descendants de colons établis au cours des siècles dans ce qui était l’empire russe, puis soviétique. Le chevauchement des territoires politiques, nationaux et linguistiques qui en découle dans plusieurs régions de l’ex-Urss brouille la notion de frontière.

Les conditions dans lesquelles s’est produit le rapide effondrement de l’Urss n’ont pas non plus favorisé la rupture avec le passé. L’éclatement de l’Union n’a été perçu en Russie ni comme un événement inéluctable ni comme une décolonisation. Mikhaïl Gorbatchev redisait récemment qu’il « croyait vraiment » à l’existence d’une « amitié éternelle » entre les peuples censés constituer « une communauté soviétique » 5. N’ayant ni compris ni anticipé l’ampleur des difficultés à venir, il n’a proposé que tardivement une réforme de l’Union et n’a pas cherché à préparer les Russes à sa disparition. Ces derniers y ont été d’autant moins préparés que certaines des Républiques (notamment en Asie centrale) n’ont pas souhaité leur indépendance et qu’il n’y a pas eu dans l’espace soviétique de soulèvements armés comme souvent lors des décolonisations. Une révolte des nationalités a bien eu lieu, mais elle a été tardive (c’est en 1988 en Arménie que se produisent les premiers cas d’insubordination des autorités locales) et elle n’a pas, sauf exception, débouché sur une opposition frontale et violente entre le centre et la périphérie. Pour toutes ces raisons, même si certains estimaient que les Républiques étaient un fardeau pour la Russie, la disparition de l’Urss a été largement vécue comme un phénomène artificiel.

La place de la Russie dans cet ensemble ne facilite pas l’évolution de ses positions. Elle est plus riche que tous les autres États issus de l’ex-Urss réunis, en termes de territoire et de population, elle a un Pib par tête d’habitant (en parité de pouvoir d’achat) nettement plus élévé que les autres ; dans de nombreux domaines, elle dispose de moyens très supérieurs à ceux de ses partenaires. Son poids ne l’encourage pas à changer de gouvernance, « à apprendre à se faire des amis politiques, à faire des compromis » et à abandonner la division entre « étranger proche » et étranger 6. Il amène à continuer à se percevoir comme « le pays le plus important de la CEI ». Et cette vision est confortée lorsque dans les années 2000 la hausse du prix des hydrocarbures débouche sur un spectaculaire redressement financier de la Russie – premier producteur (depuis 2007) et exportateur de pétrole dans le monde – qui contribue à lui donner une nouvelle assurance dans la vie internationale. Là est une autre clef d’explication de la brutalité de la Russie en Géorgie et en Ukraine en 2008-2009. Au moment où elle renoue avec la puissance perdue en 1991, elle ne parvient pas à empêcher des décisions occidentales auxquelles elle est très hostile (Kosovo, bouclier antimissile américain…) et à dissuader la Géorgie et l’Ukraine de demander à bénéficier du MAP, le plan d’action en vue de l’adhésion à l’Alliance Atlantique. La collision entre le sentiment de puissance retrouvée et son impuissance à peser sur de grandes décisions internationales est à l’origine d’une exaspération, qui a pu conduire Moscou à tenter une action décisive susceptible de bouleverser la donne internationale.

L’évolution politique de la Russie est un facteur supplémentaire de conservatisme dans ce domaine. Le déni démocratique qui s’est imposé en Russie au cours des années Poutine encourage un déni démocratique dans ses relations extérieures. Non seulement la démocratie n’est pas présente dans le rapport de la Russie à son ancien empire, mais le Kremlin redoute que certains de ses partenaires puissent faire un choix démocratique. Il analyse les révolutions de couleur comme le fruit de manœuvres occidentales destinées à repousser son influence, et craint un effet d’entraînement dans d’autres pays de la CEI et en Russie 7. Il a donc plus que jamais le souci de contrôler les évolutions politiques en Russie. À quoi l’encourage l’exemple de ses partenaires d’Asie centrale, qui ont tous mis en place des régimes de pouvoir autoritaire.

La volonté de la Russie de redevenir une puissance de premier plan dans la vie internationale se répercute directement sur sa relation avec ses partenaires de la CEI 8. Être un pôle de puissance suppose d’avoir des alliés ou du moins le soutien de pays sur lesquels on peut compter : ce sont les États issus de l’Urss que la Russie considère comme ses points d’appui naturels. Là aussi, le passé pèse sur le présent. Le souvenir de l’ordre bipolaire sur lequel était construite la puissance soviétique l’amène à estimer que l’existence d’une zone d’influence fait partie des attributs de la puissance.

Quelles perspectives ?

Le conservatisme de la Russie ne signifie pas que la situation est figée. Que Moscou le veuille ou non, des forces de changement font leur œuvre. Je me bornerai ici à en évoquer trois. La première tient à l’incapacité actuelle de la Russie à développer une réflexion qui lui permettrait de renouveler les fondements de sa politique et de devenir un pôle d’attraction : elle rend à terme inéluctable la poursuite de l’érosion de ses positions. La contrainte peut avoir des effets à court terme, mais à plus ou moins long terme elle a peu de chances de jouer en faveur de la Russie.

La seconde est liée aux politiques multivectorielles que la plupart des partenaires de la Russie ont mis en place, chacun à leur manière, avec des objectifs et des moyens qui leur sont propres 9. Certains – les États d’Asie centrale et l’Azerbaïdjan notamment – souhaitent une diversification de leurs partenariats. D’autres, comme l’Ukraine et la Géorgie, ont un objectif d’intégration dans l’espace euroatlantique. Tous sont très attachés aux politiques qu’ils ont définies. Celles-ci signifient entre autres que les uns et les autres sont désireux, à des degrés divers, d’encourager la présence « d’acteurs extérieurs » à la zone (États-Unis, UE, Chine 10, Turquie, pour ne citer qu’eux).

Ces acteurs, qui prennent progressivement leur place dans cette région, représentent une troisième force de changement dont on voit clairement l’impact lors de la guerre russo-géorgienne d’août 2008 et du conflit russo-ukrainien de janvier 2009. Moscou n’a pas souhaité voir s’étendre l’influence de l’UE dans l’espace postsoviétique : elle a perçu avec beaucoup de méfiance la politique de voisinage mise en place par Bruxelles au moment de l’élargissement à l’est de l’Union. L’un des résultats les plus spectaculaires des deux événements cités est pourtant le rôle croissant joué de fait par l’UE. En août, celle-ci a mené une médiation entre la Russie et la Géorgie, qui était une première et qui a contribué au cessez-le-feu. En janvier, elle a été amenée, ce qu’elle ne souhaitait pas initialement, à s’immiscer dans le conflit russo-ukrainien à la demande de Moscou et de Kiev. Moscou n’a pas recherché une médiation européenne, elle a voulu prendre l’Union à témoin pour imposer son point de vue. Le résultat est que l’UE est aujourd’hui un acteur dans l’espace postsoviétique.



1 /  Cf. Anne de Tinguy (dir.), Moscou et le monde – L’ambition de la grandeur : une illusion  ? Autrement, 2008, chap. 2.

2 /  Discours de S. Lavrov au MGIMO, 1 er septembre 2008.

3 / Oksana Antonenko, « A war with no winners », Survival, oct.-nov. 2008, p.26-29

4 /  Marie Pierre Rey, De la Russie à l’Union soviétique : la construction de l’Empire, 1462-1953, Hachette, 1994, 253 p. ; Marc Raeff, « Un empire comme les autres  ?  » Cahiers du monde russe et soviétique, juillet-déc. 1989 p. 322 ; pour plus de détails, voir aussi Anne de Tinguy, « La sortie de l’empire : le poids de l’héritage », Questions internationales, sept.-oct. 2007.

5 /  Entretien avec Mikhaïl Gorbatchev, « Si l’Urss avait survécu… », Politique internationale, automne 2008, p. 130.

6 /  Dmitri Trenine, « Rossiia i konets Evrazii » (La Russie et la fin de l’Eurasie), Pro et Contra, juillet-août 2005, p. 15 ; Olga Boutorina, Aleksandr Zakharov, « Izmenit’sia ili oumeret » (Changer ou mourir) Ekspert, 18 avril 2005.

7 /  Cette crainte est exprimée par Vladimir Poutine dans sa conférence de presse du 23 décembre 2004 au Kremlin.

8 /  Les résultats d’enquêtes d’opinion le confirment. Cf. N. -P. Popov, «Nostalgia for greatness : Russia in the post-Soviet space», Sociological Research, sept-octobre 2008, pp. 36-51.

9 / Alekseï Vlassov, « The end of multi-vector policies », Russia in Global Affairs, oct-déc. 2008.

10 /  Voir par exemple Sébastien Peyrouse, La présence chinoise en Asie centrale – Portée géopolitique, enjeux économiques et impact culturel, Les Etudes du Ceri, sept. 2008, 33 p.


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