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Dérive communautaire en Belgique


La Belgique ne se fait guère remarquer par des traits particuliers. Heureusement, il y a l’opposition communautaire entre Néerlandophones et Francophones pour faire la une ! Mais remarquons aussitôt que cette opposition ne prend pas de forme violente. Si jamais le pays devait se scinder en deux, cette scission ressemblerait à celle entre la Tchéquie et la Slovaquie. Certes, on en est encore loin, mais il est vrai que les deux communautés se sont écartées l’une de l’autre.

Les Flamands ont longtemps représenté une majorité démographique et une minorité économique et sociale. Récemment, on a assisté à un renversement spectaculaire. En 1955, la Wallonie comptait encore pour 34,2 % dans le Pnb, Bruxelles 17,3 % et la Flandre 48, 5 %. Les chiffres correspondants en 1997 étaient de 25 %, 14,3 %, et 60,5 %, alors que le pays compte 32,6 % de Wallons, 9,4 % de Bruxellois et 58 % de Flamands. Mais ce renversement n’a pas fait disparaître la frustration historique de Flamands. A Bruxelles, surtout, certains d’entre eux relèvent les traces de l’ancien impérialisme culturel et social des élites francophones. Avec surprise ils notent que certains membres de la famille royale parlent le Néerlandais « plutôt bien » et que les grands événements à Bruxelles sont présentés aussi bien en Néerlandais qu’en Français. Mais le poids économique et démographique de la Flandre ne s’est pas traduit en supériorité politique. Le gouvernement fédéral est composé d’un nombre égal de ministres néerlandophones et francophones et au Parlement, la minorité francophone est protégée par des garanties constitutionnelles précises. Les deux régions bénéficient d’une autonomie considérable. Mais à présent, l’élite politique flamande exige davantage de pouvoirs, notamment dans les domaines économique et social, de façon à rendre chaque région (plus) responsable de son propre développement. A leurs yeux, en effet, les dirigeants wallons fonctionnent en parasites sur le dos de l’état fédéral et donc, indirectement, de la région flamande. Ils visent par là surtout la gestion du Parti socialiste, au pouvoir en Wallonie depuis toujours, grâce surtout à un système de clientélisme. Les scandales récents, à Charleroi et ailleurs, alimentent ces critiques.

Le second élément de la crise actuelle se trouve à Bruxelles, la capitale, bilingue en principe, mais en fait largement francophone. La francophonie a une tendance fâcheuse à s’étendre jusque sur les communes avoisinantes encore néerlandophones. Pour endiguer cette expansion, les partis flamands demandent une séparation (splitsing) des communes autour des villes de Halle et de Vilvoorde, pour les rattacher à la province flamande de Vlaams Brabant. Pour légitimer ces exigences, ils font appel au droit « territorial » : la langue officielle d’un territoire doit être respectée par tous les immigrants, y compris francophones. Ces derniers lui opposent le droit « personnel » : le territoire doit respecter la langue des immigrants, surtout s’ils représentent des minorités considérables. Derrière cette bataille de principes, il est un fait que beaucoup de Francophones sont peu motivés pour apprendre le Néerlandais.

Dans le cas de figure actuel, les Flamands demandent une plus grande autonomie pour leur région prospère. Un parti nationaliste vise même le séparatisme radical. Mais que veulent les démocrates chrétiens, vainqueurs aux dernières élections ? Ils se disent partisans du confédéralisme. Ils affirment ne pas vouloir mettre fin à toute forme de solidarité avec la Wallonie. Mais y aura-t-il un Etat fédéral (et non confédéral) pour les y obliger ? Veulent-ils mettre la main « sur les leviers de la politique sociale et économique », ou « sur plus de leviers de la politique… » ? La question de Brussel-Halle-Vilvoorde est encore plus épineuse. Les Francophones s’efforcent de contrer les exigences flamandes avec des propositions portant à élargir les facilités octroyées aux Francophones dans les communes de la périphérie bruxelloise : des propositions maintes fois repoussées dans le passé et qu’ils savent toujours irrecevables du côté flamand.

Ces débats, parfois envenimés, se déroulent dans une ambiance de dérive communautaire. Il n’y a plus guère de communication entre les deux communautés. Jadis, nombre de Flamands connaissaient le Français et lisaient les journaux francophones. Ce n’est plus le cas aujourd’hui. Et, bien sûr, les Francophones ne lisent toujours pas les journaux flamands. Cette coupure se retrouve jusque chez les politiques : pourquoi se soucier de parler la langue des autres, puisqu’ils ne sont responsables que devant leurs propres électeurs, flamands ou wallons ? Comment inventer des institutions qui stimulent le dialogue ? La proposition a été avancée de faire élire un pourcentage, modeste mais influent, de parlementaires par un électorat national. Ainsi créerait-on une élite politique qui dépendrait des bonnes grâces des deux communautés.

Cependant, cette dérive communautaire ne s’étend pas à la sphère privée. Les incidents sont très rares. En été les Francophones envahissent les plages flamandes et les promeneurs flamands les forêts ardennaises. La dérive communautaire vers le confédéralisme (voire vers le séparatisme ?) vient d’en haut plutôt que d’en bas. Mais en politique, les minorités agissantes sont plus influentes que les majorités silencieuses.


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