Vue d’Amérique latine, la globalisation économique peut toujours s’analyser en termes de relations centre/périphérie, où le Sud continue de subir la domination des pays centraux du Nord. Mais elle présente aussi une figure nouvelle, où la stratégie cachée des structures économiques remplace de plus en plus le pouvoir apparent des Etats. La perspective d’une économie solidaire y apparaît encore plus difficile.

Dans ces pages, nous nous référerons d’abord à l’analyse des rapports Nord-Sud en termes de centre et périphérie, telle qu’elle a été proposée dans les années 50, puis développée dans les années 70. Cette approche nous permettra de saisir les évolutions auxquelles elle s’est confrontée et en quoi elle peut éclairer le processus actuel de globalisation. Dans un deuxième temps, nous verrons de quelle manière la globalisation provoque de nouvelles fragmentations et de nouvelles dominations.

Région, marché et société

La globalisation (ou la mondialisation comme préfèrent dire les Français), n’est pas un sujet si récent. Une recherche dans la bibliothèque virtuelle du Web nous signale un texte de Ismael Llona M., daté de 1596. Voici ce qu’on y lit : « A la fin de ce xvie siècle, au plus quatre compagnies transocéaniques [...] gouverneront l’industrie des communications [...] Le monde parlera trois ou quatre langues, et l’Amérique pratiquement une seule [...] Le marché domine le monde [...] L’économie de la planète s’est ouverte, internationalisée et globalisée [...] L’économie s’est intégrée, les communications globalisées, la pensée uniformisée, la religion monothéïsée [...].» Ce texte étonnant nous révèle combien la question est ancienne : une globalisation est à l’œuvre dans un processus économique structuré dont le décor idéologique se traduit par le « paradigme des relations interdépendantes ». Et en effet, aujourd’hui, l’idée de mondialisation exprime, dans un contexte international, une relation d’interdépendance. Mais quand on est en présence d’une association d’inégaux, la globalisation en fin de compte induit la domination des plus puissants.

Mais au sein de cette compréhension d’un monde global, il faut faire place au mouvement de régionalisation. Dans les années 50, il a fallu opter, en Amérique latine, entre la société moderne et la société traditionnelle, pour entrer dans la modernisation. Puis, dans les années 60, nous avons eu à choisir entre les facteurs exogènes et les facteurs endogènes comme instruments pour soutenir un processus de développement régional. L’option, en général, fut celle d’un modèle de développement depuis la périphérie. Mais, dans les années 70 et 80, ce débat sur la modernisation et le développement est resté occulté ; l’alternative entre réponse autoritaire ou démocratique a focalisé toutes les controverses. L’axe de la discussion portait sur le partage entre privé et public, entre l’Etat minimum et l’Etat-providence, dans un contexte de privatisation. Actuellement, régionalisme et globalisation ne représentent pas, pour les Etats latino-américains, les termes d’une alternative mais plutôt des éléments complémentaires au sein d’une stratégie de développement intégral. Le défi de la région est de permettre l’achèvement de l’intégration d’une économie diversifiée : les espaces sous-régionaux et régionaux doivent s’insérer, de manière compétitive mais intelligente, à l’économie-monde, tout en privilégiant la justice distributive. L’enjeu est celui d’une globalisation solidaire.

L’antécédent du xvie siècle est significatif d’une première économie-monde : les frontières étaient ouvertes. De même, aujourd’hui, les changements du monde industriel provoqués par la révolution technologique (dans les communications, l’informatique...) ont fait disparaître ces frontières, en privilégiant les marchés. On remarquera cependant que le « marché » est une construction sociale, davantage que le résultat d’une « main invisible ». Une société civilisée peut « construire » des marchés qui privilégient des valeurs comme la liberté, la justice, la solidarité, la dignité de l’homme.

La globalisation inclut d’autres dimensions qu’une internationalisation de la politique économique et qu’une interdépendance entre les pays. La révolution technologique et l’évolution du capitalisme central a abouti à une économie-monde, au sein d’un formidable système de flux de biens et de finances. Les conséquences de ce processus se manifestent dans la production transnationale, l’interdépendance du centre et l’ouverture des économies de la périphérie.

Alors que le candide F. Fukuyama (peut-être pas si candide) parlait de la « fin de l’histoire », et que quelques économistes négligents annonçaient la fin du keynésianisme et du rôle de l’Etat dans l’économie, d’autres – comme la Cepal (créée par Prebisch en 1949) ou le Centre de recherches économiques de Córdoba (Ciec, fondé en 1975) –, soulignaient la prégnance d’un modèle ultra libéral que les partisans de la nouvelle globalisation utilisaient pour privilégier une forme spécifique de marché (qui dans la façon d’éloigner l’homme et la société comporte une vision idéologisée de ceux qui gèrent le monde global).

Les travaux de Prelooker, en 1999, nous invitent à une vision optimiste de la sortie de la crise. La situation critique dont souffre la quasi-totalité de l’humanité n’est pas une fatalité. Encore faut-il décider que « ça suffit ». La fin de l’économie de marché n’est pas la fin du monde mais le début d’un autre monde, parfaitement viable. Les transformations, en divers sens, mettront en mouvement une diversité, une complexité, et une multiplicité de solutions, qui seront les meilleures garanties d’un changement réel.

A l’encontre des réductions du schéma néo-libéral, on peut affirmer que le marché n’est pas nécessairement incompatible avec une économie solidaire, où dominent par exemple les valeurs comme la justice et la dignité humaine. Il est certain qu’il existe, dans l’histoire économique du monde, des espaces et des temps solidaires. Les strates inférieures d’une société, « ceux d’en bas », ont su améliorer, dans de nombreux cas, leurs conditions de vie à l’intérieur d’une économie de marché. Pourquoi excluerait-on que se construisent de manière nouvelle des marchés qui favorisent la solidarité ?

William Roepke a montré que l’économie de marché est un ordre économique adéquat à une structure sociale définie, en fonction d’une situation éthique et spirituelle. Le marché est un instrument propre à saisir la réalité, sans l’enfermer dans un cadre néo-libéral.

La globalisation peut être séduisante. Sa forme actuelle n’est pas la fin de l’histoire mais le commencement d’une nouvelle étape où le cœur de l’homme prévaudra sur les misères contingentes.

Centre, périphérie et globalisation

Dans un livre d’hommages à Raul Prebisch[1], un essai rédigé par Aníbal Pinto, en collaboration avec Jan Kñákal, était consacré à la relation « centre-périphérie ». Il étudiait comment une telle catégorie avait été employée, telle quelle ou en des termes similaires, par des auteurs comme Samir Amin, F.H. Cardozo, E. Faletto, O. Caputo, G. Meier, D. Seers, etc. La question prend son origine dans l’étude du cycle économique : comment le Sud (la « périphérie ») et le Nord (le « centre ») réagissent-ils face aux fluctuations de l’activité économique : le premier les subissant quand le second en est le moteur. De même, la division internationale du travail répartit les rôles entre les pays exportateurs de matières premières et les pays exportateurs de biens industriels. Il en résulte une inégalité dans la distribution du progrès technique et une détérioration constante des termes de l’échange, dans les deux cas au détriment des pays de la périphérie.

Pinto souligne la pertinence de l’analyse Nord-Sud faite par Prebisch, et décrit un nouveau schéma de relations centre-périphérie au début des années 70. La marginalisation relative de la périphérie est expliquée à travers plusieurs processus : la distribution inégale du progrès technique, une insertion dépendante dans le commerce international, un véritable mécanisme d’exaction par la détérioration des termes de l’échange. La construction d’une cohésion progressive, fût-elle partielle, de la périphérie, la possibilité de tirer profit de l’élargissement du cercle créé par la différenciation du centre, l’appui sur un système socialiste..., pouvaient laisser penser qu’une nouvelle configuration se dessinait.

A l’occasion de la IIIe rencontre internationale d’économie organisée par le Ciec en 1997, une étude de Jorge Carrera, Mariano Félix et Demián Panigo reprenait cette analyse, cinquante ans après, pour l’appliquer au cas argentin[2]. En effet, une telle compréhension en termes de centre et périphérie s’ajustait bien à des pays comme l’Argentine qui s’articulaient à l’économie-monde sous la forme d’exportations primaires et d’importations manufacturières et financières. Dans cette perspective, les cycles naissent dans les économies industrialisées, puis se propagent au plan international jusqu’aux économies périphériques. La conclusion des travaux de Carrera sur les canaux financiers et commerciaux et d’autres aspects de l’économie argentine insiste sur la nécessité pour les futures recherches d’étudier des modèles alternatifs d’insertion dans les économies dominantes, en prolongeant les propositions visionnaires de Prebisch. Ces enseignements comportent une bonne indication sur la manière de se déplacer dans les sables mouvants de la globalisation, en montrant comment les économies développées imposent leurs vues propres en faveur de politiques néo-libérales dans les pays pauvres, avec les conséquences, que l’on sait, d’instabilité économico-financière et d’exclusion sociale.

Un mécanisme à démonter

Quant au thème de la globalisation[3], l’année 1989 représente une date charnière, même si le monde « global » existait déjà à cette période. Avant la fin explicite de la bipolarisation, Mac Luhan parlait, en effet, du nouvel ordre économique naissant sous le nom de « globalisation ». Jean-Marie Guéhenno explique que « l’année 1989 n’achève pas une époque commencée en 1945 ou en 1917. Elle marque la fin de ce qui s’est institutionnalisé grâce à 1789. Elle met fin à l’ère des Etats-nations... La disparition de la nation porte en elle-même la mort de la politique. »

Le Council on Foreign Relations (CFR) peut être compris comme la structure politico-institutionnelle de ceux qui dirigent aujourd’hui la planète. Fondé à Paris en 1921, diffusant ses analyses dans la revue Foreign Affairs, il opère comme un réservoir d’idées. Et on le considère comme le principal responsable des plans et des applications de la politique extérieure des Etats-Unis. Son influence se retrouve dans de multiples organismes, des entités académiques, comme la Brookings, des organismes techniques (au Fonds monétaire international... voire à la CIA), jusque certaines entreprises multinationales ou dans la presse (tel quotidien allemand).

Pour la grande majorité des personnes, le processus de globalisation est inévitable. Un sentiment de résignation s’impose, qui invite à en accepter la nécessité et à s’y adapter en tout domaine. Face à cette démission qui n’ouvre aucun espoir, Salbuchi propose la « dé-globalisation » : l’aire globale n’est pas le fruit d’un hasard ni une loi cosmique inévitable. Elle traduit la stratégie du CFR (un groupe restreint de quelque cinq cents personnes ! mais qui ont su trouver des relais dans le pays le plus puissant de la terre pour promouvoir une politique de portée mondiale). Face à cette puissance réductrice, il faut opposer un projet de vie, auquel adhèrent 6,2 milliards d’êtres humains, dont la majorité n’ont pour eux que la pauvreté mais aussi leur dignité.

L’idéologie de la globalisation signifie, en fin de compte, une privatisation du pouvoir. Celle-ci n’est guère sensible au dialogue intellectuel. Ainsi l’hypercapitalisme qui nourrit la globalisation refuse tout « révisionnisme historique ». Il assure son influence par le biais d’un flux continu de données, de rumeurs, et d’affirmations indémontrées avec l’aide de l’ensemble des médias – radio, télévision, journaux, Internet ; il condamne à l’ostracisme toute idée noble qui n’a pas d’appui économique. Son objectif n’est-il pas que nous finissions tous par penser d’une manière « politiquement correcte » ? Que deviennent les libertés, celles de l’esprit, de l’intelligence, de la politique et... de l’économie ?

Un tel processus nous conduit à distinguer pouvoir formel et pouvoir réel. Le premier est toujours exercé par des structures de responsabilités économiques et politiques, mais elles se comportent comme de simples exécutants de stratégies qui émanent d’ailleurs : elles manifestent les effets visibles qui obéissent à des causes invisibles. Le pouvoir réel, dans le cadre ou en dehors d’un contexte juridique, est celui qui propose des plans, des mesures et provoque des décisions politiques et socio-économiques qui sont rendues effectives dans un temps et un espace concrets. Comme l’explique Salbuchi, les Etats-Unis sont (provisoirement ?) le siège des détenteurs du pouvoir réel, à partir duquel est mis en mouvement le processus qui conduit vers un nouvel ordre mondial. Finalement, la stratégie des structures économiques privées remplace la politique.

Dans le monde global, le rôle joué par le CFR ne relève pas de quelques fantasmes ! Il exerce des responsabilités politiques et promeut ses idées à travers programmes et stratégies.

Nous assistons à une transition de l’Etat-nation (et de toutes les institutions qui lui sont attachées) vers un gouvernement mondial qui, certes encore caché ou en voie de formation, est déjà à l’œuvre en beaucoup de lieux. Le monde du xxie siècle ne sera pas régi par les Etats. Le pouvoir réel se concentre dans de puissantes structures économiques multinationales privées qui, avec l’appui stratégique du CFR, dessinent les institutions du nouveau millénaire. S’il manque encore à cet échafaudage des organisations capables d’administrer le monde globalisé, le pouvoir considérable d’une technostructure supranationale existe déjà : la facturation annuelle des 500 premières entreprises des Etats-Unis, par exemple, fut de 6 000 milliards de dollars en 1998.

Les prophètes du marché nous ont inculqué que l’économisme – où l’homme ne vient qu’après les choses –, inclut la règle d’une vie sociale fondée sur le paradigme de la société libérale. Pour cela, les valeurs sont inversées : la société où l’homme est le centre de toute activité est convertie en un simple mécanisme d’appétits. Telle est la « culture globale » : une idéologie qui cherche à tout contrôler, depuis les programmes d’éducation jusqu’aux progrès scientifiques et techniques. Une forme de globalisation socioculturelle s’applique à détruire l’organisation sociale, jusqu’à atteindre sa cellule vitale, la personne. Ainsi se construit un nouvel ordre mondial, la société de la pensée unique.

Les économistes enseignent que si, dans le système productif, l’argent joue une fonction importante, elle n’est pas privilégiée : il sert à « huiler » le système économique pour faciliter les transactions. Or cette fonction a été déformée au cours du temps. Les études pionnières de A. Piettre rappelaient la nécessité de subordonner l’économie à des disciplines plus substantielles (la morale, la philosophie, la théologie, la politique)[4] : dans la vision keynésienne, notre discipline doit occuper la quatrième ou cinquième place, avec la nécessité de privilégier les valeurs transcendantes de l’homme. De même, les travaux de Goldsmith ou de Galbraith nous ont alertés sur l’avancée de l’argent dans le monde global. « L’Occident a déstabilisé le monde avec la conviction qu’il n’existe qu’un seul modèle économique et social valide. Ce modèle exporte partout les fléaux de la civilisation occidentale : la drogue, l’alcoolisme, la banqueroute habituelle, le désordre civil des taudis urbains, la détérioration de l’environnement, parce que cela fait partie d’un phénomène naturel inévitable, propre à une “économie salubre de développement et de progrès”[5]. »

En définitive, ce rappel du mécanisme de la mondialisation comporte de multiples facettes dont une connaissance précise est nécessaire pour comprendre le monde contemporain. Il existe un pouvoir économique, à la manière d’une corporation raisonnablement organisée, auquel adhèrent, d’une manière directe ou indirecte, les grandes entreprises multinationales. Une bonne partie d’entre elles sont les « 1 000 fortunes » des Etats-Unis, créatrices de 60 % du Pib nord-américain (les 40 % restant étant produits par 11 millions de petites et moyennes entreprises qui dépendent du pouvoir économique et financier des mille premières). On observe aussi l’inégalité de la distribution des revenus à partir des statistiques qui montrent que 358 multimillionnaires détiennent un patrimoine de 760 milliards de dollars, qui équivaut aux actifs des 2,5 millions de personnes les plus pauvres de la planète.

Nord-Sud, régions et globalisation

Dans les années 50 à 70, Raul Prebisch et bien d’autres décrivaient la réalité internationale en utilisant le schéma Nord-Sud. Ils imaginaient un noyau hégémonique (dans ce siècle, Londres, puis New York) face à un monde subordonné (les pays sous-développés). Les évolutions postérieures nous ont éloignés de ce schéma en nous plaçant, à la fin des années 90, au sein de la globalisation. Mais, parallèlement, on assiste au renforcement de plusieurs entités régionales : l’Union européenne, les pays du Traité de libre commerce en Amérique du Nord (Nafta), le renforcement d’une zone asiatique dominée par le Japon et la Chine, celle des sous-régions en Amérique latine (où le Mercosur nous intéresse particulièrement), ou d’autres régions, comme le Pacifique Sud.

Ces dernières années, le flux d’une globalisation s’est accru, si bien qu’il est difficile de déterminer quel est le pôle dominant. Non seulement le monde bipolaire a cédé la place à un monde tripolaire, mais le poids des multinationales a entraîné des conséquences jusqu’alors inimaginables. Avec une présence quasi dogmatique du marché, nous assistons à la quasi-liquidation de l’Etat-Nation, de telle sorte que le pouvoir politique a souvent abdiqué face à la sphère « économico-financière ».

Il y a comme un triangle entre globalisation, pauvreté et évolution de la souveraineté. Faute de vrai pouvoir de décision, un pays pauvre est obligé de prendre des mesures qui ne correspondent pas à sa propre vision de l’organisation économique. Les déséquilibres commandent. Les plans d’ajustement du Fmi ne prennent en compte que des aspects économiques et laissent de côté les autres déséquilibres : le fossé social (produit de l’inégale répartition des revenus), le fossé technologique (la distance qui sépare pays riches et pays pauvres), le fossé démographique (la différence abyssale entre les taux de croissance de la population des uns et des autres). La combinaison de tels plans d’ajustement au sein d’un contexte de réformes néo-libérales, entraîne ainsi un énorme coût social qui se mesure en millions d’exclus en Amérique latine et dans d’autres régions du monde.

Si, au temps de la relation « centre/périphérie » ou « Nord-Sud », nous pouvions d’une certaine manière savoir où nous étions : qui commandait, ce qu’il y avait à faire, quels étaient ceux à qui nous avions à rendre tribut..., ce n’est plus le cas aujourd’hui. Si auparavant, il était difficile pour les pays pauvres d’avoir une politique plus ou moins autonome, cette possibilité est maintenant encore plus problématique. Sans doute, le dessin d’une politique autonome est complexe, mais il n’est pas impossible. Dans l’interdépendance actuelle, il serait vain de penser qu’une société peut forger son destin de manière absolue (une sorte de modèle linéaire sans restrictions), mais on ne peut se contenter d’affirmer que tout le mal vient de l’extérieur et qu’il faut l’absorber.

La machinerie de la globalisation, le « cerveau du monde » selon l’expression de Salbuchi, prend des décisions que personne ne connaît si ce n’est sous un mode indirect. Les perspectives de négociations s’avèrent complexes, pour ne pas dire utopiques. Le schéma précédent, Nord-Sud, valait-il mieux que la présente mondialisation ? La réponse est pour le moins problématique. Si autrefois les acteurs paraissaient atteignables, aujourd’hui ils se sont cachés. Le plus grave, peut-être, est de ne pas savoir quel est le véritable pouvoir des « supposés » leaders politiques des pays dépendants, les dominés de la globalisation. Un réseau diffus d’employés et de « fonctionnaires » du CFR essaime de toutes parts, et son discours peut se faire parfois subtilement nationaliste voire populiste, et confond plus d’un citoyen.

L’alternative est donc cruciale. Il s’agit soit d’obéir aveuglement à la mondialisation, soit de privilégier une identité nationale avec les forces qui restent, avec courage et audace. Certes, un pays n’est pas un compartiment étanche, mais il peut avoir, au moins dans les périodes favorables, un projet propre au sein du monde global et, peut-être, dans un monde dé-globalisé, lorsque le capitalisme touchera ses limites et qu’une nouvelle ère, celle de l’économie solidaire, prendra forme sur la planète.



[1] Aníbal Pinto, Jan Kñákal, « La relación centro-periferia viente años después », in Luis-Eugenio Di Marco (éd), International economics and development (Essays in Honor of Raul Prebisch), New York, Academic Press, 1972.

[2] Jorge Carrera, Mariano Félix, Demian Panigo, « Prebisch y la relación centro-periferia 50 años después : su aplicación al caso argentino », Luis-Eugenio Di Marco (éd), Humanismo económico y tecnología científica (Bases para la refundación del análisis económico), Córdoba : Libro CIEC, Ensayos del III Encuentro internacional de Economía organizado por la Fundación CIEC, 1999.

[3] En s’appuyant particulièrement sur les recherches de Adrian Salbuchi : El cerebro del mundo (La cara oculta de la globalización), Córdoba, ediciones del Copista, 1999.

[4] André Piettre, Les trois âges de l’économie, Fayard, 1964

[5] J. Goldsmith, La Trampa, Buenos-Aires, editorial Atlántida, 1993. Voir aussi John Kenneth Galbraith, L’argent, Gallimard, 1976.

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