© Francis Merckaert© Francis Merckaert



 

Que propose François Fillon pour que les habitants de notre pays et de notre monde « vivent bien dans les limites de notre maison commune » ? Nous avons posé la question à Isabelle Le Callenec, vice-présidente nationale du parti Les Républicains.

Ce samedi 18 février 2017, 350 personnes étaient réunies la clôture du colloque « Réduire les inégalités, une exigence écologique et sociale ». C’est une fanfare qui ouvre les débats : les associations voulant signifier par-là que la perspective d’une transformation écologique et sociale, pour être profonde et réussie, doit être joyeuse.

La règle est simple : tous les représentants des principaux candidats à la présidentielle ont 8 minutes chacun pour réagir au texte Repenser les inégalités face au défi écologique, signé par 15 associations rassemblées par la Revue Projet. Avant qu’un trio composé de Stéphanie Gallet (RCF), Philippe Frémeaux (Alternatives économiques /président de l'Institut Veblen) et Jean Merckaert (Revue Projet) ne les interrogent sur les propositions débattues lors des deux premiers jours de colloque.

Isabelle Le Callenec est vice-présidente nationale du parti Les Républicains et suit en particulier les questions de solidarités pour l’équipe de François Fillon. Elle est aussi députée d’Ille-et-Vilaine depuis juin 2012, membre de la commission des Affaires sociales, conseillère départementale de Vitré (35) depuis 2008.

Les 8 minutes introductives

Merci de votre invitation à la clôture de ce colloque pour ce que vous avez appelé « le Grand oral » avant la présidentielle. Le premier tour est dans un peu plus de deux mois, le 23 avril, et le moins que l’on puisse dire, c’est que les candidats font campagne, pour le moment, chacun de leur côté. Mais ils auront prochainement à confronter chacun leur projet et leur personnalité. Je représente, ce matin, François Fillon qui milite pour « la révolution du bon sens » qui doit nous animer. J’ai pris connaissance du texte commun à vos 15 organisations avec beaucoup d’intérêt. Ce texte nous invite à repenser les inégalités face aux défis écologiques. Mais si vous me le permettez, d’entrée de jeu, j’ajouterais qu’il faut repenser les inégalités face aux défis écologiques, économiques et sociaux. Personnellement, j’ai fait mienne la définition du développement durable qui consiste à concilier économie, social et écologie. Et je considère que la première des inégalités reste le chômage.

« Je considère que la première des inégalités reste le chômage.»


Partageons-nous votre diagnostic (parce que j’estime que si c’est le cas, nous avons déjà résolu une grande partie de nos problèmes) ? « Notre monde doit faire face à des défis écologiques sans précédents et à la hausse des inégalités[2] » : oui, nous dressons le même diagnostic. Les inégalités sont « vécues en termes d’accès à certains services et activités (la santé, l’éducation, l’emploi, l’énergie, le logement, les transports…), en termes d’exposition à certaines nuisances (le bruit, la pollution, les événements extrêmes, [notamment les inondations]), sans oublier les discriminations en termes de qualité de liens sociaux ». Oui, nous partageons le diagnostic.

« L’accès aux biens et services dépend grandement du revenu » : oui. Je préciserais du revenu et des charges. Je préfère toujours raisonner en termes de reste à vivre, plutôt que, uniquement, en termes de revenu. Dans notre pays, les écarts de revenus sont réduits grâce à un système de redistribution : plus de la moitié de la richesse nationale est redistribuée sous forme de prestations ou d’exonérations de paiement des services publics, des services au public et c’est ce système de redistribution dont on dit qu’il a servi d’amortisseur social en 2008 et 2009.

« De larges franges de la population (…) ne peuvent satisfaire leurs besoins essentiels ». En France, on estime en effet à près de neuf millions le nombre de personnes vivant au-dessous du seuil de pauvreté et qui ne peuvent pas « goûter à la liberté de choisir les produits qu’[ils] consomment » : c’est exact. Et pour tous ceux qui, comme vous et moi, sont attachés à la liberté, ce constat ne peut que nous inciter à agir, comme le préconise François Fillon.

« Les personnes durablement exclues du marché du travail exprime souvent un sentiment insupportable (…) d’inutilité pour la société » : oui, encore. C’est la raison pour laquelle François Fillon a fait de la lutte contre le chômage et pour le plein emploi la priorité de son quinquennat. Je continue à penser pour ma part que c’est possible. Je suis députée d’un territoire où le taux de chômage est deux fois inférieur à la moyenne nationale, où 44 % des salariés travaillent dans l’industrie et où le revenu moyen par tête est le troisième de Bretagne, derrière Rennes et Brest : 2 200 euros brut par mois.

« Les inégalités fragilisent également les démocraties » : oui. Et elles font même le lit des extrêmes. Chez les Français les plus pauvres, augmente « le sentiment d’une impuissance du système politique à répondre à leurs attentes, voire d’un mépris à leur égard ». C’est vrai, d’où l’abstention. Mais je ne peux pas m’y résoudre et je continue à croire à la capacité des politiques à changer les choses et à améliorer la vie quotidienne de nos semblables. C’est toute la noblesse de l’engagement. Il faut, pour cela, réussir à dire la vérité aux Français, montrer un cap clair voulant aller d’un point A à un point B. Nous nous donnons cinq ans pour y parvenir et, enfin, trouver les voies et moyens pour atteindre les objectifs idéalement partagés avec les acteurs du changement et, bien sûr, la société civile. C’est en partie ce que nous sommes en train d’esquisser ensemble ce matin, et je vous remercie encore. J’ai pris des notes de ce que vous avez, les uns et les autres, présenté en préambule. Je considère que les politiques et les associations ont à favoriser l’interconnaissance et bâtir, ensemble, les solutions aux défis qui sont devant nous. François Fillon ne s’y est pas trompé qui, depuis le lancement de sa campagne, a tenu à associer très largement la société civile à la rédaction de son projet.

« Les politiques et les associations ont à favoriser l’interconnaissance et bâtir, ensemble, les solutions aux défis qui sont devant nous. »


Je poursuis sur les constats. « La reproduction sociale favorisée par le système scolaire est extrêmement forte ». Hélas oui ! Et ce, malgré les 60 000 postes créés au cours des cinq dernières années. Comme quoi, tout n’est pas question de moyens. Plus de 100 000 jeunes sortent du système scolaire chaque année en France. Et près de 2 millions ne sont pas à l’école, pas en stage, pas en formation, pas en emploi. Le taux de chômage des jeunes dans notre pays est de 25 %. C’est trois fois supérieur au taux allemand où il y a trois fois plus d’apprentis en formation. Nous ne pouvons nous empêcher de penser qu’il y a là une relation de cause à effet et c’est la raison pour laquelle François Fillon veut faire de l’alternance la voie royale d’accès à l’emploi.

« François Fillon veut faire de l’alternance la voie royale d’accès à l’emploi. »


« L’impératif de réduction des inégalités ne saurait dépendre d’une appréciation quant à leur efficacité économique – le Pib constituant une mesure très problématique de la richesse. » Nous sommes d’accord et d’autres indices nous apparaissent plus pertinents. En 2011, l’OCDE a créé un indicateur de bien-être dont la définition est la suivante : un phénomène multidimensionnel qui recouvre des aspects de la vie aussi divers que l’engagement civique, le logement, le revenu des ménages, l’équilibre entre vie professionnelle et vie privée, les compétences ou encore l’état de santé[3]. Et pour évaluer de manière exhaustive si la vie devient meilleure, il est nécessaire de disposer d’un large éventail d’indicateurs mesurés à l’échelle humaine et territoriale, susceptibles de rendre compte, dans toute sa diversité, de la réalité vécue par les individus. Il existe un autre indice : l’indice de bien-être durable[4] qui intègre encore davantage de critères. C’est très intéressant et ce n’est pas toujours facile à évaluer très concrètement sur le terrain, ça reste parfois un peu trop conceptuel : je vous livre, là, ce que nous disent ceux qui aimeraient utiliser ces indicateurs. Si chacun, déjà, se mobilisait en faveur de la notion de bien-être, selon la définition de l’OCDE, je pense que nous pourrions faire de grands progrès ensemble.

« Pour évaluer si la vie devient meilleure, il est nécessaire de disposer d’un large éventail d’indicateurs à l’échelle humaine et territoriale. »


« On oppose souvent les enjeux de justice sociale et la préservation » des conditions de vie sur notre planète. Vous le dites : « la myopie de notre temps politique et médiatique nous empêche de voir que, sur la durée, les enjeux sont intimement liés ». Oui, assurément. Et j’ajouterais – je l’ai fait en préambule – la dimension économique. « Chaque individu doit avoir accès à des biens et des services lui permettant d’être acteur de sa vie et de la société et d’exercer ses ʻcapabilités’«  : oui, oui et oui. Vous évoquez aussi « l’interdiction de nuire à autrui, un autrui qui s’élargit aux dimensions de la planète et aux générations futures, et donc au respect de la biosphère » : là encore, oui. D’autant plus que le réchauffement climatique et ses conséquences sur les flux migratoires sont manifestes.

Fort de ces constats que nous partageons, vous entendez ouvrir un horizon : « celui de bien vivre dans notre maison commune », et proposez trois axes forts. Je ne les reprends pas parce que ça va me permettre de répondre à vos questions dessus, sur les politiques de sobriété et d’efficacité, sur les expériences qui existent et sur comment repenser la place du travail.

Les échanges avec les journalistes

Stéphanie Gallet – J’ai regardé le site du programme de François Fillon : il y a 15 mesures phare mais aucune ne concerne la préservation de l’environnement ou la question de la transition énergétique et écologique. Ce sont pourtant des questions essentielles pour les Français. Comment les limites de l’environnement sont-elles prises en compte par François Fillon ?

Isabelle Le Callenec – Je vous ai apporté le document Environnement et transition énergétique[5]. Il faut savoir que durant la campagne électorale de la primaire de la droite et du centre, des débats – notamment télévisés – ont eu lieu, au cours desquels les candidats de notre famille politique ont pu s’exprimer. Tous les sujets n’ont pas pu être abordés ouvertement : c’est le cas de la question de l’écologie. Depuis la fin des débats, nous avons rassemblé nos équipes et nous avons continué à travailler, à approfondir et à enrichir le projet de François Fillon s’agissant de l’écologie. Il aura une occasion de présenter toutes ses propositions, ce n’est pas à moi de le faire aujourd’hui, mais je vous en livre un passage : « je considère qu’il est de notre devoir de laisser à nos enfants et à nos petits-enfants cette planète dans un état environnemental aussi bon, voire meilleur que celui qui nous a été légué par les générations précédentes ». François Fillon est l’un des rares candidats à l’élection présidentielle à avoir publié son projet, il est complet, il est cohérent, il est chiffré. Je vous remets donc ce document, car on ne peut pas dire que rien n’a été fait ni proposé sur l’environnement.

Stéphanie Gallet – La première de ces 15 mesures concerne la baisse de 100 milliards d’euros des dépenses publiques. Quelle garantie pouvons-nous avoir que cela ne se fera pas aux dépens des plus pauvres ?

Isabelle Le Callenec – François Fillon a dit et répété qu’il souhaitait faire voter une grande loi de programmation de lutte contre la pauvreté et l’exclusion. Il s’appuiera, pour ce faire, sur tous les travaux qui ont déjà été conduits et sur l’existant, notamment sur le plan pluriannuel de lutte contre la pauvreté : il n’est pas question de repartir de zéro. Un travail a été fait avec la société civile et notamment les grandes associations. Il faudra faire une évaluation. Elle est faite tous les ans. J’ai rencontré, il n’y a pas longtemps, le président du Comité national de lutte contre les exclusions. Il faut se poser une fois par an, au minimum, pour voir quels objectifs ont été atteints. François Fillon propose de lutter efficacement contre la pauvreté ; il l’a rappelé à différentes occasions. La France compte 9 millions de personnes vivant sous le seuil de pauvreté. Cela passe par de nombreuses mesures, notamment l’accès aux droits. Le Parlement a rendu un rapport sur le sujet qui formule tout une liste de recommandations que nous n’avons plus qu’à suivre. C’est un peu le problème de la France : des rapports sont rédigés, au Cese, à l’Assemblée nationale, au Sénat, il faut juste qu’il y ait une volonté politique pour les mettre en œuvre. L’accès à la santé : c’est une vraie difficulté et Médecins du monde vient de rendre un rapport sur l’accès à la santé où, là aussi, des recommandations sont faites. On sait ce qu’il faut.

« François Fillon estime, qu’aujourd’hui, beaucoup d’argent est dépensé. Il faut se poser la question de savoir s’il est bien dépensé. »


Après, il y a un problème de priorité financière et François Fillon estime, qu’aujourd’hui, beaucoup d’argent est dépensé, par exemple pour le logement. Il faut se poser la question de savoir s’il est bien dépensé. Quand on voit que, malgré les 40 milliards de budget voté chaque année pour le logement, il y a encore dans notre pays des personnes qui sont mal logées… Je suis allée à la présentation du rapport sur le mal logement de la Fondation Abbé Pierre[6] : trois millions de personnes vivent en précarité énergétique, on se dit que tout cet argent est mal dépensé. Et je pense qu’il faudra avoir tout un débat sur l’équilibre entre les aides à la pierre et les aides à la personne. François Fillon estime qu’il vaut mieux s’attacher aux personnes qu’aux statuts. Il imagine donc de créer une allocation sociale qui prenne vraiment en compte la situation de la personne, en termes d’emploi ou de non-emploi, de précarité quant à la santé ou au logement, de fusionner comme l’a proposé notre collègue Christophe Sirugue, les minimas sociaux (RSA, RSS, prime d’activité et allocation logement) pour repartir de la personne. Je trouve assez curieux que le logement social ne loge pas les plus démunis d’entre nous. Je pense que ça devrait être sa mission. Et on doit se reposer la question : qui profite de ces aides à la pierre ? Les bailleurs sociaux doivent en priorité accueillir ceux qui n’ont pas les moyens de se loger dans le privé, alors que c’est le privé qui « fait les efforts ». D’où l’idée, aussi de François Fillon, de proposer un bail homologué à des bailleurs privés qui proposeraient un logement pour les plus démunis, mais en les incitant fiscalement à baisser le loyer pour que ces plus démunis puissent accéder au logement.

Donc pour répondre à votre question, la France a 200 milliards de dette ; il y a des gens qui nous prêtent et, à un moment donné, quand les gens veulent récupérer leur argent, on n’a plus notre autonomie et notre souveraineté en matière financière. Donc il faut que nous fassions attention avec l’argent public, que nous le dépensions mieux, que nous nous organisions mieux. Notre pays est suradministré et quelque peu sous-organisé. Des marges de manœuvre existent parce que les moyens financiers sont là. Il n’y a qu’à se poser la question de ce qui relève de la solidarité nationale, de ce qui relève de la solidarité locale (je rappelle que les collectivités locales sont très présentes dans la lutte contre les inégalités sociales et dans le défi écologique). Je crois énormément dans les expériences territoriales et à la généralisation des bonnes pratiques.

« Il faut que nous fassions attention avec l’argent public, que nous le dépensions mieux, que nous nous organisions mieux. »

Jean Merckaert – Vous nous parlez de solidarité financière et des moyens que nous n’avons plus. J’ai deux questions sur ce sujet. Selon les estimations d’un syndicat des finances, la France perd 60 à 80 milliards d’euros chaque année du fait de la fraude fiscale. Est-ce que ce n’est pas ça qui manque, d’abord, dans les finances de l’État ? Deuxième question : la libre circulation des capitaux permet aux investisseurs de mettre en concurrence les États. Résultat : on a des gouvernements qui, depuis plusieurs années, nous disent qu’ils n’ont rien d’autre à proposer que d’ajuster les législations environnementales, sociales, fiscales pour attirer les investisseurs. N’est-ce pas ce qui nous prive de notre souveraineté et de notre capacité à adopter les règles que l’on souhaiterait ?

Isabelle Le Callenec – Sur l’évasion fiscale, d’abord : tous les gouvernements qui se sont succédé ont continué à lutter contre. Sur la liberté de circulation, ensuite : la France est membre de l’Union européenne. Il y a une liberté de circulation des capitaux et des hommes. La question est de savoir si on remet en cause tout ça. Je suis élue d’un territoire à la fois industriel et agricole. Et que nous demande les agriculteurs, aujourd’hui ? Une harmonisation fiscale, environnementale et sociale pour essayer de lutter contre le dumping. Vous posez une vraie question, mais ça veut dire qu’il faut répondre à des questions auxquelles on n’a pas répondu dans ce sens-là jusqu’à présent. Alors lutter contre l’évasion fiscale, oui…

Jean Merckaert – Comment ? Comment proposez-vous de lutter contre l’évasion fiscale ?

Isabelle Le Callenec – Par une collaboration accrue entre les États. Mais je voudrais revenir sur les économies que nous souhaitons faire dans la dépense publique qui pèse sur les revenus et les salaires. Je raisonne souvent en « reste à vivre ». Or, il y a un petit souci entre le brut et le net. On a des efforts à opérer dans la dépense publique. Et je reviendrai sur la croissance : nous ne l’attendons pas, il faut aller la chercher…

(Protestation dans la salle) Ce n’est pas moi qui le dis, ce sont les économistes… (Nouvelles protestations)

Je reformule ma phrase : des économistes nous disent que si l’on n’atteint pas 1,5 % de croissance, on ne crée pas d’emplois dans notre pays… Visiblement, vous n’êtes toujours pas d’accord. Il y a des économistes qui nous disent que l’on ne crée pas d’emplois, sans un minimum de croissance : on va dire ça comme ça. Si on ne partage pas ce constat, on va avoir du mal à s’entendre !

Philippe Frémeaux – Si je peux me permettre d’aller votre sens, tout en posant une question qui interrogera l’avenir. Pour ce qui est du passé, le constat que vous faites est juste : l’économie française n’a pas été en situation de créer des emplois de manière significative, dans un contexte où le niveau de développement de l’activité – telle qu’elle est mesurée par le Pib – n’était pas supérieur aux valeurs de référence que vous avez données. Pour l’avenir, compte tenu des risques attachés à la poursuite d’une croissance tous azimut très forte face aux enjeux soulevés en matière de dérèglement climatique et aux interrogations possibles sur la capacité de l’économie de renouer avec une croissance forte et durable pour différentes raisons, est-ce qu’il faut tout attendre de ce retour à la croissance ? Je ne pense pas que l’austérité soit la bonne solution, mais en revanche, faut-il tout attendre de ça ? Ne faut-il pas s’interroger sur notre façon de vivre ? Vous avez fait allusion dans votre exposé liminaire à la question des indicateurs de bien-être, est-ce que ce bien-être sera atteint uniquement parce que nous aurons une croissance plus forte ? Ou cela suppose-t-il d’avoir des politiques qualitatives et volontaristes qui iront dans ce sens ? Et pour faire le lien avec votre propos initial : l’interrogation à propos des dépenses publiques, c’est que la question du « reste à vivre » est une question essentielle. Il est vrai que les plus pauvres paient aussi beaucoup d’impôts et de cotisations sociales. Mais, dans le même temps, on sait bien que ce qui leur assura aussi la qualité de leur vie, c’est l’accès aux services publics gratuits et proposés à tous.

Isabelle Le Callenec – Je vais redire les choses telles que je les pense. Non, il ne faut pas tout attendre de la croissance. Il faut un minimum de croissance pour créer des emplois et qu’il y ait une création nette d’emplois dans notre pays. Oui, la croissance peut être propre. Je suis convaincue, à la faveur des entreprises que je visite dans ma circonscription, que nombre d’entre-elles ont le souci que vous évoquez dans vos trois axes forts de la sobriété et de l’efficacité. Je pense que nous partageons tous l’idée que nous ne pouvons plus continuer comme ça, compte tenu de l’état de notre planète. Il y a donc, aujourd’hui, un degré d’inventivité immense dans les entreprises pour essayer de produire plus propre, éviter les gaspillages (y compris dans l’agro-alimentaire où il y aurait beaucoup de bons exemples à mettre en évidence). Je pense, et je n’irai pas forcément dans votre sens, que ce sont les entreprises qui créent les emplois. Et pour que les entreprises puissent créer des emplois, il faut favoriser leur compétitivité. Il doit donc y avoir des règles qui soient à peu près les mêmes d’un pays à l’autre, sinon le risque de paupérisation existe bel et bien. L’économie du partage se met en place. D’ailleurs, ce sont des initiatives citoyennes. Ce ne sont pas les élus qui ont imaginé le covoiturage dans les territoires, c’est la société civile.

Questions courtes pour réponses courtes

Stéphanie Gallet – La quatrième mesure phare de François Fillon, c’est la suppression de l’ISF. Est-ce une mesure qui peut servir à lutter contre les inégalités ?

Isabelle Le Callennec – C’est une mesure qui permettra surtout d’arrêter le départ de notre pays de personnes qui ont le moyen d’investir. François Filon souhaite que ces personnes orientent leur épargne vers le développement économique. Pour pouvoir mener une politique sociale et écologique, il faut d’abord créer de la richesse.

Stéphanie Gallet – Êtes-vous prête à défendre un plafonnement des écarts de revenus au sein des entreprises. Durant ce colloque, nous avons beaucoup parlé du « facteur 12 »[7]. Qu’en pensez-vous ?

Isabelle Le Callennec – Là encore, François Fillon est très clair sur ces questions-là : il veut donner un maximum de liberté aux chefs d’entreprise et que le dialogue social en interne. Le chef d’entreprise a tout intérêt à penser que ses salariés constituent son capital humain et tout intérêt que le dialogue social existe bel et bien. Il a besoin des salariés comme les salariés ont besoin de lui.

Jean Merckaert – Votre réponse est non.

Isabelle Le Callennec – On n’est pas trop pour imposer. Le maître mot de François Fillon, c’est la liberté. Vous parliez de faire confiance. Eh bien oui, on fait confiance aux acteurs.

Jean Merckaert – Alors justement, une loi sera adoptée mardi prochain à l’Assemblée nationale qui s’appelle « devoir de vigilance ». Elle obligera les sièges sociaux des entreprises multinationales à faire respecter les droits de l’homme dans toute leur chaine d’approvisionnement. C’est une grande victoire de la société civile et de grandes associations (le CCFD, le Secours catholique, Sherpa et d’autres) qui ont initié ce combat, des syndicats aussi. Est-ce que François Fillon fera appliquer cette loi s’il est élu ?

Isabelle Le Callennec – Je ne peux pas vous le dire. Nous n’avons pas évoqué cette question ensemble et je ne me permettrais pas de parler à sa place. C’est une question que je lui poserai.

Jean Merckaert – Vient d’être adopté par le Parlement européen, le traité de libre-échange entre le Canada et l’Union européenne. Il est contraire aux engagements pris par la France dans l’accord de Paris sur le climat. Un dernier rapport de Ségolène Royal vient de le montrer. François Fillon dénoncera-t-il le Ceta s’il est élu ?

Isabelle Le Callennec – Nous avons eu une vraie discussion à l’intérieur de notre famille politique sur le Ceta. Plusieurs députés européens ont voté pour. François Fillon n’était pas favorable à ce qu’on le vote. À titre personnel, j’ai rencontré beaucoup d’acteurs qui seront impactés négativement. Nous avons souhaité que cet accord soit ratifié par les parlements nationaux. Or nous terminons nos travaux la semaine prochaine, la question sera donc posée à la nouvelle assemblée.

Jean Merckaert – S’il est élu, j’entends que François Fillon invitera la nouvelle majorité législative à dénoncer le Ceta…

Isabelle Le Callenec – Ne parlez pas à sa place ! Il y a votre question et la réponse que je vous ai faite. Je ne peux pas parler à sa place, mais je lui transmettrai vos préoccupations.

Propos recueillis par Patrice Le Roué.

Retrouvez les réponses des autres candidats



[1] Le texte Repenser les inégalités face au défi écologique, cosigné par 15 associations en février 2017 est à lire sur Revue-Projet.com.

[2] Toutes les citations reprise par I. Le Callennec dans ces lignes sont extraites de ce même texte.

[3] L’OCDE parle d’une mesure du "vivre mieux" en incluant tous les critères cités : http://www.oecdbetterlifeindex.org/fr .

[4] Cité pour la première fois en 1989 par John Cobb et Clifford Cobb, For the Common Good. Redirecting the Economy toward Community, the Environment and a Sustainable Future, Beacon Press.

[5] Disponible en ligne : https://www.fillon2017.fr/wp-content/uploads/2016/10/ENVIRONNEMENT-ET-TRANSITION-ENERGETIQUE.pdf.

[6] 22e Rapport sur l’état du mal logement en France, 2017.

[7] Cf. à ce sujet, Lucile Leclair et Jean Merckaert, « Vers un plafonnement des écarts de revenus », Revue Projet 356.

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