Tonneau Wales © Ethan/FlickrTonneau Wales © Ethan/Flickr



 

L’accélération contemporaine n’est pas due à la technologie, mais à la condition humaine. Il s’y loge un déni qui prend la forme d’une véritable négation des enjeux existentiels et environnementaux planétaires.

Chaque fois que, grâce à une avancée technologique, nous pourrions ralentir, nous accélérons. Cela s’appelle l’effet rebond. Celui-ci signifie qu’un progrès en termes d’efficience à l’unité se traduit souvent par un accroissement du nombre d’unités. Exemple paradigmatique : plus les technologies de l’information promettent une libération du temps grâce au raccourcissement des tâches, plus nous accroissons le nombre de tâches à faire en un temps donné. On n’a jamais été aussi débordé et encombré qu’après des décennies de « progrès » dans la productivité et l’efficacité[1] ! Qu’est-ce qui, en nous, crée cet appel d’air qui fait qu’une économie de temps ou de ressources ne conduit quasiment jamais à un désencombrement ? Pourquoi les ressources, le temps ou l’espace libérés grâce à une rationalisation semblent-ils devoir être consacrés rapidement à de nouveaux usages encore inédits, engendrant autant sinon davantage de surcharge qu’avant ?

Historiquement, aucun progrès technologique n’a jamais été mis à profit pour réduire la consommation totale de ressources, d’espace ou de temps. Les avancées en efficacité ont invariablement servi, ou à permettre à une population donnée une consommation par tête plus élevée ou à rendre un niveau de consommation donné accessible à une population plus importante – et, très souvent, les deux à la fois. Finalement, le progrès technique a principalement servi à extraire, épuiser, occuper et remplir plus rapidement qu’avant nos ressources, nos espaces et nos jours.

Le progrès technique a principalement servi à extraire, épuiser, occuper et remplir plus rapidement qu’avant nos ressources, nos espaces et nos jours.


Ainsi, l’enjeu le plus radical de la « durabilité » pourrait bien se jouer à ce niveau anthropologique : pourquoi sommes-nous, collectivement, si incapables – ou si peu désireux – de couper court aux effets rebond ? Il semble y avoir quelque chose d’anxiogène à l’idée de devoir créer une politique et une culture du suffisant. Voyons les images qui surgissent : la non-occupation, la non-expansion, la non-colonisation, bref, le rabattement sur une finitude que toute notre culture moderne tente de nier[2]. Reconnaître cette finitude, serait-ce vraiment rationnel, que ce soit au niveau individuel ou collectif ? Si nous n’occupons pas la « brèche », quelqu’un d’autre ne s’y engouffrera-t-il pas ? Et, qui sait, demain, aurons-nous encore le nécessaire si nous nous contentons aujourd’hui du suffisant ?

La finitude des ressources planétaires

Depuis de nombreuses années, le Global Footprint Network détermine un « Earth Overshoot Day »[3], un « jour du dépassement », qui indique la date à partir de laquelle l’humanité entre en « découvert écologique », c’est-à-dire commence à consommer davantage de ressources que ce que la biosphère est capable de fournir en un an de façon régénérative. L’Overshoot Day mesure le degré auquel nous privons les générations futures des stocks et flux de ressources que nous considérons aujourd’hui comme acquis dans notre quête d’une vie bonne. En 1987, le jour du dépassement avait été fixé au 19 décembre. Il a rapidement reculé sous l’influence de la voracité grandissante de l’humanité, passant cette année au 8 août. Ceci signifie que, sans même tenir compte des immenses inégalités entre pays et régions, l’humanité dans son ensemble consommera en 2016 l’équivalent de 1,6 planète. Ces données sont largement confirmées par les scientifiques qui, depuis plusieurs années, s’attachent à mesurer les « seuils et limites planétaires »[4], dont certains commencent à être dépassés structurellement, mettant en danger l’habitabilité future de notre planète.

Un droit de tirage égal pour toutes et tous

Énonçons clairement les enjeux afin de lever tout malentendu. Il ne s’agit pas de demander aux plus pauvres et aux plus nombreux de cesser de se multiplier, afin que les plus riches et les moins nombreux puissent continuer, bon an mal an, à consommer. Il s’agit d’affirmer le principe le plus radical de l’égalitarisme : chaque être humain – et, plus largement, chaque être vivant – a un droit strictement égal à une part égale des ressources disponibles sur la planète. Aucune nationalité, aucune frontière, aucune appartenance sociale ou culturelle ne peut pré-conditionner ce droit ni le qualifier a priori. Dans une biosphère finie, ceci signifie trivialement – mais il semble que ce soit la radicalité même – que la natalité et la redistribution constante des ressources constituent un seul et même problème à gérer comme tel. Chaque Suisse et chaque Français qui naît prive actuellement chaque Indien et chaque Chinois d’une quantité appréciable de ressources. Si, à l’inverse, chaque nouveau Chinois ne prive actuellement pas les Français et les Suisses de grand-chose, c’est parce que nous conservons, au niveau planétaire, un système de production et de distribution de richesses fabuleusement inégalitaire.

Accorder à chaque être humain le même droit à une part égale des stocks et flux planétaires de ressources signifie deux choses. D’une part, un équilibre doit être trouvé entre approvisionnement local et approvisionnement global en ressources. D’autre part, il existe un seuil critique de population maximale au niveau de la planète, obtenu en multipliant la capacité de charge totale de la biosphère par le quota individuel minimal égal de ressources. C’est une simple question d’arithmétique[5]. Nier l’enjeu majeur que représente la démographie dans une biosphère finie (comme le font les libéraux et néolibéraux), c’est refuser de reconnaître un droit égal de tous aux ressources limitées de cette biosphère. Et vouloir, sur cette base, s’engager pour le droit (entièrement légitime) des populations pauvres à accroître leur part d’accès aux ressources, comme le fait la gauche développementaliste, c’est faire comme si la biosphère n’avait pas de limites. Comme si on pouvait poser la question A du droit des populations pauvres à s’enrichir sans poser la double question B de l’obligation des populations riches et peu nombreuses de réduire leur richesse et C de l’obligation de l’humanité dans son ensemble de garder son effectif en-dessous d’un seuil maximal. Accepter A en refusant C et en négligeant B est aussi absurde, écologiquement et socialement (quoique plus noble moralement), que de refuser C parce que l’on refuse de poser la question de l’égalité d’accès de tous aux ressources de la Terre.

Il existe un antinatalisme de mauvais aloi : celui qui suggère que, puisque tout le monde ne peut pas consommer comme un Suisse ou un Français, c’est aux populations qui ne le font pas encore de stopper leur croissance, voire de diminuer en nombre. Mais il existe aussi un antinatalisme de bon aloi : celui qui accepte qu’il y a surtout sur Terre trop de Français et de Suisses riches, et que si l’on ne veut pas réduire significativement leur nombre (eux qui sont déjà si peu…), il faudra réduire drastiquement leur consommation, tout en augmentant significativement celle des Indiens et des Chinois et en réduisant graduellement la population mondiale dans un cadre d’ensemble où, progressivement, tous les Français, Indiens, Suisses, Chinois et Américains restants auront le même droit de tirage sur les ressources de la planète. Dans une biosphère finie et déjà en voie d’épuisement – et c’est la première fois dans l’histoire de l’humanité que cet enjeu se pose – un droit égal aux ressources implique une population mondiale maximale et vice versa.

Pour aller plus loin : La Revue Projet consacrera prochainement une question en débat à ces enjeux démographiques.

Les aveuglements de la « grande accélération »

Étant donné qu’il n’y a aucune coordination internationale sur ces enjeux, chaque pays et chaque région poursuit sa croissance, en innovant pour dégager des surplus par rapport à une consommation donnée de ressources, pour ensuite « gaspiller » ces surplus (les « valoriser », diront les milieux d’affaires) en les consacrant à des consommations supplémentaires plutôt qu’à une libération des espaces et du temps. Ce cercle vicieux prend la forme d’un constant sentiment d’« accélération ». Depuis au moins un siècle et demi, l’humanité assiste à ce que les promoteurs de l’idée d’anthropocène appellent la « grande accélération »[6].

La seule décision qui nous revienne semble consister à choisir entre faire croître l’extraction de ressources et les flux de matières plus ou moins rapidement que le produit intérieur brut (Pib). Faire décroître les flux de matières – c’est l’urgence même, que le Pib continue ou non de croître – ne semble guère à l’agenda. Tout récemment, un rapport du Programme des Nations unies pour l’environnement montrait que l’humanité est en train de concrétiser la pire option : le Pib mondial continue de croître et les flux de matières concomitants croissent plus rapidement encore[7]. Les effets rebond prennent la forme la plus extrême : une hausse de l’efficience engendre une croissance plus que proportionnelle de la consommation totale des ressources.

Personne ne veut consommer moins, sachant que d’autres s’empareront sans doute du surplus qu’on laissera soi-même inutilisé.


Pourquoi cette absence complète de coordination sur le blocage des effets rebond ? Pourquoi cette volonté explicite de ne pas se coordonner dans une compétition mondiale des innovations ? L’Europe, les États-Unis, la Chine, l’Inde, tous veulent, chacun pour soi, être l’économie la plus technologiquement avancée dans dix, cinquante ou 100 ans… Personne ne veut consommer moins, sachant que d’autres s’empareront sans doute du surplus qu’on laissera soi-même inutilisé. Cette crainte viscérale n’est pas démentie, hélas, par l’histoire sanguinaire de l’expansionnisme colonial occidental. Les peuples actuellement « émergents » ont bien raison de ne faire nulle confiance aux peuples riches pour réduire leur consommation. Mais là où ils font fondamentalement erreur, c’est en pensant qu’ils finiront par être les émules de ces derniers et par consommer autant qu’eux. La planète ne supportera pas une humanité entière consommant à un niveau français, suisse ou nord-américain. Et pourtant, la dynamique de surextraction et de surexploitation se poursuit, engendrant au niveau des individus deux phénomènes distincts mais étroitement liés : pour certains, un sentiment de saturation, voire d’asphyxie existentielle ; pour d’autres, au contraire, un sentiment d’inutilité (car chômeurs ou pauvres, ils ne « servent » à rien dans les existences sursaturées des premiers) et de vide existentiel.

Accélérer la décélération

Non, l’accélération contemporaine n’est pas due à la technologie, mais à la condition humaine. On peut assez aisément diagnostiquer la prégnance, sous des phénomènes d’accélération, de certains grands « axiomes » de notre modernité capitaliste, comme la compétition et le désir d’éternité[8]. Le vrai défi consiste à trouver comment remédier à la situation. Le courant de pensée de l’autolimitation, issu notamment des travaux d’écologie politique de Schumacher, Illich ou Gorz[9], prône une réflexivité critique des acteurs sociaux et la création collective d’une véritable culture de la « décélération » volontaire. S’y inscrivent les multiples pratiques de la sobriété choisie, du « one planet living », du « slow living », de la « permacircularité »[10], etc. – pratiques qui visent toutes à institutionnaliser, sur fond d’une logique globale de « contraction » et de « convergence » [11], une autolimitation individuelle et collective.

Le courant de pensée « accélérationniste » (Srnicek, Williams, Fisher[12]…) écarte au contraire toute idée d’autolimitation et de décélération (qui serait un retour au néo-primitivisme) et prône une sorte de « méta-accélération », où le capitalisme lui-même serait comme pris de vitesse par les immenses progrès d’une technologie enfin libérée. Celle-ci permettrait à tout le monde d’accéder à une richesse de type occidental sans accroître notre impact environnemental[13]. Ce faisant, l’accélérationnisme table sur un découplage radical entre Pib et tirage sur les ressources – l’inverse de ce qui se passe actuellement et depuis plusieurs siècles de modernité.

Pour les décélérationnistes, l’important est de créer une culture qui consentira enfin à ne pas s’engouffrer dans les brèches du progrès technique et à court-circuiter les effets rebond. Un droit de tirage égal de tout le monde sur les ressources planétaires exige une réduction nette des flux globaux de matières, tout en permettant un enrichissement matériel substantiel de populations pauvres devant être elles-mêmes en décroissance démographique – avec une diminution très importante des flux de matières entrant dans les économies actuellement riches. Pour les accélérationnistes, il importe de créer une culture où les effets rebond seront tellement importants et tellement « dématérialisés » que le rêve socialiste d’un enrichissement de toutes et de tous sur la planète pourra se réaliser sans diminution des consommations des pays riches et sans réduction graduelle de la population planétaire. Un droit de tirage égal pour tous sur les ressources exigerait notamment une expansion de l’humanité vers d’autres contrées du système solaire, l’extraction de ressources minières sur des astéroïdes et sur d’autres planètes[14]. Non pas un ralentissement, mais un dépassement « par le haut » des limites planétaires…

Une profonde panique existentielle semble saisir l’être humain à l’idée de devoir s’autolimiter en institutionnalisant des modalités de décélération. L’argument du « développement » des populations les plus défavorisées de la planète, pourtant si valable en lui-même, sert ici d’alibi au négationnisme extractiviste. Ce qui explique le succès des thèses accélérationnistes, qui brossent si bien dans le sens du poil notre déni et notre envie désespérée de continuer comme si de rien n’était. L’enjeu décélérationniste est un enjeu culturel tout autant que politique. Il annonce un nouveau rapport des riches à leur opulence, sur fond d’un nouveau rapport des riches à l’indigence des pauvres – indigence que les riches ont simplement laissé s’installer pour éviter de se poser la question de l’autolimitation. Prêcher l’enrichissement matériel de tous afin de ne pas devoir rendre plus sobres nos propres modes de vie, telle est l’essence du négationnisme accélérationniste.

Prêcher l’enrichissement matériel de tous afin de ne pas devoir rendre plus sobres nos propres modes de vie, telle est l’essence du négationnisme accélérationniste.


Ce qu’il importe d’accélérer, c’est la décélération ! Il est urgent d’inscrire dans nos institutions, mais aussi dans notre imaginaire culturel, un nouvel amor fati[15] : celui d’une finitude sereinement portée et partagée avec tous les humains, inscrite dans un droit égal de toutes et tous à puiser – sobrement, par nécessité – dans les stocks et flux de matières de notre biosphère. Nullement rétrograde, cette option est simplement la seule qui puisse concilier une vie humaine digne avec le droit à la même dignité pour toutes et tous. Le choix de la sobriété est une nécessité écologique. Les options mentionnées plus haut – « one planet living », « slow living », « permacircularité » – devront tôt ou tard être institutionnalisées et encouragées dans nos systèmes fiscaux et nos choix d’infrastructures ainsi que dans nos technologies sociales (émission monétaire, planification régionale et urbaine, règles du commerce global, etc.). Plus vite nous irons vers l’autolimitation, meilleures seront nos chances d’instaurer des modes de vie et des façons de vivre ensemble – notamment sous la notion fédératrice si riche de buen vivir[16], que les accélérationnistes vilipendent avec délectation, drapant leur propre angoisse à l’égard de l’autolimitation dans un dédain « chic » – capables de conjurer la menace collective d’un appauvrissement contraint et généralisé[17].



[1] David Owen, The conundrum: how scientific innovation, increased efficiency, and good intentions can make our energy and climate problems worse, Riverhead, 2012; Steve Hallett, The efficiency trap. Finding a better way to achieve a sustainable energy future, Prometheus, 2013.

[2] C. Arnsperger, L’homme économique et le sens de la vie. Petit traité d’alter économie, Textuel, 2011.

[3] Inspiré par les travaux d’Andrew Simms de la New Economics Foundation.

[4] Cf. les travaux des écologues Johan Rockström, Will Steffen et de leurs équipes.

[5] Je dis cela car la question d’un droit de tirage égal pour tous est a priori indépendante des « besoins » et de la question de leur légitimité. Le tragique de la finitude partagée des humains au sein de la biosphère est que, bien souvent, nos envies et nos compulsions engendrent (si nous avons les moyens de les réaliser sans demander l’avis de personne) la pauvreté d’un grand nombre d’autres humains et que, a contrario, l’étendue légitime de nos besoins est dépendante – à cause de l’inévitable logique des vases communicants – du rapport arithmétique entre les flux et stocks de ressources disponibles et le nombre d’habitants de la planète. Les ressources naturelles sont des « biens premiers » au sens de Rawls : des éléments nécessaires à la réalisation de toute conception de la vie bonne, quelle qu’elle soit. Personne ne peut avoir, en droit, plus d’accès que d’autres aux mêmes ressources. En ce sens, il se peut que l’on en arrive – mais uniquement dans le cadre d’une justice distributive accordant les mêmes droits ex ante à tous – à la conclusion qu’il y a trop d’êtres humains sur terre. En revanche, déclarer qu’il y a trop d’humains sur terre alors que les différences d’accès aux ressources sont celles actuellement en vigueur est une abomination morale.

[6] John R. McNeill, The great acceleration : an environmental history of the Anthropocene since 1945, Harvard University Press, 2014.

[7] Programme des Nations unies pour l’environnement, Global material flows and resource productivity, Unep, 2016. <http://unep.org/documents/irp/16-00169_LW_GlobalMaterialFlowsUNEReport_FINAL_160701.pdf>

[8] C. Arnsperger, Critique de l’existence capitaliste, Cerf, 2005 et Éthique de l’existence post-capitaliste, Cerf, 2009.

[9] Ernst Schumacher, Small is beautiful. Une société à la mesure de l’homme, Seuil, 1979 [1973] ; Ivan Illich, La convivialité, Seuil, 1973 ; André Gorz, « L’écologie politique entre expertocratie et autolimitation », Actuel Marx, n° 12, 1992, pp. 15-29.

[10] David Thorpe, The « one planet » life. A blueprint for low impact development, Routledge, 2014 ; Wendy Parkins et Geoffrey Craig, Slow living, Berg, 2006 et C. Arnsperger et Dominique Bourg, « Vers une économie authentiquement circulaire. Réflexions sur les fondements d’un indicateur de circularité », Revue de l’OFCE, n° 145, février 2016, pp. 93-125.<http://www.cairn.info/revue-de-l-ofce-2016-1-page-91.htm>

[11] Aubrey Meyer, Contraction & convergence. The global solution to climate change, Green Books, 1990.

[12] Cf. Alex Williams et Nick Srnicek, « #Accelerate manifesto for an accelerationist politics », <http://criticallegalthinking.com>, 14/05/2013, <http://criticallegalthinking.com/2013/05/14/accelerate-manifesto-for-an-accelerationist-politics/> et Mark Fisher, Capitalist realism. Is there no alternative ?, Winchester, O Books, 2009.

[13] Dans ce contexte, le statut de la pensée de Hartmut Rosa est plus complexe, même s’il se déclare anti-décélérationniste et semble vouloir trouver un « bon » accélérationnisme à travers ce qu’il appelle la « résonance ». À travers ce geste qui tente de façon malaisée de réconcilier l’accélération et le sens des limites sans risquer de paraître trop critique à l’égard de l’accélération (geste typique de tant de sociologues et anthropologues qui s’échinent à ne pas vouloir paraître « normatifs » tout en se voulant « critiques »), il me semble à bien des égards rejoindre un autre débat parallèle et tout aussi malaisé – celui où des éco-modernistes autoproclamés tentent, en dépit de l’évidence sur le caractère catastrophique des impacts humains sur la biosphère, de se faire les défenseurs d’un « bon Anthropocène » où l’on pourrait concilier croissance, accélération technoscientifique et régénération écologique.

[14] John S. Lewis, Mining the sky. Untold riches from the asteroids, comets, and planets, Basic Books, 1997 ; Robert Zubrin, Au seuil de l’univers, Lulu, 2010 [1999, trad. de l’américain par Étienne Martinache].

[15] Cette locution latine signifie littéralement l’amour du destin ou le consentement à sa destinée. « Ma formule pour la grandeur de l’homme, c’est Amor fati », écrit Nietzsche dans Ecce homo (Mercure de France, 1908 [trad. par Henri Albert]).

[16] Voir notamment Alberto Acosta, Le buen vivir. Pour imaginer d’autres mondes, Éd. Utopia, 2014.

[17] C. Arnsperger et D. Bourg, « Sobriété volontaire et involontaire », Futuribles, n° 403, novembre-décembre 2014, pp. 43-57.<https://www.futuribles.com/fr/revue/403/sobriete-volontaire-et-involontaire/>

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