Pat Cox© European Union 2011 PE-EPPat Cox© European Union 2011 PE-EP


L’Union européenne fut davantage consentie (pour échapper à la guerre) que voulue par les citoyens européens. Incapable de répondre au drame social en Europe du Sud, elle fait l’objet d’un rejet croissant. Mais la foi dans l’UE de l’ancien président du Parlement européen, le libéral irlandais Pat Cox, est intacte. Pourvu que la France et l’Allemagne acceptent de la doter d’un vrai budget et qu’on cesse de vouloir décider à l’unanimité des 28.

Vous venez de passer beaucoup de temps en Ukraine comme observateur de l’Union européenne (UE), notamment au procès Tymochenko. Comment l’UE y est-elle perçue ?

Pat Cox – Pour de nombreux Ukrainiens, les jeunes en particulier, l’Europe est synonyme de modernisation, de valeurs, de perspectives, d’État de droit et de lutte contre la corruption. Ils regardent aussi les pays voisins : la Pologne, par exemple, qui compte 38 millions d’habitants contre 46 millions en Ukraine. Après l’effondrement de l’Union soviétique, les taux de mortalité infantile, la durée de vie et le Pib par habitant étaient les mêmes dans les deux pays. Aujourd’hui, la mortalité infantile est trois fois plus faible en Pologne qu’en Ukraine. On y vit sept ans et demi de plus et le Pib par habitant est trois fois et demie plus élevé. Partis du même niveau il y a vingt-cinq ans, les deux pays sont maintenant à des stades bien différents. Le Pib de l’Ukraine est inférieur à celui de l’Irlande, dont la population est dix fois moins nombreuse. Un tel écart révèle l’énorme potentiel inexploité de l’Ukraine.

Par rapport à nombre de ses voisins, l’Ukraine dispose d’un véritable avantage : la force des espoirs de son peuple. L’ampleur de la protestation de masse y dépasse de loin la capacité de répression de l’État, ce qui en fait un puissant contre-pouvoir populaire. Rien de ce qui s’est déroulé sur la place Maïdan ne serait imaginable à Moscou, où Poutine aurait éliminé la contestation, ni en Biélorussie où le président Loukachenko aurait étouffé le mouvement dans l’œuf. Les suites de la Révolution orange ont été une grande déception, mais les manifestations de Maïdan montrent qu’elle reste bien vivante dans les esprits. Existe-t-il aujourd’hui une autre capitale en Europe capable de réunir, à des températures inférieures à 0°C, des rassemblements de plus d’un million de personnes pour manifester et protester pendant plusieurs semaines en faveur de l’idée européenne ?

L’Ukraine a évolué vers une confrontation beaucoup plus aiguë suite aux frustrations nées de l’échec à dégager un compromis politique, aux graves et flagrantes violations des droits de l’homme ainsi qu’à des réformes législatives hasardeuses et musclées introduites à la hâte et aussi vite retirées. On a assisté à une radicalisation croissante des éléments les plus militants du mouvement de protestation dont l’action est davantage centrée sur un changement politique interne que sur l’engagement extérieur du pays. Ce qui a débuté comme une protestation à l’encontre de l’orientation stratégique du président s’est transformé en combat politique contre le président lui-même et contre tout ce que lui et son gouvernement représentaient.

Comment expliquer l’écart entre ce spectacle revigorant et le désabusement qui existe ailleurs à propos de l’Union européenne ?

Pat Cox – Athènes a connu, elle aussi, ses manifestations. À Kiev, les manifestants sont pleins d’espérance et de détermination, alors qu’à Athènes l’ambiance est au désespoir : les Grecs ont le sentiment d’être enfermés dans un système, sans avoir droit à la parole. Les conséquences sont désastreuses pour le tissu économique, les liens sociaux et les aspirations de la génération montante. Et l’actuel plan de sauvetage ne marque pas le point final de cette tragédie ! Il n’apporte aucun espoir, aucune issue évidente.

Il n’y a pas qu’à Athènes que l’on désespère de l’Europe. Où verriez-vous l’espoir ?

Pat Cox – Pendant longtemps, depuis l’époque des Schuman, Monnet, Adenauer, De Gasperi, Spaak et autres, l’intégration européenne s’est construite selon un modèle populaire dirigé par l’élite. L’intégration était considérée comme hautement préférable aux guerres civiles qui avaient ensanglanté l’Europe. Elle parlait à sa population non pas tant en raison d’un engagement très profond de sa part, mais avec son assentiment, car elle ouvrait des perspectives bien plus attirantes que les effroyables alternatives. Or les conditions qui ont permis ce consensus se sont affaiblies. Le récit originel parlait de réconciliation et de paix, des bienfaits désormais si profondément établis qu’ils sont presque complètement perdus de vue par la nouvelle génération. Les jeunes Européens trouvent cette intégration dénuée de sens, non parce qu’ils ne seraient pas attachés à la paix, mais parce qu’ils n’ont plus la mémoire de la guerre, à moins de venir de l’ex-Yougoslavie. Tout jeune aujourd’hui en âge de travailler ou d’étudier est né en jouissant de toutes les libertés que l’Europe peut offrir.

Bronislaw Geremek, l’ancien ministre polonais des Affaires étrangères aujourd’hui disparu, me racontait cette anecdote qui illustre bien ce changement. Le jour où la Pologne est devenue membre à part entière de l’espace Schengen, il a pris sa voiture pour franchir la frontière allemande et a continué droit devant lui sans s’arrêter. Septuagénaire à l’époque, il était émerveillé d’avoir pu vivre un tel événement en se rappelant l’époque où, rentrant en Pologne après avoir enseigné à la Sorbonne, il devait rendre son passeport aux autorités. Parler avec un tel homme, qui chérissait de tels souvenirs, était bien autre chose que parler à un Polonais de 20 ans qui s’est acheté une voiture d’occasion pour se rendre là où il le souhaite, sans tenir compte des frontières. Comment être conscient du grand cadeau que constitue cette liberté donnée par l’intégration ? Pour lui, elle fait désormais partie de la réalité quotidienne, elle va de soi et passe inaperçue.

Entre-temps, sont apparues les questions portant sur l’espoir et le désespoir pour l’Europe, mais aussi celle de la légitimité politique. C’est à elles que répondront les élections au Parlement européen en mai prochain. En Grande-Bretagne, les sondages prédisent les meilleurs scores pour le parti anti-européen UKIP [United Kingdom Independence Party] et le Front national pourrait bien, avec Marine Le Pen, émerger comme le plus grand parti de France. Quant aux Pays-Bas, les sondages montrent que Geert Wilders a, lui aussi, le vent en poupe. En Italie, le Mouvement 5 étoiles cristallise la nouveauté et l’incertitude. De même, en Grèce, certains signes indiquent que l’extrême droite et l’extrême gauche pourraient supplanter les autres partis. En Bulgarie, en Hongrie et ailleurs, des groupes clairement extrémistes utiliseront les élections européennes comme une plateforme au service de leurs idées.

Les eurosceptiques représentent aujourd’hui 20 % environ des sièges au Parlement européen. Supposons qu’un tiers des futurs députés soient des anti-européens opposés au modèle d’intégration actuel, qu’ils soient capables de former – cela ne va pas de soi – un groupe cohérent au Parlement de Strasbourg : leur poids au sein de l’institution comme leur accès aux médias en seront renforcés. En ce cas, les partis conventionnels seront tentés de faire, eux aussi, des embardées sur les aspects les plus exposés de leur politique.

Sur un plan plus technique mais politiquement important, l’adoption de textes en colégislation par le Parlement européen nécessite les voix de plus de la moitié des élus. Un véritable défi sera alors lancé aux partis pro-européens. S’ils ne réunissent que 66 % des députés, divisés entre cinq groupes ou plus, eux-mêmes traversés par des tendances plus fédéralistes ou plus intergouvernementales : sauront-ils dégager la voie pour avancer ?

« Le défi eurosceptique pourrait contraindre les députés à forger une majorité politique cohérente avec la prochaine Commission. »


Le défi eurosceptique pourrait contraindre les députés, quelles que soient leurs nuances politiques, à forger une majorité politique cohérente, qui s’engage vraiment avec la prochaine Commission européenne, pour mettre en œuvre un programme politique approuvé en commun. Ceux qui souhaitent des solutions impliquant davantage d’Europe, là où cela est souhaitable et nécessaire, devront se battre pour trouver leur public car le terrain à ensemencer sera bien moins fertile que par le passé. C’est là, je crois, que résidera le plus grand challenge.

« Le problème, c’est l’Europe ! » : affirment les sceptiques, par exemple ceux qui critiquent les retombées désastreuses de l’euro sur l’Espagne, le Portugal et la Grèce…

Pat Cox – Chaque État membre reste dépositaire de ses propres traditions constitutionnelles, institutionnelles et politiques. Chacun a sa propre fierté, sa propre histoire. Il est facile de présenter l’Europe comme un intrus intervenant dans cet espace, même si ce sont les hautes parties contractantes, c’est-à-dire les États eux-mêmes, qui, en signant les traités européens, ont donné autorité pour agir. Même les élites politiques conventionnelles usent du « C’est la faute de Bruxelles ! », bien au-delà des eurosceptiques. Marine Le Pen parle de « la France perdue », des gloires passées qui attendent l’heure du renouveau. Or le monde a radicalement changé depuis le XIXe siècle, où les notions de souveraineté nationale prévalaient. La nostalgie ne constitue pas une politique, même si elle éveille de puissants échos.

« Même les élites politiques conventionnelles usent du ‘C’est la faute de Bruxelles !’. »


En France, comme ailleurs, choisir d’accuser l’Europe d’en faire trop, c’est aussi une manière d’éviter un nécessaire retour sur soi. Une sorte de déplacement pour esquiver l’échec répété à affronter les réformes nécessaires chez soi. L’économie française, qui demeure à maints égards vigoureuse, a besoin d’une modernisation. Le système de sécurité et de protections sociales est déconnecté des réalités démographiques et financières et ne subsistera pas sans réformes. Pourtant, la résistance au changement est énorme et constante. La solution sera davantage franco-française qu’européenne.

Quant à la première grande crise de la zone euro et à son impact sur les États méditerranéens, en particulier la Grèce et Chypre, il faut reconnaître que telle qu’elle a été conçue, l’Union économique et monétaire a été incapable d’y faire face. Ayant visité ces États qui souffrent des effets d’une austérité persistante sans voir de véritable sortie du tunnel, il apparaît clairement que nous avons échoué à élaborer des mécanismes européens permettant d’exercer une solidarité voulue plutôt que marchandée au-delà des frontières. Les lignes de fracture, latentes avant la crise, sont désormais en pleine lumière : entre le nord et le sud, entre les États créditeurs et débiteurs, entre les pays où le chômage de longue durée est extraordinairement élevé et ceux qui s’occupent davantage de leur propre situation. Les méthodes pour relever ces défis demeurent essentiellement de nature intergouvernementale et relèvent des 28 parlements nationaux, avec leurs opinions publiques et leurs contraintes constitutionnelles. Elles sont encadrées par les préférences et les intérêts nationaux.

Comment soutenir une capacité collective pour traiter les problèmes économiques et sociaux fondamentaux auxquels sont confrontés les États membres ? Cette question demeure centrale. Nous devons engager ce débat sans scepticisme vis-à-vis de l’idéal d’intégration, mais avec réalisme quant à ses limites actuelles. L’Europe est peut-être devenue trop intrusive dans certains domaines, mais elle demeure faible et sous-développée dans d’autres.

La volonté du nouveau gouvernement allemand – non pas lui seul mais certainement lui d’abord – d’embrasser l’idéal européen aura une importance décisive. L’économie allemande compte en effet pour 28 % de la zone euro. Avec la France, on atteint 50 % : les deux pays contribueront donc à hauteur de 50 % à tout processus de financement pour relancer l’économie européenne ou celle de la zone euro. Or rien n’indique à ce jour l’émergence d’un engagement en faveur d’un changement significatif de politique. Les coûts d’une solidarité efficace seront nécessairement élevés. Ils resteront modestes comparés à ceux qu’engendrerait un chaos suite à l’effondrement de la zone euro ou à ceux d’une longue période de stagnation économique et de détresse sociale.

« L’Allemagne et la France contribueront à hauteur de 50 % à tout processus de financement pour relancer la zone euro. »


En Allemagne, la Cour constitutionnelle de Karlsruhe exige que le citoyen allemand ne soit obligé de contribuer aux fonds européens qu’après consultation des commissions du Bundestag et approbation par celui-ci. La chancelière allemande n’est pas totalement libre d’agir, même si son analyse la portait à considérer qu’il faut faire davantage, ce qui, d’ailleurs, n’apparaît pas très clairement dans la réponse mesurée et prudente apportée jusqu’ici à la crise.

Nous sommes sans doute dans une meilleure situation qu’il y a quelques années (ainsi, de nouvelles règles ont été établies pour les banques). Serait-ce suffisant ? En cas de crise, le montant envisagé pour doter le fonds commun de résolution est de l’ordre de 50 milliards d’euros (à lever sur dix ans). Or l’Irlande, qui ne représente qu’1% environ du poids économique de l’eurozone, a dû débourser 64 milliards d’euros pour affronter la faillite de ses banques. Une somme de 50 milliards d’euros paraît bien insuffisante ! C’est mieux que rien, mais il serait exagéré de croire qu’une solution pérenne ait été trouvée.

Écartelées entre les différents intérêts économiques et les impacts sociaux de la crise, les réponses risquent de s’en tenir au plus petit dénominateur commun. C’est bien le défi pour l’avenir de l’intégration européenne : trouver les voies pour mettre en œuvre une boîte à outils à la hauteur de la tâche à accomplir.

Ce risque d’aller vers le plus petit dénominateur commun est-il le résultat des structures héritées du traité de Lisbonne ?

Pat Cox – Dans les textes, le premier bénéficiaire du traité de Lisbonne, c’est le Parlement européen : il a obtenu la codécision complète avec le Conseil sur les questions législatives et budgétaires. Mais, finalement, le changement politique le plus important a été l’instauration du Conseil européen comme institution de l’Union, avec sa présidence permanente, exercée actuellement par le président Van Rompuy. C’est lui et le Conseil EcoFin – en particulier la partie eurozone de l’EcoFin – qui ont été les moteurs de la réponse à la crise économique et financière. La Commission et, notamment, son vice-président pour les affaires économiques ont obtenu des nouveaux pouvoirs substantiels de supervision budgétaire et de responsabilisation transnationale. Mais sur des points cruciaux (les questions de solidarité et de croissance), la prise de décision demeure essentiellement intergouvernementale.

« La Commission fait plus office de secrétariat qu’elle ne définit la politique. »


Cette approche a, jusqu’à un certain point, marginalisé la prérogative législative conférée par les traités à la Commission. Elle fait de plus en plus office de secrétariat, qui exécute plus qu’il ne définit la politique. Son rôle essentiel de discerner l’intérêt commun – qui était, auparavant l’une de ses forces – est à la peine, soumis aux intérêts divergents des États qui ont privilégié l’intergouvernemental comme méthode de choix. La Commission a obtenu de nouveaux pouvoirs, mais plus comme administrateur que comme leader et je ne vois aucune perspective de changement de la part de ceux qui sont les mieux placés pour diriger le navire. J’espère me tromper…

La solidarité européenne est-elle mise en veilleuse ? Affaiblie ?

Pat Cox – C’est plutôt que cette partie du projet n’a pas été aussi puissamment renforcée que d’autres. On travaille d’arrache-pied à l’élaboration de règles budgétaires et bancaires, mais les raisons du déséquilibre actuel sont laissées de côté. Qui va s’attaquer aux asymétries criantes d’aujourd’hui et à leurs graves conséquences politiques, économiques et sociales ? Qui va aider des États piégés dans la crise et incapables de s’en sortir seuls ? La Grèce, laissée à elle-même, est incapable, quel que soit son gouvernement, d’offrir aux 55 % de Grecs de moins de 25 ans privés d’emploi des perspectives qui aient du sens. La même situation se retrouve, avec plus ou moins de gravité, sur tout le pourtour méditerranéen. Bien sûr, de nouvelles règles sont nécessaires, mais elles ne fourniront pas, à elles seules, un mécanisme pour contrebalancer les effets asymétriques de la crise.

On dispose d’une pléthore de rapports officiels. Or l’épreuve de vérité ne réside pas dans le volume des mots, mais dans celui des finances. La réalité demeure une inégalité sociale massive, un nombre croissant de familles atteintes par la pauvreté et une désillusion qui monte. La réponse à apporter à un État membre submergé par la crise ne peut se résumer à une politique de rigueur fiscale. Je suis fortement animé par l’idéal européen – et en aucune manière un eurosceptique –, mais je reconnais qu’il y a là un vice profond vis-à-vis duquel nous devons faire preuve d’une autre forme de responsabilité collective.

Certes, ce n’est pas seulement une question d’argent. La Grèce souffre d’une terrible bureaucratie publique, elle a une économie souterraine chaotique et, sur ces points, bien des choses doivent être remises en état. Mais si on ne peut se contenter d’injecter du bon argent après du mauvais, il ne faudrait pas non plus croire qu’en réparant ce qui est cassé, on résoudra gratuitement les problèmes sous-jacents.

« La réponse intergouvernementale est soumise à la contrainte de 28 parlements, 28 opinions publiques. »


La réponse actuelle est intergouvernementale. Or les réponses intergouvernementales sont soumises à la contrainte de 28 parlements, 28 opinions publiques, et 28 régimes constitutionnels. Le renforcement de l’Europe appelle une modification des traités, impliquant une nouvelle et substantielle « tranche » d’Europe. Dans le bouillonnement politique qui va marquer les prochains mois, on peut se demander si l’environnement est favorable pour ensemencer davantage d’Europe. Pourtant, même dans un climat tendu et difficile, si nos économies ne subissent pas un nouveau choc grave en provenance de l’extérieur, je pense que nous pouvons nous en sortir. Pour qui garde un peu de foi dans l’Europe, l’optimisme demeure un devoir !

2014 est l’année du renouvellement des institutions européennes. Il commencera en mai avec les élections au Parlement. Les partis politiques européens vont proposer des candidats au poste de président de la Commission européenne. Cela permettra-t-il d’européaniser la campagne ? Cette innovation peut ouvrir pour la première fois la perspective d’une série de débats entre dirigeants qui, différemment cette fois – espérons-le – inscrivent fermement les questions européennes au programme de l’élection. Au niveau des États membres, il sera impossible d’éviter que ces élections soient perçues comme des tests de popularité à mi-mandat des gouvernements, colorés, en outre, par certaines luttes de personnalités. Pourtant, si l’idée de l’Europe doit prendre une place centrale dans la conscience des citoyens, c’est maintenant ou jamais ! La dynamique postélectorale ouvre une perspective pour que le nouveau président de la Commission et une majorité efficace au Parlement élaborent ensemble un programme.

Le modèle de gouvernance à plusieurs niveaux que constitue l’Union européenne ne saurait être ramené à une polémique électorale simpliste, digne de Guignol, entre un nationalisme nostalgique et un fédéralisme brouillon. L’Europe ne peut et ne doit pas chercher à tout faire. Elle devrait et peut, au contraire, se centrer sur les sujets où elle est la mieux à même d’apporter une valeur ajoutée ainsi que des solutions durables aux besoins des citoyens – une formule alliant simultanément moins et plus. Il conviendrait que, dans ces domaines politiques essentiels, l’UE ne soit pas un acteur s’ajoutant aux 28 déjà présents, mais un facilitateur et un concepteur de stratégies.

C’est là un vaste programme, digne d’un débat sérieux, capable de produire de réels dividendes. Nous vivons dans une région densément peuplée, vieillissante, riche et privilégiée, au sein d’un monde qui change rapidement. Nous trouverons mieux notre place, défendrons mieux nos valeurs et notre vision et représenterons plus efficacement nos intérêts communs dans le XXIe siècle si nous avons la sagesse d’agir ensemble sur les grands sujets qu’affronte notre époque. La nostalgie d’un passé devenu histoire, la colère devant un présent exigeant ou la crainte d’un futur plein de défis risquent d’alimenter la rhétorique d’un débat enflammé, mais aucun de ces sentiments ne suffit à faire une politique. Efforçons-nous, dans le débat qui nous attend, de traverser la chaleur pour atteindre la lumière.

Propos recueillis par Edmond Grace (Jesuit Centre for Faith and Justice, Ireland) et traduits de l’anglais par Christian Boutin.



Le Conseil pour les Affaires économiques et financières (EcoFin) rassemble les ministres des Finances des États membres.

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