L’argent mène le monde. Mais, peut-être, à sa perte : voilà la grande révélation de la crise financière, alimentaire et écologique. Les rendements frénétiques exigés par les marchés sont incompatibles avec la prudence financière, la décence au travail, la finitude des ressources et l’idée de solidarité publique obligatoire (l’impôt). La concentration des richesses, doublée d’une captation des pouvoirs, met à mal la démocratie.

À la faveur de la crise, la remise en cause de l’argent roi s’est répandue par-delà les clivages partisans. On dénonce ces « riches qui détruisent la planète »1 [1] ; des débats que l’on croyait enterrés renaissent, sur le plafonnement des revenus, les paradis fiscaux ou les écarts de salaires. Plus fondamentalement, la mesure strictement monétaire de la richesse, individuelle ou nationale (Pib), est contestée. Au point que se multiplient partisans de la sobriété heureuse, objecteurs de croissance et autres collectifs citoyens « Sauvons les riches! ». D’aucuns allant jusqu’à brandir le spectre de « la haine des riches ». Pour autant, la crise a-t-elle modifié le rapport à la richesse, sinon la place des riches dans la société? Que traduit la cession par 40 milliardaires américains de la moitié de leur fortune à de bonnes œuvres ?[2] Faut-il à présent s’excuser d’être riche?

Au contraire, expliquent les auteurs sollicités par Projet : les riches s’accommodent à merveille de la crise. Organisés en classe sociale comme nuls autres, selon M. Pinçon et M. Pinçon-Charlot, ils se défendent très bien, même de l’impôt! Et J. Gadrey d’analyser l’emprise que continue d’exercer le pouvoir de l’argent sur notre planète et sur nos vies, avant de poser le débat sur la conception de la richesse.



[1] Hervé Kempf, Comment les riches détruisent la planète, Seuil, 2007.

[2] Gaël Giraud et Cécile Renouard, « De la philanthropie à la justice », La Croix, lundi 4 avril, p.27.


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