« En ces jours-là fleurira la justice, grande paix jusqu’à la fin des lunes ! Que la ville devienne florissante comme l’herbe sur la terre ! » Psaume 71

Des enfants jouent dans une rue piétonne. De part et d’autre, des jardinets entourent les larges baies vitrées de maisons aux toits recouverts de gazon, de bassins de récupération d’eau et de panneaux solaires. Une étudiante consulte internet sur son ordinateur portable au pied d’une éolienne… Vous êtes dans un éco-quartier, un de ces îlots urbains conçus pour minimiser les impacts environnementaux négatifs de notre mode de vie. Les plus connus, le Quartier Vauban à Fribourg-en-Brisgau en Allemagne et BedZED [1] dans le sud de Londres, sont nés au milieu des années 1990. D’autres villes d’Europe du Nord leur ont emboîté le pas comme Malmö, Stockholm et Hanovre. En France, plusieurs communes se lancent à présent dans l’aventure : Paris, Bordeaux, Lille, Douai, Strasbourg, Chalon-sur-Saône ou Limeil-Brévannes dans le Val-de-Marne…

À la pointe de l’innovation technologique et architecturale, les constructions tentent de répondre aux défis du développement durable et de réduire au maximum leur empreinte écologique [2] jusqu’à avoir un bilan carbone nul. Pour cela, rien n’est laissé au hasard : isolation optimale de l’habitat, récupération des eaux de pluie, utilisation des énergies renouvelables, équipements économiques en eau et en électricité… permettent de réduire drastiquement les dépenses en énergies. Ainsi dans le quartier BedZED, les consommations d’énergie pour le chauffage ont diminué de 88 %, la consommation d’eau chaude est réduite de 57 % et la consommation d’électricité de 25 % par rapport à la consommation domestique moyenne au Royaume-Uni. Certains quartiers en France prévoient même de devenir producteurs d’électricité. Par ailleurs, le volume des déchets est réduit et le recyclage accru. Enfin, les déplacements « propres » sont privilégiés par le développement des transports en commun et la limitation de l’usage personnel des voitures.

Une utopie sociale ?

Fidèles aux aspirations du développement durable, ces projets comportent également une dimension sociale forte. Nés pour la plupart sur des friches industrielles, ces quartiers promeuvent une mixité sociale en réservant une part importante de logements sociaux. À Fribourg, le quartier Vauban s’est développé sur d’anciennes casernes militaires de l’armée française. Après le départ de cette dernière en 1992, certains habitants occupaient illégalement les lieux ; ils font désormais partie des nouveaux résidents « légitimes », occupant 220 logements « alternatifs », auxquels s’ajoutent 600 logements étudiants pour un total de 2000 logements sur 34 hectares. À BedZED, sur 82 logements, un tiers sont des logements sociaux, un tiers sont réservés à des key partners (personnes ayant une « utilité publique »: médecins, infirmiers, pompiers, professeurs) et un tiers sont vendus ou loués sans contraintes spécifiques. À Limeil-Brévannes, la moitié des logements du nouveau quartier durable seront des logements sociaux et un dispositif d’accès au numérique pour tous sera assuré grâce à l’utilisation du Wimax (Wifi à grande échelle).

Certes, de tels projets naissent d’une volonté politique forte qui donne l’impulsion initiale mais rien ne serait possible sans la convergence de nombreux acteurs. Il faut souvent du temps et des montages financiers complexes entre bailleurs de fonds publics ou associatifs, constructeurs, pouvoirs publics, architectes, urbanistes, structures d’appui technique… L’investissement initial est plus important que pour d’autres constructions qui ne respecteraient pas les normes HQE [3], ce qui se répercute dans le prix du logement. Ainsi pour le quartier BedZED qui aurait coûté 17 millions d’€, le prix d’achat du logement était de 20 % plus élevé que le prix moyen des logements dans cette zone. Mais ce surcoût est amorti dès les premières années grâce aux économies d’énergie.

D’ores et déjà, les premiers résultats dans les quartiers existants sont impressionnants : les objectifs énergétiques semblent atteints et l’intégration sociale paraît « heureuse ». Devant le défi du réchauffement climatique, ces éco-quartiers ont une portée utopique qui laisse entrevoir une pluralité de solutions créatives, tant les formules retenues diffèrent d’un quartier à l’autre. Les propositions de la commission Attali visant à promouvoir le concept d’eco-polis n’ont pourtant pas été accueillies favorablement par les associations de défense de l’environnement, qui craignent un étalement de l’espace urbain et des infrastructures routières aux dépens de la nature. Par ailleurs, le coût d’investissement initial pour mettre en œuvre des éco-quartiers pourrait rapidement inciter à renoncer à leur dimension de mixité sociale en vue de favoriser leur rentabilité. C’est donc bien, à l’instar du Quartier Vauban et du BedZED, sur le champ des zones urbaines déjà existantes qu’il s’agit de réfléchir en termes d’éco-quartiers. Qui sait si de telles innovations écologiques, urbaines et sociales, nées dans les fractures délaissées de nos villes, ne pourraient pas offrir une sortie par le haut pour nos ghettos sensibles ?


1 / Pour Beddington Zero Energy (fossil) Development .
2 / Méthode pour estimer l’impact environnemental d’une activité humaine en calculant la surface de biosphère nécessaire à la production d’énergie et au recyclage des déchets dont le carbone émis dans l’atmosphère.
3 / Pour Haute Qualité Environnementale    ; il s’agit de normes architecturales recommandées pour le respect de l’environnement.



Article également accessible sur Cairn.info 

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