Dès le départ, nous avons voulu comprendre. Dans les différents lieux de culte, appuyés sur une analyse de Jean-Marie Petitclerc parue dans le quotidien Ouest- France, les prêtres sont intervenus en invitant les paroissiens à être attentifs aux événements et aux personnes, à analyser les causes et à être concrètement « acteurs de paix ». Par la suite, une réunion a été organisée rassemblant une trentaine de militants parmi les catholiques, pour prendre du recul et imaginer des initiatives. Il faut dire que le climat général parmi les habitants était plutôt à l’affolement.

Avec les responsables de la maison de quartier, une concertation s’est spontanément établie. Tous, nous avons fait le maximum pour nous rencontrer. Au cœur des événements, le centre socioculturel du quartier voisin nous a fait signe pour participer à une rencontre avec des jeunes issus de l’immigration. Ces événements coïncidaient avec l’organisation annuelle d’une rencontre chrétiens-musulmans. Le thème était de circonstance : « Vivre ensemble dans la confiance ». Nous étions plus de 70 personnes et bien sûr, nous avons parlé de tout cela, et tenté d’en tirer des leçons. Les jeunes du quartier incarcérés nous ont été signalés grâce à une communauté religieuse et à un aumônier des mineurs de la maison d’arrêt. Une visite a été rendue à quatre familles de ces jeunes.

Écouter et prendre la parole

Un an après ? D’abord, des liens se sont consolidés avec un jeune sorti de prison et sa famille. Ensuite, nous nous sommes retrouvés une quarantaine en mai dernier, sur le thème « Écouter et comprendre la violence », pour tenter de trouver des réponses réalistes et porteuses d’espoir. Nous avons souligné la reconnaissance insuffisante des codes de la vie sociale, la décrédibilisation de certains parents, l’influence du virtuel qui conduit à traiter la réalité comme un jeu : certains jeunes « jouent la violence », sans mettre de distance avec les images qu’ils ont vues. Des réponses : traîner dans le quartier ; participer à l’effort d’alphabétisation ; dire bonjour aux jeunes ; être présents avec les autres dans les associations, dans la vie et les fêtes de quartier ; valoriser les attitudes positives de la plupart des adolescents, les encourager à fréquenter les centres socioculturels, structurants au même titre que l’école. Une vingtaine de chrétiens habitant les Hlm du quartier sont « référents », à l’écoute de ce qui se vit. Ils invitent et accompagnent les enfants dans des activités comme l’Action catholique des enfants. Ils se retrouvent régulièrement pour faire le point.

Pour être fidèles à la physionomie du quartier (environ 35 nationalités) comme à celle de la communauté chrétienne (une quinzaine de nationalités), nous avons créé un pôle international où se retrouvent des chrétiens présents dans le milieu associatif ouvert à l’international et d’autres engagés dans le jumelage de notre paroisse avec une paroisse de Conakry, en Guinée. Ce pôle international organise en novembre une soirée sur le thème « Migrations et intégration », où nous inviterons largement. Quelques-uns d’entre nous sont encore engagés auprès des demandeurs d’asile et des sans papiers.

Un pôle solidarité a pour but de mettre en synergie des acteurs qui interviennent dans le quartier : militants dans le milieu socioculturel, dans des mouvements caritatifs chrétiens (Secours catholique, Conférence Saint Vincent de Paul) ou non confessionnels (Petits frères des pauvres). Deux soirées ont été organisées réunissant chacune de 50 à 100 personnes : l’une avec la participation de travailleurs sociaux ou de responsables associatifs pour un regard précis sur la réalité du quartier (population, jeunes, écoles, chômage, etc.), l’autre sur les solidarités vécues.

Lors de la fête du quartier en juin dernier, le maire de Nantes m’a dit combien il a apprécié cette réflexion et cette action positive face aux événements violents de novembre dernier. Pour nous, communauté ecclésiale, il est important que, dans le respect de la laïcité, soient reconnus par les pouvoirs publics notre présence originale, notre contribution au lien social, notre regard d’espérance sur les habitants et notre partenariat avec les autres forces sociales.

Gérard Epiard



Article également accessible sur Cairn.info 

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