Les « musulmans » constitueraient-ils, y seraient-ils contraints, un groupe, une classe, une entité politique dans la société française ? Les orientations législatives récentes sont dangereuses, elles risquent de figer des identités fermées, et finalement de contraindre, plus que d’intégrer. L’illusion communautaire n’est pas une voie d’avenir.

De plus en plus, la tentation existe de se dire « musulman ». Or l’identité dit un passage, en même temps qu’elle désigne un universel. Les enfants d’immigrés cherchent leurs marques. Leur affirmation, par des signes plus ou moins ostensibles, peut traduire une recherche d’authenticité, de vérité ou de transcendance. Elle s’arrête parfois sur un chemin jalonné de points de références : des mosquées où les différences de ton et d’orientation sont nombreuses, des familles héritières d’une histoire religieuse, des lieux de formation à l’étranger, parfois de longue tradition, parfois frôlant la manipulation et le sectarisme.

Dans l’itinéraire de chacun, chrétien ou musulman, la foi n’est pas un capital, mais d’abord une histoire où la reconnaissance d’un Autre se dit dans des balbutiements, des incertitudes. L’école, la société, la famille devraient être des espaces dans lesquels la vulnérabilité que représente pour chaque individu cette quête peut trouver dialogue et respect. Et cette recherche ne s’affine en liberté qu’en face d’hommes et de femmes qui osent risquer une véritable rencontre dans la confiance de leurs propres itinéraires.

La loi ne peut désarmer cette rencontre, elle doit l’encourager. Elle ne peut vider les échanges de leurs contenus ; elle doit aider chacun à relier cette expérience du plus intime à la réalité sociale et politique du moment. En ce sens, elle est mauvaise si elle exclut, elle est riche quand elle permet aux plus indécis de vivre leur présence dans la société occidentale sous le mode de la liberté.



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