Si Projet consacre un dossier à cette lame de fond que représente l’avènement d’une Culture-Monde, c’est avec la conviction que nous vivons dans le champ culturel des transformations aussi fondamentales que dans le champ politique. La Renaissance ou les Lumières, par exemple, ont eu des répercussions profondes bien au-delà du monde des Lettres et des Arts.

Et la circulation, aujourd’hui, des informations, des produits culturels, mais aussi des représentations est le troisième visage d’une mondialisation économique et politique.

Pourtant, comment accoler les deux mots culture-monde sans soulever l’inquiétude : celle d’un affadissement des sources, des identités, des goûts et des valeurs, qui s’alimentent sur des terreaux vivants ; celle d’un rapport dominé par la logique des industries culturelles, celle des réseaux de diffusion monopolisés par quelques-uns qui ne laissent plus de place à l’expression de la diversité.

En réalité, les cultures sont appelées à entrer dans un dialogue nouveau. Comment penser leur cohabitation ? Cette cohabitation suppose des règles, dans le respect des particularités de chacun. Cette cohabitation invite aussi à une commensalité, où l’on partage une même table et goûte d’autres saveurs. Une cohabitation qui n’ignore pas que les frontières sont bousculées, mais qui s’enrichit à partir de vrais foyers de créativité. Une cohabitation qui mesure combien la traduction entraîne des pertes : « Nous laisser raconter par d’autres dans leur propre culture, c’est faire le deuil du caractère absolu de notre tradition » (P. Ricoeur), mais qui est confiante dans cette chance d’inculturation pour des « universels concrets », en quête de reconnaissance et d’appropriation.

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