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Rendre la réalité inacceptable

Luc Boltanski Ed. Demepolis, 2008, 192 p., 15 €

Ce petit ouvrage de Luc Boltanski se propose comme une relecture d’un article publié en 1976, « la reproduction de l’idéologie dominante » un retour sur les circonstances de la naissance du groupe réuni autour de Pierre Bourdieu et sur les débuts des Actes de la Recherche en sciences sociales. Il offre surtout de revisiter les thèmes de cet article : l’idéologie, la domination, la classe dominante.

L’intérêt de son approche est de replacer la question de la domination au centre du débat dans le capitalisme avancé. L’emprise de la classe dominante (les « responsables ») n’est plus une domination « simple » par le moyen de l’oppression et parfois par la violence, empêchant le développement de la critique ou la réduisant par la répression. Dans la domination complexe, le capitalisme s’appuie sur la nécessité constante du changement et il apprend à le conduire avec la participation des experts « équipés d’une science sociale » et le soutien des institutions de l’État. En ajustant les lois et les conventions selon ses besoins, il change la réalité et il s’exerce en même temps à gérer la critique. Si un individu, un groupe, une équipe de travail ne sont plus capables de suivre le changement, ce handicap justifie leur exclusion. Pour les théoriciens de l’économie néolibérale, l’avenir appartient aux meilleurs. Ces modes de domination complexe, par les normes et dispositifs d’évaluation managériale, s’étendent désormais du monde du travail jusqu’à celui de l’université et de la recherche. Pour Boltanski, cette « fatalité du probable » est finalement une dissimulation : la tâche de la sociologie est de rendre cette réalité inacceptable.

Gabriel Mendoza Zárate
6 juin 2012
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