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Qui capture l’État ?

Jean-Hervé Lorenzi PUF

Voilà un livre qui vaut d’abord par son titre. Car il témoigne d’une prise de conscience : « les économistes se doivent d’analyser les comportements et stratégies des prédateurs des ressources financières publiques » (p. 9). C’est ainsi que Jean-Hervé Lorenzi introduit cet ouvrage qui regroupe de courts textes des membres du Cercle des économistes, qu’il préside. De cet exercice très inégal, on retiendra, d’abord, le constat limpide de Jean-Paul Pollin : le choix de mener des politiques publiques au niveau supranational n’a fait, dans le cas de l’UE, « incapable de s’entendre sur quoi que ce soit » (p. 13), qu’organiser le recul de l’État qui, après s’en être remis au jeu des marchés, en est « réduit à éponger coûteusement les dégâts » (p. 18). Jacques Mistral revient sur l’épisode du relèvement du plafond d’endettement de l’État américain, durant l’été 2011, y voyant « la capture de l’État fédéral par le Tea party » (p. 39). A noter, aussi, les analyses de Christian Stoffaës sur l’illusoire indépendance des banques centrales, ou de Jean-Pierre Martel sur le défi immense d’uniformiser la régulation alors même que « plus on établit de règles, plus la part de l’activité économique qui y échappe croît » (p. 78). Si le rôle des multinationales est relevé ci et là, si le procès de la finance est légitime, on regrettera en revanche la faiblesse des contributions sur les paradis fiscaux, qui préfigurent pourtant la capture des souverainetés par les grands groupes privés. On regrettera surtout que le chapitre consacré à la réhabilitation de l’État ne vise surtout à faire la peau de l’État-providence. Louant le « contre-modèle » chinois, l’un semble se réjouir que « le Mur de la dette ne [puisse] conduire qu’à un désengagement de l’État » (B. Jacquillat, p. 88), l’autre notant plus subtilement que « la diversité d’une population est une richesse énorme, mais elle sape le fondement de la solidarité publique. Les communautés comptent d’abord sur elles-mêmes » (D. Thesmar, p. 84). Une chose est sûre, à la lecture de cet opus : la gestion du bien public est dans un drôle d’état.

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Jean Merckaert
23 juillet 2012
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