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Nourrir la planète. Pour une révolution doublement verte

Michel Griffon Odile Jacob, 2006, 456 p., 23,90 €

Ouvrage admirablement conduit, faut-il dire d’abord, articulant les étapes, dans le style power point qui accentue la rigueur du raisonnement. Tout commence par les hommes bien concrets, la démographie dans son moment présent (trois milliards de nouveaux convives attendus pour 2050), et par la terre tout aussi concrète – on ne nourrit qu’à partir de la terre de la seule planète à laquelle nous avons accès. Michel Griffon la connaît de fond en comble, scientifiquement mais aussi en observateur direct, d’où la qualité de ses réflexions sur les plus diverses régions du monde. (Peut-être manque-t-il un peu la mer, à la contribution possible de laquelle notre auteur ne fait que des allusions). Au plan géographique, l’Asie, l’Afrique du nord et le Proche-Orient demeureront déficitaires, l’Amérique latine et l’Afrique tropicale peuvent être excédentaires. Grâce à des flux commerciaux puissants, les hommes peuvent être nourris. Mais il existe un problème social, qui n’exige pas moins d’attention : les 800 millions de sous-alimentés sont les pauvres du monde et ce sont des agriculteurs, il n’y a pas de solution sans qu’on leur fasse justice. « L’équité est indissociable du raisonnement » sur l’alimentation des hommes. Et cette équité, souligne Griffon, est en rapport, entre autres, avec des prix plus élevés pour la production du paysan aujourd’hui pauvre : nous devons cesser de l’écraser au moyen de la production bon marché des pays riches. La thèse d’ensemble est que la Révolution verte des années 60, celle des engrais, de la mécanisation et du crédit, a réussi à empêcher les famines redoutées après 1945, mais elle a atteint ses limites. Il nous faut une révolution « doublement verte » : « Réduire la pauvreté alimentaire et nourrir le monde en 2050 avec les techniques actuelles est trop risqué » (risques environnementaux). M. Griffon oriente vers la recherche de processus naturels (écosystèmes comportant ‘entretien’ et résilience, durables donc au meilleur sens du terme). Il doute de l’alimentation carnée supposant de 6 à 9 calories végétales au lieu d’une. Doute aussi, bien sûr, du « tout chimique » de la première révolution verte. Un fort humanisme anime toute sa recherche.

Jean-Yves Calvez
6 juin 2012
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