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Marx Aux origines de la pensée critique

Dick Howard Michalon, 2001, 122 p., 9 €

Voici une très studieuse relecture de Marx, chose rare en notre temps. L’ouvrage n’est pas facile, même s’il est bref, en raison de la subtilité des points de vue qui ne cessent de se croiser. La formidable culture de Dick Howard en est la cause… Je retiens volontiers cette trame : Marx est typiquement un penseur « critique ». Mais la critique, chez lui, se transpose en « histoire » : c’est alors la réalité elle-même (l’histoire) qui est la vraie critique, par son évolution. Le centre de toute chose est comme une « autocritique »; dans un sens : autocritique du monde ou de l’histoire. Howard ne manque certes pas de faire remarquer comment Marx passe facilement de la réalité qui se meut elle-même à ceux qui ont le savoir de ce mouvement : le parti du prolétariat en lieu et place du prolétariat (et nous voici revenant à une idéologie ou à une philosophie totale ou totalitaire). Marx prend en fait, après 1848 et le Manifeste communiste, le chemin d’une « science » du mouvement de la réalité économique, à savoir le capitalisme. Il n’abandonne pas pour autant le projet critique : celui-ci demeure sous la forme de l’utopie philosophique, celle de la « société communiste ». Tout cela me paraît vraiment intéressant et fondé (ou bien, je sens qu’on observe là les contradictions de Marx). Je suis moins convaincu lorsque D. Howard se lance à généreusement proposer que c’est en définitive « la démocratie » (ouverte) qui répond vraiment à l’appel critique de Marx. Il ne manque pas de faire remarquer que la démocratie « n’intéresse (clairement) pas Marx, ni les marxistes », qui se prennent pour des gens trop sérieux pour cela. La philosophie, qui va de pair avec la démocratie, leur semble « détourner du réel ». C’est pourtant à quelque chose de ce genre que les « interrogations » – comme il y en a constamment chez Marx – renverraient, en définitive. Voilà une intéressante mise en valeur de la pensée « politique » de Marx, de ses « écrits politiques ». Il faut toutefois, pour aller jusque-là, avoir pardonné – ou bien oublié – les formidables raideurs de l’historisme, du « matérialisme historique », d’abord lucidement exposé!

Jean-Yves Calvez
4 juin 2012
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