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Le facteur 12. Pourquoi il faut plafonner les revenus

Gaël Giraud et Cécile Renouard Carnets nord/éditions Montparnasse, 2012, 246 p., 18 €

Le titre de l’ouvrage est à la fois accrocheur (avec la mention d’un mystérieux « facteur 12 ») et sans ambiguïté : le sous-titre annonce d’emblée la thèse défendue. Gaël Giraud et Cécile Renouard soutiennent l’idée que, en plus de répondre à un impératif d’équité sociale, l’instauration d’une norme quant à l’écart relatif entre les plus bas et les plus hauts revenus est une question d’efficacité économique. Ils proposent que cet écart relatif soit de 12 (celui qui existe de facto dans la fonction publique française), sans prétendre néanmoins qu’il s’agisse de l’écart optimal. Le propos vise surtout à engager un débat national sur la question du plafonnement, la fixation d’un facteur devant résulter d’une délibération démocratique.

Ce livre parle du monde qui nous entoure, dans un style accessible et sous une forme très pédagogique : de nombreux exemples concrets sont donnés pour expliquer des concepts présentés par ailleurs de façon rigoureuse. En ce sens, cet ouvrage s’adresse à un public non économiste. Pour autant, les auteurs ne se départissent à aucun moment de la démarche scientifique (au sens de la science économique, c’est-à-dire l’analyse logique dans un cadre hypothétique fixé) et leur ouvrage rejoint le très petit club des livres d’économie « grand public » qui peuvent être lus par des économistes sans leur faire grincer des dents face à un argumentaire simpliste.

La question du plafonnement des revenus, si elle ne fait encore pas l’objet d’un véritable débat public, est dans l’air du temps. Pour la plupart des économistes, les inégalités de revenu sont l’un des éléments de l’arbitrage classique entre équité et efficacité. La lutte contre les inégalités de revenu se ferait nécessairement au détriment de l’efficacité, c’est-à-dire de l’allocation optimale des ressources de l’économie. Pour d’autres, au contraire, les inégalités sont bien sources d’inefficacité. Les auteurs contribuent au débat en présentant des mécanismes théoriques selon lesquels cette mise en place du facteur 12 pourrait créer de la croissance, en contribuant, par exemple, à la réduction des dettes publiques. De manière plus originale, ils répondent aux arguments classiques selon lesquels les très hauts revenus seraient « justes », reflets de la valeur de marché des individus, selon la logique à la fois concurrentielle et contributive. Ce serait vrai si le marché du travail était parfait et si les motivations des individus étaient purement pécuniaires. Mais les marchés du travail sont généralement peu concurrentiels, en particulier celui des « grands patrons ». Ils sont aussi le lieu de nombreuses externalités : ainsi la contribution sociale des individus est tributaire de celle de beaucoup d’autres (typiquement, le travail des enseignants contribue à la qualité des patrons du Cac40) et par conséquent, la valeur de marché (le salaire) des uns et des autres ne reflète pas leur « vraie » contribution sociale. Enfin, les motivations des travailleurs sont évidemment plus complexes que la seule rémunération pécuniaire et relèvent également de sentiments de justice, de réciprocité, de leur goût pour l’action collective, etc.

Nos réserves portent sur la mise en œuvre à proprement parler du facteur 12, à propos de laquelle les auteurs ne sont pas très clairs dans le chapitre pourtant intitulé « Concrètement, on fait comment ? ». Le premier outil utilisable pour plafonner les revenus est la taxation. Les auteurs donnent d’ailleurs un exemple de barème d’imposition progressif qui respecte peu ou prou le facteur 12 et qui tient compte d’une possible évasion fiscale au-delà d’un taux marginal trop élevé. Pourquoi ne serait-ce pas suffisant ? Pourquoi ne pas réformer le mode de fixation des très hautes rémunérations, dans lequel n’interviennent pas les actionnaires ?

Mais si Gaël Giraud et Cécile Renouard restent un peu vagues sur l’application concrète du facteur 12, ils proposent une synthèse d’arguments, connus pour certains, originaux pour d’autres, en faveur d’un plafonnement des revenus. À d’autres de s’en inspirer pour développer un programme de réformes.

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Pour aller plus loin :

Retrouver les chroniques économiques de Gaël Giraud sur Revue-Projet.com

Lucie Ménager
21 février 2013
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