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Éloge de la dette

Nathalie Sarthou-Lajus Puf, 2012, 108 p., 9 €

Tenter une apologie de la dette, quand la ruine des acheteurs de subprimes et le démantèlement en cours des États-providence dits surendettés valent à l’emprunt une méfiance durable : le pari était audacieux. Alors que les appels à réhabiliter une économie du don se multiplient, la rédactrice en chef adjointe d’Études (grande cousine de la Revue Projet !) refuse d’y opposer l’économie de la dette. L’économie – pas plus que la dette écologique que collectivement nous contractons envers les générations à venir – ne constitue d’ailleurs pas le cœur de son propos. Celui-ci est plus interpersonnel. Dans un texte court et d’une rare densité, la philosophe souligne avant tout combien la dette est inhérente à la nature humaine. En écho à saint Augustin, « Qu’avons-nous que nous n’ayons point reçu ? », elle instruit dans un style simple et avec un vrai sens pédagogique, les interrogations sur la dette – son iniquité, son caractère aliénant… – que peuvent susciter les lectures de Nietzsche et de Freud, la lettre de Kafka à son père, la Parabole des talents, voire la découverte de l’inexistence du Père Noël ! Le chapitre final (« L’utopie d’une société sans dette ») recèle sans doute les pages les plus fortes du livre. L’homme en permanence « branché » est ainsi décrit comme tentant « vainement de fuir [sa solitude] parce qu’elle le confronte au vertige du vide intérieur » (p. 81). Plus largement, l’individualisme contemporain, sous la figure d’un Don Juan qui se repaît à la source de son propre désir, à travers les rôles et les masques pointés par Derrida, ceux du self-made man ou de son avatar à l’heure des réseaux, « l’opportuniste », apparaît habité « de l’orgueilleux désir d’être cause de soi et de ne rien devoir aux autres » (p. 90). Le procès de la suffisance est éloquent. Un ouvrage à méditer.

Jean Merckaert
20 mars 2013
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