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Aux origines du judaïsme

Jean Baumgarten et Julien Damon Les liens qui libèrent, 2012, 522 p., 38 €

Beaucoup la jugent à partir d’a priori ou de critères académiques. Ce remarquable ouvrage collectif nous révèle combien la religion juive, loin d’être homogène, est complexe, oscillant de tous temps entre temporel et spirituel, politique et religieux. On ne saurait dissocier la religion juive de l’histoire du peuple juif : elle est un état associant tradition et mode de vie. On naît juif et c’est là toute l’ambiguïté. Fondée sur deux principes : la tradition incarnée par la Torah que tout juif doit connaître, et la transmission assurée par l’étude du Talmud dans les yeshivot (centres d’étude) et donc en perpétuelle évolution. Un juif est sur terre pour prier et transmettre : c’est l’architecture du monde, le noyau de l’identité juive. Si la Torah est immuable, le Talmud en est la tradition orale, associé à la Mishna (code de la loi juive) en permanente évolution. Au fil des diasporas à partir de l’an 70 (la destruction du temple de Jérusalem par Titus), deux groupes se sont constitués : les Séfarades en Espagne et Afrique du Nord et les Ashkénazes en Europe de l’Est, en communautés petites ou grandes. Celles-ci ont noué des contacts entre elles, mais aussi avec les civilisations locales à travers des échanges économiques et intellectuels (par exemple l’influence musulmane chez les Séfarades). Ces communautés se sont regroupées dans des quartiers leur permettant de pratiquer leur religion et leur mode de vie mais aussi de se préserver des exactions. Les « juderia » (ancêtres des ghettos dont le premier fut celui de Venise) avaient leur justice, leur administration, leurs écoles, mais leur vie était contrôlée par l’État (interdiction de certaines professions, impossibilité de rentrer dans l’administration, impôts). Les États y ont vu un double avantage : contrôler ces populations et prélever des taxes. Le peuple juif est ainsi devenu à la fois une nation et une religion. D’où les relations difficiles avec les États, oscillant entre la volonté de préserver le « peuple-témoin » et une volonté d’assimilation (avec des conversions forcées jusqu’au XVIe siècle) afin de le faire rentrer dans l’espace public ou de l’éliminer purement et simplement par les pogroms. Depuis le siècle des Lumières, l’idée d’intégration a remplacé celle d’assimilation. La création de l’État d’Israël change la donne. Le sionisme fait passer le peuple juif de l’objet d’une histoire sainte à celui d’un État profane : la terre d’Israël devient l’État d’Israël, malgré une levée de boucliers chez les juifs orthodoxes, qui considèrent que l’identité juive est absolue. L’État d’Israël a fait plusieurs concessions (repos du shabbat, nourriture casher, inexistence du mariage civil), mais l’État reste délibérément laïc. Comment concilier tradition et modernisme, tel est le dilemme de la religion juive.

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Annie da Lage
6 décembre 2012
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