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Asylum-Seeking, Migration and Church

Susanna Snyder Ashgate, 2012, 310 p., 24 € (prix indicatif, livre en anglais)

Les Églises et les organisations de croyants jouent un rôle non négligeable pour l’accueil des migrants. Dans un climat peu favorable aux migrants, leurs initiatives déploient un temps et une énergie considérables, engageant des rencontres de formes multiples. Au mieux considérées comme des trouble-fête admirables, ces organisations doivent faire face à des critiques, à tout le moins à des interrogations sur leur rôle, sur leurs motivations et leurs pratiques. L’ouvrage de Susanna Snyder cherche à rendre compte de ce paradoxe, en interrogeant les manières de faire des Églises, en tentant d’en affermir les fondements, et en suggérant, à partir de là, des conversions. Le cadre est donc celui d’une théologie pratique de la libération. Après un descriptif soigné des activités et des projets au service des demandeurs d’asile, la seconde partie, « Flight and Fright » (la fuite et la peur) examine les dynamiques des migrations, en précise les termes et évaluer les modèles d’adaptation des migrants dans le pays d’accueil, pour situer le rôle et l’impact des communautés croyantes.

Mais « la peur est à la racine des enjeux majeurs de ces engagements » – entendons la peur des populations « établies » au milieu desquelles cherchent à s’installer les migrants. Cette peur a une dimension politique et culturelle (l’identité nationale), une dimension économique (le migrant comme concurrent), un niveau existentiel (le migrant transporte la mort). Avec cette analyse de la peur, Snyder invite à une prise en compte exigeante de ses corollaires, de violences et d’anxiétés. La partie théologique s’appuie sur les rencontres de l’étranger dans la tradition biblique. Deux « lieux » bibliques sont particulièrement choisis : le retour d’exil (Esdras et Néhémie) et deux femmes (Ruth dans l’Ancien Testament, la Syro-phénicienne dans le Nouveau). La lecture des textes est menée de manière rigoureuse. Elle ne manque pas d’examiner les dimensions « négatives » des situations : l’intention identitaire des mesures au retour d’exil (notamment au sujet des femmes étrangères), le possible désir d’assimiler Ruth au village de Bethléem. Ce faisant, ces deux « lieux » bibliques permettent de construire l’intelligence d’une « écologie de la peur » (à propos d’Esdras-Néhémie) et d’une « écologie de la foi » (avec Ruth et la Syro-phénicienne). Par « écologie », il faut entendre l’ensemble des facteurs, des attitudes et actions qui caractérisent de manière complexe les deux dynamiques opposées. Le dernier chapitre peut alors réévaluer l’action des organisations d’Église en se focalisant sur les rencontres qui tissent quotidiennement leurs engagements. Rencontres au niveau des services rendus, mais aussi rencontres avec les pouvoirs publics, et dans les lieux proprement dédiés à la célébration croyante. Un grand réalisme et une grande exigence intellectuelle habitent le parcours de ce livre. Loin d’un plaidoyer pro domo quelque peu naïf, le travail de Snyder affronte tout ce qu’il y a de complexe et d’ambigu dans la relation à l’étranger. Et c’est peut-être là la consigne la plus pertinente : « Laisser l’étranger rester étrange, complexe, ambigu. »

Jean-Marie Carrière
2 mai 2013
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