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Du chaos à l’unité Et si notre inconscient collectif façonnait l’état du monde ?

Astrid du Lau d’Allemans Edisens, 2025, 208 p., 19,90 €

Astrid du Lau d’Allemans analyse le contexte géopolitique actuel sous l’angle de la psychanalyse. À travers une approche optimiste, elle propose des pistes de réflexion et plaide pour l’unité mondiale.

Après Quand l’irrationnel souffle sur le monde, Astrid du Lau d’Allemans propose « une approche transversale pour comprendre, sous l’angle de la psychanalyse, la situation mondiale actuelle et comment nous pouvons envisager de la faire évoluer ». L’approche est, de fait, résolument optimiste. Et le mobile explicité dès la première phrase : « je ne supporte pas de voir le pessimisme et l’impuissance l’emporter face à la situation chaotique que nous connaissons sur le plan international ».

Cet essai, très accessible, se structure en six parties. Le propos de l’autrice est progressif : après avoir défini l’inconscient collectif – en s’appuyant sur Carl Jung – et « l’unité intérieure », elle expose les huit « fausses croyances qui voilent notre unité intérieure ». Parmi celles-ci : les multiples peurs, une vision de la vie comme une lutte et une compétition sans merci, l’obsession sécuritaire ou encore le triangle Stephen Karpman, médecin et psychiatre californien, « Sauveur-Victime-Persécuteur ».

Astrid du Lau d’Allemans s’attache ensuite aux conséquences de ces fausses croyances sur le plan collectif, un « collectif » un peu flottant, à géométrie variable. Son propos est illustré à partir de cinq cas d’école : la Russie de Poutine ; la Chine de Xi Jinping ; la Turquie d’Erdogan ; les États-Unis de Trump ; Israël et Palestine enfin.

Chacun de ces États semble enfermé dans des schémas basés sur une fausse croyance principielle menant à une volonté de domination. D’où une répétition de scénarios destructeurs, au détriment des autres comme d’eux-mêmes. On peut regretter le caractère rapide et essentiellement illustratif de l’analyse de ces cinq cas.

La cinquième partie envisage deux grandes pistes pour éviter ou sortir de ces « retours de scénarios » : le travail à faire sur les mémoires nationales d’une part ; la promotion de la coopération de l’autre. On ne peut qu’être frappé par la justesse de ces pistes… en même temps que par leur innocuité. En Russie, par exemple, la dissolution de l’ONG Memorial a marqué une étape décisive dans l’emprise du pouvoir russe et précédé de deux mois à peine l’invasion de l’Ukraine.

La coopération internationale est confrontée à l’effondrement du multilatéralisme.

Quant à la coopération internationale… Elle est confrontée à l’effondrement du multilatéralisme, de l’Organisation mondiale de la santé à l’Organisation mondiale du commerce, et à la compétition féroce dans tous les champs de l’activité humaine.

La sixième et dernière partie, prolongée par la conclusion, tente de concevoir les relations internationales comme un tout. L’idée-force du livre, présente dès son incipit, est en effet l’unité, non seulement de l’humanité, mais du monde dans son ensemble. L’autrice cherche un chemin où chacun pourrait « toucher l’essence de [son] être et la magie de l’Univers et de la vie ».

Là encore, on peut être frappé par le gouffre entre une appréhension littéralement cosmique du sujet ainsi que la recherche de « lois universelles » d’une part, et l’absence de mention de l’état concret du droit international ou des institutions scientifiques d’autre part. Peut-être parce qu’il s’agit davantage dans ce livre d’une métaphysique, où « l’âme des peuples » aurait sa part dans « l’âme du monde ».

Pour paraphraser Maurice Bloch lors de sa conférence inaugurale au Collège de France en 2006 : la métaphysique proposée ici « nous tire en avant, mais parfois si vite et si loin qu’elle nous mène vers un univers où les membres de notre espèce et le monde social qui nous caractérise sont comme absents ».

Jean Vettraino
20 juillet 2026
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