Howard Zinn : une histoire populaire américaine 2
Olivier Azan et Daniel Mermet 2026, 1h53À partir de l’œuvre de l’historien Howard Zinn, ce documentaire met en lumière luttes sociales, résistances et oubliés du récit national. Il propose une relecture de l’histoire états-unienne, attentive aux marges et aux trajectoires parfois laissées de côté.
Ce second volet couvre la période des années 1920 jusqu’à l’entrée des États-Unis dans la Seconde Guerre mondiale, se basant sur l’ouvrage best-seller de Howard Zinn A People’s History of the United States (« Une histoire populaire des États-Unis »), paru en 1980.
Deuxième opus après celui sorti en salle en 2015, le film permet de retrouver la voix de Daniel Mermet, ses qualités de narrateur et son humour aussi caustique que chaleureux. Comme dans le premier opus, le film est basé sur un long entretien filmé avec Howard Zinn et réalisé en 2007. Le film permet d’explorer des lieux historiques souvent mal connus.
La recherche d’archives est considérable et fait œuvre d’utilité publique dans un contexte où le président des États-Unis, Donald Trump, supprime tout ce qui peut paraître « woke1 ». Ce dernier en a, par ailleurs, fait une belle publicité à l’occasion de la célébration des 250 ans du pays : « nos enfants sont instruits à partir de tracts de propagande comme ceux de Howard Zinn, qui tentent de faire honte aux étudiants de leur propre histoire. La gauche a dénaturé et souillé l’histoire américaine ».
Nous découvrons ainsi une histoire parallèle, loin du mythe des États-Unis, mettant en lumière ceux restés dans l’ombre, « les oubliés de l’histoire » : les luttes et la résistance des Amérindiens, des esclaves qui se sont évadés, des noirs, des femmes, les enfants (la « grève des enfants » évoquée dans le premier épisode), des « petits blancs », des « hoboz » qui voyagent dans les trains de marchandises à la recherche d’un avenir meilleur, des syndicalistes et des innombrables grèves souvent réprimées dans le sang tant par les forces de l’ordre que par des milices sans scrupule.
Le film fait quelques allers-retours avec, entre autres : les mythes fondateurs et leur mise en scène, le Thanks giving day, le massacre des peuples autochtones, la crise de 1929, la Grande Dépression2 et les migrations qui la suivent, les neuf « Scottsboro boys », hosboz noirs, accusés injustement de viols de deux jeunes femmes blanches et qui fit grand bruit internationalement, les petits blancs et la question sociale et raciale, les New Deals, le nazisme très présent aux États-Unis avant-guerre, Ford auteur du livre « le juif international » et Lindberg, tous deux médaillés par Hitler, la ségrégation systématique qui régnait dans l’armée états-unienne dont Howard Zinn est témoin et une surprise pour la fin en la belle personne de Chenea Bullok…
Howard Zinn, né en 1922, est un personnage attachant, simple, radieux, ne manquant pas d’humour. On suit son parcours d’enfant juif de Brooklyn, vivant dans une famille traversant la misère et la Grande Dépression. À 18 ans, il travaille dans un chantier naval à New York et pratique le syndicalisme, et s’engage dans l’aviation pour combattre le fascisme. Le jeune homme s’interroge sur les contradictions de la « good war » (« guerre juste ») après les bombardements d’Hiroshima et Nagasaki et celui de Royan par sa propre escadrille avec les premières bombes au napalm.
Après-guerre, il commence à étudier grâce à la Gl’s Bill qui permet à des vétérans de mener des études supérieures qui le conduiront à être professeur d’histoire au Spelman college en Géorgie, première université pour les femmes noires. C’est de là qu’il poursuit une carrière de chercheur, d’écrivain, de lanceur d’alertes et d’activiste… Il décède en 2010.
1 Terme anglo-américain désignant, à l'origine, le fait d'être conscient des problèmes liés à la justice sociale et à l'égalité raciale.
2 Longue phase de crise économique et de récession qui frappe l'économie mondiale à partir du krach états-unien de 1929 jusqu'à la Seconde Guerre mondiale.
23 juillet 2026