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Société civile Faire vivre la démocratie

Thomas-Louis Novillo Éditions de l'Atelier, 2025, 139 p., 16 €

Ce livre alimente la réflexion sur la démocratie sociale comme complément de la démocratie représentative qui relègue les citoyens au simple rang d’électeurs. Il milite pour un rôle accru du Conseil économique, social et environnemental.

La perspective de cet ouvrage est de « réinventer complètement notre démocratie ». Son grand mérite est de montrer que, pour la faire vivre, il faut qu’une démocratie sociale complète la démocratie représentative. Le rappel est stimulant, la démonstration claire et l’étayage solide. Des références philosophiques croisent les représentations juridiques, sociologiques. Quelques éléments historiques du XXe siècle et exemples étrangers, notamment les conventions citoyennes irlandaises et le référendum d’initiative citoyenne suisse, agrémentent la lecture.

L’auteur prend principalement l’exemple du Conseil économique, social et environnemental (CESE) qui a pour vocation de représenter la société civile via les corps intermédiaires et qui se présente comme « une institution hybride pour une démocratie élargie ». Le CESE est composé de représentants des organisations du champ social (syndicats, patronat, associations, etc.) désignés par elles-mêmes. Il vote des avis consultatifs remis au gouvernement et au parlement.

Depuis 2021 le Conseil économique, social et environnemental (CESE) voit ses compétences élargies en matière d’organisation de la participation citoyenne.

Depuis 2021 le CESE voit ses compétences élargies en matière d’organisation de la participation citoyenne, il peut organiser des conventions – comme ce fut le cas pour la fin de vie ou le changement climatique – et traiter les pétitions populaires au-dessus d’un certain seuil.

Il s’agit donc d’un plaidoyer pour la « démocratie continue1 » en général, pour le renforcement des corps intermédiaires en particulier, non pas leur marginalisation comme l’État semble s’y résoudre depuis des années.

Pourtant leur affaiblissement n’est pas seulement dû aux dysfonctionnements de la démocratie élective. L’analyse reste succincte sur ce point. On assiste bien à un certain rétrécissement de l’espace civique et à une défiance institutionnelle qui ne sont pas exclusivement liés à la fragmentation partisane, à la guerre des egos ou au dévoiement de la communication publique par la culture du clash.

L’auteur insiste peu sur l’articulation indispensable du local avec le national.

Nous avons certes besoin d’un nouvel espace démocratique entre l’État et les citoyens atomisés, de lieux innovants de contre-pouvoir pour l’interpellation des élus et le contrôle des institutions en matière d’éthique politique (ou de « légitimité procédurale » comme dit le philosophe et sociologue allemand Jürgen Habermas), pour répondre aux peurs et contrer les discours démagogiques qui les nourrissent. Mais le retissage du lien social et l’expression sereine de la pluralité des convictions passeront sans doute difficilement par les seuls corps intermédiaires dans leur configuration actuelle2.

L’auteur soutient le renforcement du CESE, à l’heure où des cabales militent pour sa suppression pure et simple, comme celle des CESE régionaux3. Le livre mentionne à peine ces derniers et ne les défend pas spécialement. D’une manière générale, il insiste peu sur la nécessaire dimension locale de la démocratie participative, sur l’articulation indispensable du local avec le national, alors que la culture du compromis prévaut d’évidence bien plus aisément dans les territoires de proximité qu’au niveau de l’État.

Le CESE présente l’intérêt d’une expertise certaine, d’un potentiel réel d’innovation démocratique (notamment grâce au numérique) et le grand avantage d’une représentativité différente de celles de l’Assemblée nationale ou du Sénat. Ses avis devraient être davantage institutionnalisés et faire l’objet de débats obligatoires au Parlement. Peut-il devenir, pour autant, « le garant du débat citoyen » ou « le cœur battant de la démocratie à venir » ?

1 Concept de Dominique Rousseau.

2 Voir Revue Projet n° 408, octobre-novembre 2025, en partenariat avec le Pacte du pouvoir de vivre.

3 Proposition de loi constitutionnelle des Républicains (LR) du 19 novembre 2024. Un rapport d'information de l'Assemblée nationale du 2 juillet 2025 et un rapport de la Cour des comptes du 11 juillet 2025 critiquent le fonctionnement et la gestion du CESE et des CESE régionaux.

Jacques Debouverie
18 mai 2026
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