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La France sous nos yeux La France sous nos yeux. Économie, paysages, nouveaux modes de vie

Jean-Laurent Cassely et Jérôme Fourquet Seuil, 2021, 496 p., 23€

Deux ans après la publication remarquée de L’archipel français, qui décrivait minutieusement la « naissance d’une nation [française] multiple et divisée », Jérôme Fourquet récidive avec La France sous nos yeux. Publié en tandem avec le journaliste et essayiste Jean-Laurent Cassely, le directeur du département « opinion » à l’ Institut français d'opinion publique (Ifop) complète son regard porté sur l’évolution de la société française de données économiques, sociales, culturelles et esthétiques.

Les auteurs y accréditent précisément la thèse d’une « grande métamorphose » de la France depuis la fin des Trente Glorieuses jusqu’à la fin des années 2010. Au renfort d’une méthodologie originale qui mêle l’usage de sources classiques à l’observation de terrain et le recours ponctuel à des romans contemporains, Jérôme Fourquet et Jean-Laurent Cassely décrivent une « France d’après ».

Révélée par la crise sanitaire, c’est une France désindustrialisée (économie), déménagée (paysage), démoyennisée (social) et déchristianisée (culturel). C’est à la fois une « France Amazon » dont les paysages sont empreints de plateformes logistiques et une France « [Stéphane] Plaza majoritaire » (du nom de l’agence immobilière) structurée de maisons individuelles avec jardin. Le triptyque « maison-voiture-supermarché » y succède à celui jadis décrit par le géographe Arnaud Frémont : « usine-cité-maison ».

Le triptyque « maison-voiture-supermarché » succède à « usine-cité-maison ».

Quoique précieux, ce tableau impressionniste de la France contemporaine mérite quelques nuances. Certaines touches auraient pu être précisées. La désindustrialisation de l’économie française est-elle définitive ? Le mouvement de relocalisation industrielle, soutenu par une politique keynésienne, n’a-t-il pas vocation à renverser cette tendance ?

La transition écologique apparaît, elle, en filigrane. Ses signaux, parmi les multiples évolutions de l’économie, des paysages et des nouveaux modes de vie des Français, apparaissent marginaux. Certes, les Français fuient les métropoles pour gagner des campagnes « lubéronisées ». La consommation de produits biologiques décolle et l’usage de la voiture recule.

Des évolutions, comme la mobilisation croissante de la jeunesse en faveur du climat ou le développement du minimalisme à rebours du consumérisme de la « France Amazon », auraient pu être développées. Du reste, gageons qu’à l’approche des élections nationales, cette étude fouillée, mais incomplète, risque de nourrir le débat d’idées. 

Romain Gerardi
31 mars 2022
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