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L’homme, cet animal rationnel dépendant Les vertus de la vulnérabilité

Alasdair Macintyre Tallandier, 2020, 256 p., 19,90 €

Depuis Après la vertu. Étude de théorie morale (1981), Alasdair Macintyre s’est imposé comme un spécialiste de la philosophie morale de la modernité. Il peut se rapprocher des penseurs « communautariens » qui ont vu dans la Théorie de la justice de Rawls l’expression d’un individualisme par trop abstrait. Vingt et un ans après sa parution, la traduction soignée de Gabriel Raphaël Veyret met aujourd’hui à disposition du public français un ouvrage important, qui s’inscrit dans la continuité de ses travaux antérieurs. Alasdair Macintyre y croise deux questions fondamentales, énoncées en avant-propos : « Pourquoi est-il important de nous prendre en considération et de comprendre ce que les êtres humains ont en commun avec les autres espèces animales intelligentes ? » Et « Qu’est-ce qui rend importante l’attention à la vulnérabilité et à l’infirmité humaines pour les philosophes moralistes ? » Il s’appuie en particulier sur Aristote et Thomas d’Aquin… mais aussi sur l’étude des dauphins (on croise épisodiquement chats, chiens ou primates). On est frappé par la prose sans fioriture, mesurée, au service d’une argumentation claire et précise.

Le premier chapitre « Vulnérabilité, dépendance, animalité » expose la thèse centrale : « Les vertus dont nous avons besoin dans l’évolution qui nous fait passer de notre condition initiale d’animaux à celle d’agents rationnels indépendants, et les vertus dont nous avons besoin pour faire face et réagir à la vulnérabilité et à l’infirmité, chez nous-mêmes comme chez les autres, appartiennent à une seule et même série de vertus, les vertus caractéristiques des animaux rationnels dépendants, dont la dépendance, la rationalité et l’animalité doivent être comprises chacune en relation avec les deux autres. » La notion d’épanouissement traverse tout l’ouvrage. Ceci sans angélisme aucun : l’auteur rappelle les réalités du pouvoir et de ses asymétries, qui mènent à diverses formes d’exploitation, de victimisation et d’inégalités (cf. notamment le chapitre « Relations sociales, raisonnement pratique, biens communs et biens particuliers »). Le dernier chapitre, « Engagement moral et enquête rationnelle » résume le parcours. Réfutant l’approche nietzschéenne de la question, il insiste sur une dimension clé de son enquête : « L’allégeance à la conception du bien commun, laquelle exige à la fois les vertus du raisonneur pratique indépendant et celles de la dépendance reconnue. »

Émilie Reclus
19 février 2021
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