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Raviver les braises du vivant Un front commun

Baptiste Morizot Actes Sud, 2020, 208 p., 20 €

Avec le talent qui le caractérise, Baptiste Morizot approfondit sa réflexion sur l’importance et la nature du vivant – défini comme « l’ensemble des dynamiques et des processus de l’éco-évolution ». Il file dans cet essai une vive métaphore, celle du vivant comme un « feu germinatif », « créateur » : « J’entends ici que la biosphère peut être réduite, appauvrie, affaiblie, il suffira de quelques braises et d’une levée de contraintes (des niches écologiques qui se libèrent, des conditions plus clémentes) pour que le vivant foisonne, se répande, se multiplie dans toutes les directions. » Le philosophe conserve une attention particulière au politique – manifeste dès son premier livre (Les Diplomates. Cohabiter avec les loups sur une autre carte du vivant, Wildproject, 2016) –, notamment quant aux possibilités pour chacun de contribuer à l’immense aventure du vivant. Il appelle « levier d’action écologique » tout dispositif permettant de s’y engager. L’initiative Vercors Vie Sauvage, 500 ha de forêt acquis par une association pour être rendus à eux-mêmes et constituer un « foyer de libre évolution », sert d’exemple et de point de départ. Dans cette tentative de stopper la destruction en cours des écosystèmes, tous les acteurs ont un rôle à jouer (État, société civile, particuliers, etc.) : « C’est une lutte multifronts. » Mais celle-ci sera de peu de portée, à ses yeux, si elle reconduit la césure actuelle homme/nature. Les humains proviennent, sont et vivent du vivant. Vivant qui assure, sans même qu’ils en aient conscience (en particulier lorsqu’ils vivent en milieu urbain), l’habitabilité du monde. Dès lors, « ce n’est pas en tant qu’humains qu’on protège une altérité qui serait la nature, c’est en tant que vivants qu’on défend le vivant, c’est-à-dire nos milieux de vie multi-espèces. » Il faut donc reconsidérer le problème avec bien plus d’attention, de manière plus territorialisée. Ce n’est pas l’humanité en général qui détruit la planète, mais des formes d’exploitations contraires aux dynamiques du vivant. Ainsi l’agriculture ou l’exploitation forestière « extractivistes », soutenues par les États et par la PAC au niveau européen, se distinguent des agroécologies paysannes et de l’agroforesterie. Aussi bien, la question du changement d’échelle et de l’articulation des initiatives, ainsi que celle d’une « bataille culturelle » pour sortir le vivant cantonné aujourd’hui à la « biodiversité » d’une question secondaire, restent posées. Il y a de nombreuses lueurs d’espoir : « Raviver les braises du vivant est simplement une redescription de ce qu’on appelait "protéger la nature", quand on est par-delà la croyance dans la nature, la protection et le dualisme. »

Jean Vettraino
26 janvier 2021
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