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Atlas des mondes urbains

Atelier de cartographie de Sciences Po et Éric Verdeil Presses de SciencesPo, 2020, 148 p., 25 €

Près de sept humains sur dix vivent dans des villes aujourd’hui. Partout, les modes de vie s’urbanisent : le monde semble être devenu ville. Cet atlas permet d’appréhender ce basculement dans toute sa variété, sans jamais perdre de vue ce que les villes ont en commun. L’un de ses grands mérites est de ne pas s’en tenir au seul fait métropolitain – tout en le traitant parfaitement, jusqu’à aborder les « colères anti-métropoles ». Car ce dernier fait très souvent écran à une réalité bien plus vaste. « L’absence encore trop fréquente de données accessibles fait des villes des pays économiquement moins avancés une terra incognita. Si l’on veut rétablir une vision équilibrée des mondes urbains, il est temps de décentrer le regard vers elles, de donner à voir leur diversité de tailles, de facettes et de situations. »

Et, de fait, sans doute parce qu’Éric Verdeil, spécialiste de géographie urbaine, a fait sa thèse à Beyrouth, les villes de pays du Sud sont ici remarquablement appréhendées. Plusieurs des planches coordonnées par l'Atelier cartographique de Sciences po reprennent des cartes contributives alimentant OpenStreetMap, telle celle de l'association CartONG (qui appuie le propos méthodologique introductif) sur Goma (République démocratique du Congo),  jusqu’à la dernière double-page représentant le réseau de transport informel à Accra (Ghana). L’auteur insiste par ailleurs sur la gravité de la situation environnementale et sur « la grande vulnérabilité du monde-ville qui est le nôtre ». Il demande ainsi à ce qu’une attention plus grande soit portée à « l’écrin non humain de l’urbain », tant « les rapports des mondes urbains avec la nature constituent un enjeu majeur pour leur futur ».

Cet ouvrage se recommande par son excellente facture : cartographies, infographies, iconographies sont très soignées. Muni d’un index, on circule avec plaisir entre les doubles pages problématisées, réparties en sept ensembles cohérents. Chacune d’entre elles est assortie d’une vignette « ce qu’on ne sait pas encore » qui ouvre le questionnement tout en montrant les limites de la science. Ainsi, celle consacrée à « La faim des villes » : « Certaines connaissances font défaut pour pouvoir limiter la dette écologique des villes à l’égard des territoires producteurs. » Gageons que cet atlas, le deuxième d’une nouvelle collection portée par l’Atelier de cartographie de Sciences Po, fera date.

Jean Vettraino
8 janvier 2021
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