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Quand l'avenir nous échappe

Bernard Perret Desclée de Brouwer, 2020, 238 p., 18,90 €

Le dernier ouvrage de Bernard Perret nous invite à réfléchir au sens des événements que nous vivons et à adopter une vision raisonnable du futur. Aujourd’hui, le virus restreint nos libertés individuelles et collectives, sans que nous en voyions l’issue ; une crise sociale s’ajoute, l’accroissement de la précarité paraît inéluctable. Et la menace écologique est toujours présente, dont les symptômes (inondations, sécheresse, famines…) sont de plus en plus fréquents et importants. Aussi, nous apparaissons démunis, L’avenir nous échappe. Les mesures annoncées dans les programmes de transition écologique sont insuffisantes, poursuit Bernard Perret : « Je ne vois pas ce qui pourrait nous réveiller hormis une dégradation brutale et massive de nos conditions d’existence. »

Pour autant, malgré ce tableau dressé au début, l’ouvrage n’est pas pessimiste et s’avère stimulant. L’auteur va puiser à diverses ressources philosophiques et spirituelles, susceptibles d’aider à donner du sens à une vision catastrophique de l’histoire humaine. Il fait ainsi référence aux travaux de Norbert Elias, pour qui la civilisation occidentale est le produit d’un processus de « maîtrise des instincts, d’apprivoisement des désirs et de domestication des pulsions humaines ». La pensée apocalyptique de René Girard est aussi utilisée, l’apocalypse se comprenant à la fois comme catastrophe (celles actuelles ou annoncées) et révélation que nous sommes capables d’actes de partage et d’inventivité sociale. Bernard Perret nous parle d’aventure spirituelle – un changement des esprits et des cœurs pour un futur durable – et de projet politique, de la démocratie des communs qui suppose le renforcement des institutions existantes, de la transformation de l’État… Avant tout, le discours politique doit poser un « diagnostic lucide de sa propre impuissance » pour se régénérer. L’auteur souligne ensuite « ce qui pourrait changer la donne » : la gratuité, l’esprit collaboratif, comme la contribution ponctuelle de personnes bénévoles à des services socialement utiles.

Ainsi se précise la conviction de Bernard Perret que « nous ne cessons jamais de nous réinventer, individuellement et collectivement, sous la pression des événements ». Une réflexion sur le présent et notre futur à découvrir.

Pierre Duclos
13 novembre 2020
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