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Pandémies, une production industrielle

Lucile Leclair Seuil (collection Reporterre), 2020, 129 p., 12€

Nos animaux d’élevage subissent-ils eux aussi des épidémies ? Au moment même où l’humanité traverse une pandémie sans précédent, cette question anodine projette la journaliste Lucile Leclair (qui a travaillé pour la Revue Projet) dans une enquête stupéfiante sur la biosécurité. Le concept, défini par la FAO (Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture) comme « la situation dans laquelle des mesures efficaces sont mises en œuvre pour prévenir et contrôler la propagation de virus », peut paraître tout à fait louable. Mais, grâce à cette enquête riche en informations, nous découvrons comment le modèle idéal destiné à répondre par des normes au défi se traduit par une industrialisation à outrance de l’élevage. Il faut lire la description de la Guifei Mountain Sow Farm, une exploitation chinoise qui élève 28 000 truies réparties dans huit bâtiments de neuf étages chacun, toute automatisée, et érigée en modèle par les instances mondiales ! En France, chaque exploitation porcine ou avicole est appelée à en finir avec l’élevage en plein air. Des aberrations qui sauteront aux yeux du lecteur, tant la démonstration est limpide de la responsabilité de l’agriculture industrialisée dans le développement des épidémies. Face à ce « monopole idéologique », des paysans résistent, parfois même dans la clandestinité. « Tant que l’on ne revendiquera pas nos infractions, notre petite poche de résistance ne durera pas longtemps » témoigne l’un d’eux. Alors, avant que celles et ceux qui aspirent à une autre manière de nourrir l’humanité ne soient étouffés par ces normes, il est temps d’ouvrir le débat : de quoi la biosécurité doit-elle être le nom ? Autrement dit, quelle protection du vivant souhaitons-nous ? Ce livre ouvre une brèche. À la société de s’en saisir.

Martin Monti-Lalaubie
30 octobre 2020
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