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La sauvegarde du peuple Presse, liberté et démocratie

Edwy Plenel La Découverte, 2020, 206 p., 14 €

Edwy Plenel a le goût de l’histoire. Ici, celle d’une période de la « grande » histoire, quand la Révolution française fut aussi une révolution journalistique. Il a aussi le goût de l’enquête, menée avec l’appui d’historiennes qu’il n’oublie pas de remercier. Le fil rouge de ce livre est une phrase, énoncée par le maire de la Commune de Paris, Jean-Sylvain Bailly, en août 1789 : « La publicité est la sauvegarde du peuple. » L’auteur et journaliste narre avec un art consommé son enquête sur cette sentence oubliée, en en soulignant dédoublements, fausses pistes, intuitions, indices trompeurs, « hasards objectifs »….

Cette sentence rappelle comme la publicité relevait alors de tout ce qui était public. L’intérêt général parlait haut. Les journalistes étaient des publicistes ; le journal de Marat, avant de devenir L’Ami du peuple, s’appelait le Publiciste parisien. « La formule de Bailly a bien couru tel un furet révolutionnaire » : Edwy Plenel la traque sur une médaille parisienne des « colporteurs de papiers publics », c’est-à-dire de journaux, comme au fronton d’une mairie belge, Verviers.

Et cette phrase porta à conséquence dès son énonciation, par le Comité provisoire chargé des subsistances de Paris, à propos de la transparence due sur les transactions des grains et des farines, mais aussi dans l’article 84 de la Constitution de l’An I stipulant que « les séances des municipalités et administrations sont publiques ».

Cette investigation est l’occasion pour Edwy Plenel de réaffirmer sa vision du journalisme : émancipateur, combatif, sommé de choisir son camp.

Cette investigation est ainsi l’occasion pour Edwy Plenel de réaffirmer sa vision du journalisme, au-delà du contre-pouvoir qu’il constitue (parfois) : un journalisme émancipateur, combatif, sommé de choisir son camp. Il adopte une lecture sociétale binaire, permettant une tension et une scansion du récit : le peuple d’un côté, « ceux qui détiennent le pouvoir ou qui en profitent » de l’autre. C’est une vision radicale et exigeante de la démocratie qui se déploie – évoquant notamment Babeuf – où processus politiques et sociaux ont partie liée. Liberté de la presse et droit de savoir y sont indissociables de trois autres droits fondamentaux : le droit de pétition, de s’assembler et de manifester. Le livre peut ainsi ouvrir sur une banderole déployée à Bordeaux lors d’une manifestation de novembre 2019 : « Ceux qui ont crevé les yeux du peuple lui reprochent d’être aveugle », comme sur la révolution numérique en cours, forte des potentialités et de répressions inouïes. Lanceurs d’alerte et activistes, journalistes assassinés nous rappellent que liberté et démocratie sont des révolutions à jamais inachevées.

Émilie Reclus
17 juillet 2020
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