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Bâillonner les quartiers Comment le pouvoir réprime les mobilisations populaires

Julien Talpin Les Étaques, 2020, 176 p., 9€

« Les quartiers populaires ne sont pas des déserts politiques » ! De nombreuses luttes locales émergent depuis des décennies face à la rénovation urbaine, à la crise du logement, au chômage de masse, à l’exclusion scolaire ou encore aux violences policières. Mais pourquoi ces combats réels ne débouchent-ils pas sur une révolte plus globale, pour un changement de politique dans ces quartiers ?
Julien Talpin analyse les freins qu’actionne le pouvoir – répression judiciaire, policière, comportement des élus des municipalités en place –  qui impactent la plupart des mobilisations naissantes conduisant à l’essoufflement des militant∙es, à la dissolution d’associations, à la multiplication de procès qui se traduisent par des peines de sursis ou de prison ferme.
L’auteur s’appuie sur des expériences vécues par les habitant∙es de quartiers populaires aux quatre coins de la France (Roubaix, Amiens, Grenoble, Montpellier…) pour démonter les mécanismes d’un système verrouillé qui laisse peu de place aux contre-pouvoirs et au véritable débat démocratique. Parmi ces mécanismes, il en relève trois principaux. Le clientélisme, d’abord. Par le jeu des subventions et la mise à disposition de locaux, il trie délibérément les associations et ses alliés politiques, censurant ceux aux positions trop critiques à l’égard de la municipalité. La disqualification islamophobe, ensuite. Celle-ci aboutit à dénigrer certain·es militant∙es trop vindicatifs,  sous couvert d’une cette sacro-sainte « laïcité ». Une forme de développement de la démocratie participative, enfin. Depuis les années 1970, celle-ci permet souvent de mettre fin aux mobilisations populaires en contrôlant les modes d’expression et d’organisation des habitant·es.
Pourtant, le rapport de force et le conflit sont indispensables pour voir émerger la parole des plus isolés, précaires et marginaux. Ainsi, à l’image du Collectif Justice et Vérité pour Adama, qui a contribué à mettre la lutte contre les violences policières à l’agenda médiatique et politique, le sociologue invite les habitant∙es des quartiers à davantage d’autonomie vis-à-vis des pouvoirs en place. Seules les victoires peuvent redonner espoir de briser les appréhensions désabusées du politique et d’engager une réelle transformation de notre société : il semble urgent de s’organiser autrement.

Camille Monti-Lalaubie
16 juillet 2020
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