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Second Manifeste convivialiste Pour un monde post-néolibéral

Internationale Convivialiste Actes Sud, 2020, 144 p., 9,80 €

Pour faire face aux multiples crises contemporaines, c’est une nouvelle philosophie politique qu’il faut penser et mettre en œuvre. Les grandes idéologies se sont révélées, ou bien impuissantes à apporter des solutions d’ampleur suffisante, ou bien complices des systèmes conduisant aux dévastations sociales et écologiques actuelles. Puisque ni le communisme, ni le néolibéralisme, ni le socialisme (même tel qu’on l’entend au XXe siècle) ne correspondent aux attentes du XXIe, les soixante signataires du premier manifeste convivialiste en 2013 plaidaient pour un universalisme alternatif qui rassemble les valeurs partagées par toutes celles et ceux qui luttent, dans le monde, contre le néolibéralisme capitaliste. Mais la portée de ce premier texte n’était pas assez internationale et manquait d’ancrage concret.

L’objectif de ce second manifeste est ainsi d’élargir le périmètre des acteurs et militants engagés dans la pensée d’un type de société désirable pour demain. Le convivialisme puise à des sources théoriques multiples, qui vont des spiritualités traditionnelles aux grands monothéismes, en passant par les philosophies morales et humanistes. Son esprit, qui est de définir « l’art de vivre ensemble », peut être résumé en cinq grands principes, légèrement modifiés depuis le premier manifeste.

Cinq principes

La commune naturalité implique que les hommes font partie intégrante de la Nature, en constante interdépendance avec les écosystèmes dont ils ont la responsabilité de prendre soin. La commune humanité abolit les différences – de nationalité, de culture, etc. – entre les hommes et les femmes. La commune socialité souligne que les relations et les échanges entre individus sont leur plus grande richesse. La légitime individuation permet à chacun.e de se développer en tant qu’individu singulier, unique, sans pour autant nuire aux autres ni entraver les interdépendances qui garantissent cette individuation. Enfin, le principe d’opposition créatrice réhabilite le conflit en tant que pratique féconde, tant qu’il ne se traduit pas en des oppositions stériles mais bien en des échanges constructifs. S’ajoute alors un « impératif » architectonique, « catégorique » au sens kantien, dépassant tous les autres principes : celui de la maîtrise de l’hubris et des formes de démesure qui poussent les individus à vouloir s’approprier toujours plus de richesses au détriment des équilibres écologiques et sociaux. Cette limitation du désir doit être remise au cœur des démocraties contemporaines, qui courent le risque de faire reposer l’exercice des libertés individuelles sur la libre exploitation des ressources, justifiant ainsi les dégradations irréversibles des écosystèmes contemporains.

Toute communauté, association ou même État, ne sera reconnue légitime par l’Internationale convivialiste (soutenue par des intellectuell.e.s comme Edgar Morin, Noam Chomsky, Bruno Latour, Wendy Brown, Hartmut Rosa, Fabienne Brugère, Philippe Descola ou Chantal Mouffe) qu’à la condition de respecter ces six principes. Toute politique économique, sociale et écologique doit les prendre en compte. Ce sont donc les contours de nos démocraties qui demandent à être fondamentalement repensés et reformés, afin de mettre en place une vraie justice écologique et sociale, abolissant la marchandisation de l’ensemble des sphères publiques et privées et créant les fondements d’une société solidaire et responsable.

Émeline Baudet
20 juillet 2020
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