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Interconnectés ? Numérique et convivialisme

Sandra Mellot, Anaïs Theviot et Nathanaël Wallenhorst (dir.) Le bord de l’eau, 2020, 226 p., 20 €

Les liaisons numériques, pour reprendre le titre du bel ouvrage d’Antonio Casilli (Seuil, 2010), évoluent sans cesse. Notre quotidien se numérise au point que certains parlent de « tech-sistence » : une existence « technologisée » et « écranisée »… Ici, une dizaine d’universitaires interrogent « le numérique à l’aune de ce que pourraient être des sociétés marquées par un partage convivial de nos existences ». Tous et toutes assument donc les aspects normatifs du convivialisme, cette notion (ainsi que ses implications politiques) étant explicitée dans l’introduction de l’ouvrage : a minima, un ensemble de pensées alternatives au sein desquelles la convivialité (au sens d’Ivan Illich) est centrale. Cet ancrage est signifié dans la structure même de l’ouvrage dont les quatre chapitres correspondent aux principes fondamentaux du Manifeste convivialiste (2013) : commune humanité, commune socialité, légitime individuation, maîtrise de l’opposition (opposition nécessaire et créatrice). Le convivialisme est également explicite dans chacune des contributions. Un tel ancrage assure une belle cohérence à l’ensemble, mais peut créer un sentiment de redondance. Pour autant, les chapitres se complètent bien ; le premier, analysant différents manifestes récents « qui appellent à un renouvellement du monde » (Nathanaël Wallenhorst), offre une mise en perspective intéressante. La partie relative à la commune socialité montre comment le numérique met à l’épreuve pédagogues et éducateurs (Jean-Yves Robin), mais aussi chercheurs et chercheuses, notamment dans leur relation à l’enquête et aux enquêté.e.s (Anaïs Theviot). Les enjeux relatifs au partage et à la qualité de l’information et des données sont présents dans l’ensemble des réflexions (et traités plus spécifiquement par Serge Proulx et Jean-Philippe Pierron). Nuancées, les conclusions rejoignent celles de la majorité des travaux académiques : « La numérisation du monde n’est ni l’horizon indépassable de notre temps ni une catastrophe propre à faire disparaître toute relation vraie avec autrui. Mais elle nous invite plus que jamais à penser les fondamentaux de l’humain et le caractère intrinsèquement social de celui-ci. » Ceci afin de « mettre réellement [l’humain] en résonance avec son monde ». La commune naturalité – passant par notre corporéité – est en effet le cinquième principe ayant émergé lors de l’actualisation du Manifeste convivialiste, en 2020.

Émilie Reclus
26 juin 2020
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