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Le tic-tac de l'horloge climatique Une course contre la montre pour le climat

Christian de Perthuis De Boeck Supérieur, 2019, 336 p., 19,50 €

En dépit de la tonalité alarmiste de son titre, cet ouvrage n’est pas catastrophiste. Il s’efforce, au contraire, de montrer qu’il est encore temps d’agir et que des solutions techniques sont à portée de main. Il ne craint pas d’affirmer, sans toutefois présenter de scénario d’ensemble chiffré, que l’objectif de neutralité carbone en 2050 reste crédible pour la France. Toutefois, pour y parvenir, il ne suffira pas de décarboner l’industrie et la production d’électricité, il faudra aussi « mordre bien plus sur les émissions de CO2 diffuses, principalement liées au transport et à l’usage des bâtiments », ce qui n’ira pas sans contraintes fortes sur les modes de vie. L’auteur croit en l’avenir d’un « capitalisme post-carbone » ; il reconnaît que la « persistance de la logique consumériste » pose problème. On pourrait lui reprocher d’euphémiser cette contradiction, de sous-estimer l’emprise de la logique marchande sur les comportements et, plus globalement, de n’aborder que trop brièvement la question de la croissance : comment l’économie capitaliste pourrait-elle fonctionner avec une croissance plus qualitative dont le PIB ne serait plus la bonne mesure ? On retiendra néanmoins cette observation décisive, qui aurait mérité d’être davantage développée : « c’est, à l’échelle locale, sur les territoires que se construisent des alternatives qui dépassent la logique du capitalisme post-carbone ». Mais l’intérêt du livre est ailleurs, dans un état des lieux très documenté des politiques de lutte contre le changement climatique, aussi bien dans leur volet « atténuation » (réduction des émissions de gaz à effet de serre), que dans leur volet « adaptation » (prévention des multiples conséquences du réchauffement). En cette période où les mauvaises nouvelles s’accumulent, l’un de ses apports les plus précieux est de documenter précisément un certain nombre d’évolutions positives, à commencer par le développement rapide des énergies renouvelables, éolien et photovoltaïque. Cette révolution énergétique, selon l’auteur, permettrait aux pays émergents d’atteindre leur pic d’émission « plus tôt que ne le laissent présager les tendances récentes et à des niveaux de rejet de CO2 par habitant plus bas que pour les pays d’industrialisation ancienne ». Les enjeux considérables de la transition agroécologique, qui devra aller de pair avec une révolution de notre alimentation, sont aussi soulignés : diminution des émissions de méthane des ruminants, stockage du carbone dans les forêts et les racines des plantes, etc. Mais c’est sans surprise sur les outils économiques (fiscalité carbone et autres mesures incitatives, financement des investissements, etc.) et juridiques (interdiction, à l’échelle mondiale, de construire de nouvelles centrales à charbon, limitation drastique des concessions pétro-gazières, justice climatique, etc.) que l’auteur est le plus précis. On lui saura gré d’enfoncer le clou de la « taxe carbone redistributive » : sans renforcement important du signal prix assorti de mesures redistributives, il est vain d’espérer des progrès suffisamment rapides pour éviter des catastrophes dont nous voyons chaque jour s’aggraver les signes annonciateurs.

Bernard Perret
3 avril 2020
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